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Hugo Bourque

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    Cher William,

    Chère Charlie,

    Tout d’abord, merci pour vos belles cartes de fête des Pères. Comme chaque année, ça me touche toujours beaucoup. Cette année, avec la pandémie ou, comme vous aimez l’appeler, le maudit COVID, on est devenu encore plus une équipe. Les familles ont été amenées à se tricoter encore plus serrées. On s’est vu pas mal plus qu’à l’accoutumée et je dois avouer que c’était fort agréable. Challengeant, mais agréable.

    Challengeant parce que, de nos jours, les parents que nous sommes ne sont plus habitués à côtoyer leurs enfants sur une base si régulière : vous allez à l’école et au service de garde en plus de suivre des cours de toute sorte d’affaires pendant la fin de semaine, et quand tout ça ferme pour l’été, on vous envoie dans un camp de jour jusqu’à ce que ça rouvre. Mais avec la COVID, on vous a ramené plus vite à la maison en dehors des heures d’école et on a arrangé nos jobs pour ne pas avoir à vous envoyer dans un camp de jour, masqués comme des chirurgiens. On a donc épuisé nos idées de jeux de cartes et de cabanes construites avec des draps contours dans le salon pour vous divertir du mieux qu’on a pu.

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    25 juin 2021 Aucun commentaire
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  • Ah ben ça t’fat manièrre de bien, l’verrt, mon Éverrade!

    Ah toâ, mon god, commence pas à m’étchœurer à matin!

    Ben quoi?

    Des fois, c’est l’banax, des fois c’est l’fatimatoux, des fois c’est l’rincheux d’gueumme pis des fois c’est l’vert. Arrêtez ouare de nous niaiser! Vert pis Fatima, c’est des vieilles affaires, ça.

    Heille, rrelaxe, la face de mi-carrême!

    Tu vois, tu vois? Encore un cliché gros comme le bras! Si j’te poigne par le cagouette, tu vas ouare qu’tu vas pouvoir passer la Mi-Carême pas mal plus d’beunne heure c’t’année qu’l’année passée!

    J’disais pas même ça pourr te niaiser! C’est parrce qu’on est rrendu dans l’verrt. Chus verrt, moi aussi, faque ‘tention à ta djeule!

    Mais tu s’ras jamais aussi vert que nous autres, à Fatima!

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  • S’il vous plaît, permettez-moi d’être un peu plus sérieux aujourd’hui qu’à l’accoutumée. C’est que mon milieu est malade, mesdames et messieurs! On réalise de plus en plus que, comme dans la vraie vie, c’est quand on pense avoir fini de sortir les poubelles qu’on trouve un dernier déchet oublié sur le comptoir.

    Depuis un bout, on ne compte plus les scandales dans le milieu de la télévision et du divertissement. Chanteurs, animateurs, producteur; on abuse, on agresse, on mord. Et on règle tout ça à grands coups de statuts sur Facebook et de gazouillis sur Twitter, au milieu de fake news, de complotistes et d’images de chats.

    Et voilà qu’un autre producteur émérite, un gros joueur de l’industrie, se fait poigner les culottes baissées, mesdames et messieurs! Le big boss du groupe Avanti, Luc Wiseman, accusé d’agression sexuelle sur une personne mineure et de production de pornographie juvénile. Juste pour vous situer, Avanti c’est la boîte de production qui est derrière les succès de La Petite Vie, Un gars une fille, ou plus récemment De garde 24/7, 180 jours et Police en service. Et juste pour vous situer, agression sexuelle sur une personne mineure et production de pornographie juvénile, c’est vraiment dégueulasse. Mais il est important de différencier ici le gars derrière l’entreprise et son entreprise. Le gars peut être un écœurant dans sa vie privée sans que ses employés soient au courant. Tu peux avoir du jugement au travail, et être complètement mésadapté en termes de comportement.

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  • Les traditions. Le passé qui s’invite dans le présent jusqu’à se tremper les babines un p’tit brin dans le futur. Ces habitudes, ces musiques, ces recettes, et toutes ces autres manifestations d’héritage culturel qui passent de génération en génération par le canal du bouche-à-oreille et par l’imitation. C’est ce qui nous définit comme communauté et qui nous assure d’exister même après notre départ. Comme on dit : pour savoir où on va, il faut d’abord savoir d’où on vient.

    Pour moi, dans ce que je suis, les canaux de transmission par excellence, ce sont les violoneux. Chaque fois que j’entends un violon chanter, c’est toute une histoire qui se raconte. Mon histoire. Notre histoire.

