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Hugo Bourque

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    Moi, vous le savez, je suis un nostalgique. Je passe mon temps, ici, à vous remâcher mes souvenirs, mon passé ; « quand j’étais petit… », « quand j’étais au primaire… », « quand j’allais à la polyvalente… » Et si je suis nostalgique, c’est parce que je n’aime pas être un adulte. Tellement que si je le pouvais, j’aimerais revenir en arrière…

    Revenir en arrière pour revivre mon adolescence. Moment très instructif où j’ai découvert les passions qui ont fait de moi ce que je suis aujourd’hui. Période où j’ai rencontré les gens qui ont influencé mon parcours. Même si c’est aussi le bout de ma vie où ma face essayait de ressembler à un peuplier au printemps… mais on ne s’embarquera pas là-dedans.

    Revenir en arrière pour retrouver ma chambre, chez mes parents. M’y embarrer pour écouter Alice Cooper en jasant avec des amis sur ICQ. Je laisserais mon ordinateur ouvert toute la nuit pour finir de télécharger un démo de jeu vidéo et j’attendrais encore avec impatience une commande de DVD au Amazon.

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    20 avril 2018 Aucun commentaire
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  • Cette nuit, je me suis réveillé avec une toune dans la tête. C’était « Mets d’la danse à tes semelles » de Suroît. Sans raison. Comme ça. Heureusement, j’aime la chanson; mais on s’entend pour dire qu’à quatre heures du matin, on préfère le bruit du silence. Le lit n’est clairement pas la place pour taper du pied, n’en déplaise à Suroît.

    C’est quand même impressionnant de réaliser ce qu’une chanson peut nous faire vivre et surtout revivre. Parce qu’une des forces de la musique c’est de nous ramener dans le temps. Dès les premières notes, on se retrouve dans un souvenir, une époque, un moment précis de nos vies; ça nous ramène une odeur, une émotion, une histoire.

    Moi, dès que j’entends le premier album d’Okoumé, je me revois au bar Chez Gaspard. Évidemment, une odeur intense de cigarette me remonte au nez parce qu’à l’époque on avait encore le droit de fumer à l’intérieur. Le lendemain, je sentais encore la vieille smoke… même si je n’ai jamais touché à ça de ma vie. Je revois aussi dans ma tête la fameuse goutte d’eau qui coulait du plafond directement devant Jonathan Painchaud qui nous présentait les nouvelles chansons du groupe en primeur.

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  • Mes billets sont achetés! On y va encore cette année. Juste y penser me fait frissonner. Quelque chose me dit que je ne suis pas le seul à anticiper ce retour sur la p’tite terre.

    J’ai hâte. J’ai hâte à tout, même à la route. Comme au bout où l’on commence à poigner la radio de Shédiac; du conne-te-ré à son meilleur avec des présentations dignes de la Sagouine qui aurait oublié de mettre son dentier le lendemain d’une soirée bien arrosée.

    J’ai même hâte de revoir Souris; c’est quand même quelque chose d’avouer ça en public. Et pas juste pour me payer du gaz moins cher qu’ailleurs; j’ai hâte parce que sur le quai, ça sent déjà un p’tit brin les Îles. Des relents d’accents dilués d’exilés qui retournent faire le plein de sel et de marées pour endurer une autre année loin de leur Madeleine préférée.

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  • Bonjour, je m’appelle Hugo Bourque et je suis… un papa poule.

    Heureusement, je ne suis pas le seul. J’irais même jusqu’à dire que nous vivons dans une société poule. Je ne sais pas ce qui s’est passé, mais entre la génération de nos parents et la nôtre, il y a tout un monde. On surprotège nos mousses et je ne suis pas tout à fait certain que ce soit pour leur bien. Parfois, j’ai l’impression que c’est un peu comme si l’on assurait un igloo contre le feu.

    Par exemple, quand j’étais petit, mes lendemains de tempêtes de neige se passaient principalement sur la butte de la COOP L’Unité. À l’époque où la COOP était faite sur le long, quand le gros loader à Langis venait pelleter, il poussait toujours la neige en tas en arrière du magasin. À force, ça finissait par former une énorme butte sur laquelle je pouvais m’inventer une base militaire, une maison, un parcours d’hébertisme, une navette spatiale, une planète spéciale…

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  • Quand j’étais petit, je n’aimais pas vraiment faire du ski de fond. Je trouvais ça plate; je ne comprenais pas ce qu’il pouvait y avoir de plaisant dans le fait d’effectuer une randonnée la morve au nez dans un bois sans animaux et sans vraie butte à descendre. Pourtant, chaque fois qu’on me proposait d’en faire, je courais chez nous pour préparer mes affaires.

    – Mamââ-â-ân? Yousse qu’il est mon chandail de laine?

