Je me souviens de la mer avant même de comprendre le monde. Elle était là, immense papier de soie froissé par le vent, à battre les caps comme un revers de main plissé par le temps. Moi, p’tit mousse aux genoux colorés de mercurochrome, j’allais m’échouer sur la plage de la Martinique pour la regarder respirer. J’avais l’impression que chaque marée montait jusqu’à mes pensées. Dans ce temps-là, je naviguais à vue. Je passais des heures à scruter l’horizon, convaincu qu’un navire fantôme, un bateau de pirate ou quelque sir . . .