    Et le premier violon que j’ai entendu, c’est lors d’un petit spectacle de musique dans le gymnase de mon école primaire, à Lavernière. Tout à coup, se pointe sur la scène une tête frisée en boule qui se met à manier l’archet et à faire danser ses doigts sur son instrument de façon magistrale. À l’époque, je ne le savais pas, mais ce qu’il était en train de jouer, c’était la Reel du train. Et dans ce train-là, il avait réussi à faire monter des animaux tirés de son violon avec son archet. Je n’en revenais pas. Il était capable de nous faire entendre des vaches et des goélands à partir de son instrument.

    Ce jour-là, quand je suis revenu à la maison, j’ai pris deux bouts de bâton de hockey à Stéphane et je faisais semblant de jouer moi aussi. Je glissais mon archet CCM sur mon violon Bauer en m’imaginant la Reel du train. Et je donnais un godam de bon show… dans ma tête.

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  • Charles connaît le quai à côté de chez eux par cœur. D’aussi longtemps qu’il se souvient, il se rendait là presque chaque samedi après-midi pour voir son grand-père, Alphonse, le capitaine du Charles-des-mers, débarquer ses gros bacs remplis de homards vivants et fraîchement pêchés. Charles a toujours été très fier que son grand-père pratique le métier de pêcheur de homard. Il a toujours eu l’impression que c’était le plus beau métier du monde. Même que, de la fenêtre de sa classe de 5e année, il pouvait voir la mer et tombait régulièrement dans la lune, préférant rêver de la pêche plutôt que chercher à mieux comprendre ses mathématiques ou son français.

    Charles adore le homard. Depuis très longtemps. Il se rappelle que son père, aide-pêcheur de son grand-père, lui rapportait toujours les pinces orphelines qui avaient été arrachées aux homards par accident durant le transport. Mine de rien, ça lui faisait, chaque samedi, tout un snack. Entre ça et une canisse de p’tites saucisses, le choix était quand même facile à faire. Dès qu’il sentait l’odeur du crustacé qui cuisait, il retombait dans la lune, rêvant de pratiquer ce métier-là à son tour et le plus vite possible.

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  • Prendre le large. Partir au loin. Loin des inquiétudes et des embûches. Des fatigues du quotidien et des tracas covidiens. Partir. Découvrir. Aller défourrasser. Trouver du nouveau, du beau, du vrai. Et pourquoi pas du vieux, du faux, du laid? D’abord, qu’on trouve tcheuque chose. N’importe quoi qu’on n’a pas vu depuis un an. C’est ça qui compte.

    Prendre le large. Par besoin d’aventure. Par recherche d’émotions. Tanné d’être enfermé entre quatre murs, ligoté devant un Zoom en bas de pyjama usé à la corde. Parce qu’à force de tourner en rond, on finit par creuser son sillon dans son propre salon. Loin des aventures. Loin des émotions.

    Prendre le large. Pour voir du monde. Pour voir le monde. Donner des mains, faire des câlins. Se sentir proche. Entendre des éclats de rire. Des vrais. Être même prêt à endurer les vieux qui toussent au théâtre et ceux qui parlent au cinéma. Ceux qui crounchent trop fort au resto et ceux qui te collent de trop près dans le métro. Accepter la proximité. Non! La désirer, cette proximité. Se rapprocher des autres pour se rapprocher de soi. Parce que c’est avec autrui qu’on se définit. Se retrouver entouré. Que la vie nous tourne autour jusqu’à nous étourdir plutôt que s’étourdir à tourner autour de la vie. À trop courir, on manque beaucoup de choses. Trop de choses.

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  • Elle était là. Calée dans son gros fauteuil beige. Les yeux rivés sur son meuble télé. Chaque soir, en revenant du travail, matante Annette faisait reculer sa cassette VHS dans son vieux magnétoscope Zénith gris, et regardait tranquillement son émission préférée que ses sœurs lui avaient enregistrée plus tôt sur le canal 10 : De bonne humeur.

    Plus j’approchais de la maison chez pepé, plus j’entendais clairement le « En direct du studio A de Télé-Métropole, c’est l’émission De bonne humeur ». Signe que ça allait commencer. Il faut dire que mes tantes ont toujours écouté la télévision avec le son pas mal fort. Et matante Annette ne faisait pas exception. Surtout quand venait le temps d’écouter son beau Michel Louvain chanter La dame en bleu.