    Oui, parce que les quelques fois que j’ai skié dans ma vie, je portais ce chandail de laine. Ça me le prenait et je ne sais pas pourquoi. Il était gris et rouge vin; mon frère en avait un pareil. Je l’avais à peine sur le dos, qu’il me piquait les bras comme si j’étais tombé dans un nic de mouches à yêpe. Et dès que je mettais le nez dehors, l’air qui passait à travers les mailles du chandail me faisait frissonner.

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  • Gaston est un personnage inventé; il n’existe pas vraiment. Mais son histoire n’en est pas moins véridique…

    Gaston habite aux Îles depuis toujours. Il est connu comme Barabbas dans la passion. Mais juste là-bas, car les vieux disent qu’il n’est jamais sorti du golfe. On l’aperçoit régulièrement sur le chemin principal, à marcher sans but et à quêter un lift à quiconque se dirige quelque part. Il ne sait pas vraiment où il va; le désagrément de ça, c’est que comme il n’a aucune idée où il va, il ne se rend pas toujours compte qu’il est rendu. Tantôt il s’arrête au centre d’achats, tantôt à la COOP, tantôt chez lui… Comme si c’était le vent qui guidait ses pas.

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  • HEILLE! Le mot qui en a élevé plus d’un. Combien de parents ont fait régner leur autorité par ce simple mot? C’est fou de voir comment six petites lettres peuvent nous figer. Mais moi, il faut dire que j’ai toujours eu beaucoup de respect pour l’autorité.

    En fait, j’ai tellement de respect pour l’autorité que je ne l’ai jamais défié… sauf peut-être une fois. J’étais en première année. Comme il mouillait dehors, nous avions été contraints de rester à l’intérieur pour la période de récréation; on pouvait jouer ou dessiner. Un moment donné, je remarque que notre professeur, Jeannette à Wilfrid, est sortie de la classe, probablement pour jaser avec l’autre professeur de première année, madame Germaine. Le problème, c’est que je n’étais pas le seul à l’avoir remarqué; deux ou trois petits gars pleins d’énergie en ont donc profité pour partir au galop entre les bureaux.

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  • Je suis le premier à me lever. Mes petits pieds descendent du lit et entrent en contact avec le prélart un peu froid de ma chambre à coucher. Je glisse mon singe « Curious Georges » sous mon bras et je sors sans faire de bruit pour ne pas réveiller mon frère qui dormira, lui, probablement jusqu’à dix heures.

    Je me rends au frigidaire pour me prendre une clémentine. J’adore les clémentines. En plus d’être bon, c’est le fun à manger; on peut jouer à l’ouvrir en espèce de fleur ou encore essayer de l’éplucher en un seul ruban. En voulant percer sa peau avec mon ongle, elle m’envoie un spray de jus directement dans l’œil. Ça ne me dérange pas trop; elle va finir dans ma bedaine, anyway.

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  • Le départ du dernier traversier de l’année, à l’époque, provoquait en nous un étrange mélange d’émotions : la fierté d’avoir « survécu » à un autre été touristiquement éprouvant, mais aussi l’excitation de reprendre enfin notre vie paisible. À travers tout ça, une vague de tristesse nous assaillait : celle de se retrouver à nouveau seuls. Ces îles que plusieurs qualifient de paradisiaques peuvent s’avérer presque angoissantes quand on réalise qu’on ne pourra ni y entrer ni en sortir durant les prochains mois…

    Bien sûr, on pouvait toujours voyager par avion. Pour l’équivalent de trois ou quatre termes de maison, on était en mesure de se payer un aller-retour vers Montréal sans problème. Évidemment, on préférait souvent donner cet argent-là à Michel Nadeau pour rembourser notre prêt à la caisse populaire; personne ne veut se mettre son gérant de caisse à dos. Alors, on se rendait à l’évidence : pour sortir des Îles, on allait devoir attendre le printemps prochain.

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  • Parfois, des personnes marquent nos vies sans trop qu’on sache pourquoi. Un professeur passionné, un chauffeur d’autobus sympathique, le parent d’un ami rassurant… Malheureusement, souvent, on ne réalise leur importance qu’à leur départ. Le vrai départ. L’ultime départ.

    Comme probablement vous tous, j’ai appris, cette semaine, le décès de Johanne Leblanc. Je n’étais pas un ami, je n’étais pas de la famille, mais j’ai quand même été sonné. Signe de la marque indélébile qu’elle a laissée dans mes souvenirs.

    Faut que je vous raconte.