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  • Comme un peu tout le monde, Francine à la pandémie difficile. Pour tout dire, elle en a plein son casque! Fatigue, stresse, déprime. Elle trouve ça dur de ne plus voir autant sa gang. Elle se sent même seule et complètement dépassée par les événements. Pourtant, au début, ça allait. Elle suivait les consignes sans trop de poser de question. Elle se disait que ce n’était qu’un dur moment à passer. Mais après des jours, des semaines, des mois, elle a l’impression que rien ne change. Une année complète à se priver, à se cacher, à s’inquiéter. Pour presque rien. Elle ne voit plus le bout. Elle a vraiment hâte de retrouver sa vie d’avant, même si elle commence à avoir bien peur de ne jamais la retrouver complètement…

    Mais il faut quand même dire que Francine a été chanceuse. Personne de son entourage n’a poigné la COVID-19. Pas même sa vieille mère de quatre-vingt-six ans, toujours en vie, et encore pas mal en forme. Mais s’il avait fallu qu’elle soit infectée… Francine n’aime mieux pas y penser. Elle a vu à la télévision tous ces gens mourir tout seuls à cause de ce godam de virus là. Elle a prié chaque soir depuis le début de la pandémie pour que ça n’arrive jamais à sa mère. Elle comprend pourquoi on les isole, mais ça reste inhumain de les laisser partir sans être accompagné…

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  • Une couleur n’est pas qu’une couleur. C’est une émotion, un territoire, une passion. Une façon de vivre, un espoir, une histoire.

    Bleu. Couleur de la tranquillité, de la paix. Celle des yeux de tous nos bonhommes quand on commence à dessiner. Mais c’est aussi la couleur du ciel et de la mer qui se rencontrent sur une fine ligne d’horizon qui tente de s’effacer, tout doucement, pour permettre une plus grande intimité entre les deux.

    Rouge. Couleur de la passion et de l’amour. Et, paradoxalement, la couleur du sang et de la violence. C’est celle de la pomme par jour qui éloigne le médecin pour toujours. Celle qui nous reste sur la joue quand une matante nous embrasse à Noël. Celle de nos finances quand ça va mal, celle de nos visages quand ça va bien. De nos yeux quand la fatigue nous prend. Celle qui trahit notre état quand la police nous arrête. Mais c’est aussi le rouge du Cap du même nom et celle des autres autour de lui. Ces rocs fragiles et friables qui nous protègent des marées montantes, au risque de leur vie, grugés par les vagues fougueuses et sans pitié.

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  • La semaine prochaine, c’est la fête de mon plus vieux. Il aura dix ans. C’est capotant! Bonne fête, mon grand! Mais ça, ça veut dire qu’il y a environ dix ans, je suivais des cours prénataux. Moi, futur père de famille et angoissé de ce nouveau rôle, je ne savais rien de ce que ça impliquerait étant donné que je n’avais jamais pris un bébé dans mes bras de toute mon existence…

    Contrairement à ce qu’on pourrait penser, mon plus gros choc n’a pas été lorsqu’on m’a parlé de tous les fluides impliqués dans un accouchement ni quand j’ai réalisé que l’idée de couper le cordon moi-même me levait le cœur. Le moment où j’ai vraiment avalé ma gomme, c’est quand la madame du CLSC d’Hochelaga-Maisonneuve, le quartier où l’on habitait, a séparé les gars des filles en se prenant clairement pour une monitrice de camp de vacances.

    À partir du moment où l’on s’est retrouvés entre gars, j’ai remarqué que ceux qui s’adressaient à nous le faisaient plus len-te-ment et en utilisant des mots sim-ples pour ne pas dire sim-plets. Et tout à coup, c’est l’apothéose : on s’est adressé à nous avec des termes de sports. Toé pis ta blonde vous formez une équipe et là, c’est vos séries éliminatoires. Si vous voulez gagner la coupe, faut travailler ensemble pis suivre le plan de match. Un cliché sur deux pattes. Un peu plus, et on nous fournissait un casse qui tient deux canettes de bière reliées à la bouche avec de longues pailles.

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  • Mes émissions du samedi matin sont écoutées. Je suis même déjà revenu de ma p’tite drive hebdomadaire au centre d’achats avec matante Marie-May qui se faisait placer la tête chez Jean-Guy à Arnold. Comme il fait beau, comme il fait chaud, ce sera le moment idéal pour sortir le p’tit tracteur à papa. Tous les terrains autour de chez nous et de chez pepé sont à faire. Je n’ai pas de temps à perdre. Sauf peut-être celui de fouiller dans mon tiroir pour ramasser mon Walkman et mes écouteurs à mousse-mousses orange. Pas question de passer la journée à tourner en rond, entre une odeur de gaz et de gazon frais coupé, sans écouter ma cassette de musique enregistrée à CFIM.

    Dans ma tête de préado, vérifier l’huile et mettre de l’essence moi-même dans un véhicule me donnent l’impression d’être un adulte. Un vrai. Déjà. Pourtant… j’ai souvent de la misère à lever la grosse tinque à gaz pour en mettre dans le tracteur. Ce qui fait que j’en fais couler assez à côté pour que ça sente l’essence à des miles à la ronde. Aussi, j’avoue que le similiadulte en moi oublie une fois sur deux de vérifier le niveau d’huile avant de partir. Mais pas aujourd’hui. Aujourd’hui, je vais y penser.

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