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  • Le fret est en train de me passer à travers la carcasse et mes patins ne sont même pas encore attachés. J’ai déjà « pas-de-fun ». Je ne comprends pas ce qu’on a pu faire de mal pour mériter d’aboutir à l’aréna de Cap-aux-Meules pour une classe neige. Pourquoi ne pas aller glisser sur la butte du carnaval? Pourquoi ne pas aller faire du ski de fond sur la track en arrière de l’église de Lavernière avec notre gourde en peau de mouton autour du cou? Pourquoi ne pas tout simplement nous forcer à recopier la bible au grand complet? N’importe quoi plutôt que d’aller patiner sur la musique de Marc Gabriel et Véronique Béliveau.

    Oui, parce que certains d’entre vous l’ont peut-être déjà oublié, mais Wendell Chiasson n’a pas juste une grande galerie à son nom… en arrière de ça, il a aussi un aréna. Quoique je dis « aréna », mais je devrais plutôt parler d’un congélateur géant. Il faisait pratiquement plus froid en dedans que dehors. À l’intérieur, il n’y avait même pas de banc pour s’asseoir et je soupçonne que c’était stratégique de leur part. La municipalité de Cap-aux-Meules savait très bien que plus on demeurait immobile, plus on risquait de mourir gelé.

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  • Nous sommes en juillet. Il fait chaud. Très chaud. Un chaud madelinot : vingt-trois degrés, au gros soleil, quand le suroît reprend son souffle avant de nous dépeigner le toupet à nouveau. C’est calme, c’est beau… assis sur un dolosse à l’anse de mon Étang-du-Nord.

    Pour me rendre jusqu’ici, j’ai marché de Lavernière à la Côte, coupe Longueuil dans le vent, musique de lutte dans les oreilles. Tout était parfait; une heure de réflexions libres et de liberté réfléchie. Mes espadrilles de couleurs dépareillées m’ont guidé; je suis passé devant le CÉGEP en pause estivale. J’ai surpris deux vieux que je ne connais pas qui sortaient du bureau de poste, circulaires en main, à inventer des palabres à propos de tout et rien. En bas de la butte, j’ai vu au loin le stade, vide de toute activité depuis une escousse. Puis, enfin, avant de mettre le pied sur le trottoir latté de la Côte, j’ai croisé la COOP, La Sociale, fermée pour good. Heureusement, «  y’aura d’autres choses  », comme ils disent. On ne sait pas quand, mais il y aura autre chose…

    Je me suis arrêté en face de la statue, comme un croyant devant la croix. Six pêcheurs qui halent quelque chose de l’eau à l’aide d’un câble et, très souvent, avec un touriste assis entre les bras de l’un deux. Évidemment, celui-ci se trouve très drôle et original… comme tous les autres avant lui d’ailleurs. Mais que tirent les pêcheurs au juste? Un gros poisson, une baleine, une pêche miraculeuse? Trop simple… Peut-être un grand rêve? Un avenir incertain? Quelques fois, je me pose ces questions… assis sur un dolosse à l’anse de mon Étang-du-Nord.

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  • « Écoutez les clochettes du joyeux temps des fêtes »… disait la chanson. Mais pour moi, Noël, c’est pas mal plus des odeurs que des bruits.

    Par exemple, la clémentine. Fouillez-moi pourquoi, mais le parfum de cet agrume-là me ramène immédiatement à mes Noëls d’antan. Je me revois tenter d’en éplucher une en un seul tortillon de pelure, délicatement, pour ne pas le casser. Après, il me restait tellement d’écorces poignées sous les ongles que je sentais la clémentine jusqu’au bout du banc. Si ça me rappelle le temps des fêtes, c’est probablement parce que je m’installais souvent devant Ciné-Cadeau, à Radio-Québec, avec une clémentine. Je regardais Astérix en m’épluchant l’agrume et c’est pour ça qu’encore aujourd’hui, quand j’en mange une, je revois automatiquement le vieux sapin de Noël de mes parents avec ses boules en fils jaunes.

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  • Finie! Ma carrière de sportif est finie. En fait, elle s’est terminée le jour où j’ai eu mon premier contact avec le sport. Tous sports confondus. Même celui de le regarder à la télévision. J’suis pas bon là-dedans. De toute évidence, quand mon frère Stéphane est né, il a pris le talent pour tous les sports; quatre ans plus tard, quand je suis débarqué, il restait les pichenottes et le O-K-O. Et encore : aux pichenottes, une fois sur deux je triche pour gagner…

    Pourtant, on nous plonge dans ça dès le primaire. Mais moi je préférais, et de loin, risquer de me pincer les doigts en jouant avec les petits tapis roulants ou encore faire des vagues avec l’espèce de gros parachute multicolore plutôt que d’essayer de lancer un ballon dans un panier. Je ne comprenais pas à quoi ça pouvait bien servir de s’exciter après une balle ou une rondelle de hockey. Et ne me parlez pas de courir; je courais aussi vite qu’un éléphant avec un ongle incarné.

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