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Hugo Bourque

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    Les joies de l’hiver, plaisirs divers.

    Entre le froid et le frimas. La glace et le verglas.

    Sortir de chez soi malgré le gel, à risquer nos coudes et nos coccyx. Nos chemins saupoudrés de sel, tels une patate fritte d’aréna. Marcher sur les glaces et glisser sur les marches. Le vice versa de l’hiver. Le verglas nous met vraiment dans tous nos états.

    Pelleter. Forcer. S’épuiser. Ma petite pelle rouge fait le travail pour la galerie du côté. Mais je ne pourrai rien faire pour la barrière. Papa devra prendre le relais avec sa souffleuse. Moi, pendant ce temps-là, épuisé, j’irai souffler.

    Je renifle. Déjà.

    C’est la tempête, ce jour-là. Je marche face au vent, les bras en croix. Je pourrais presque m’accoter sur lui et je ne tomberais pas. Son souffle puissant me fait ravaler mon air et m’étouffe presque. Je baisse la tête pour éviter le pire, mais aussi pour empêcher la neige de trop me picoter la djeule. On dirait que quelqu’un me garroche une pelletée de gravaille en pleine face.

    Je pars me promener dans le bois, parce que là-bas le vent n’existe plus. C’est toujours calme. Le calme pendant la tempête. Ça fait changement… À travers la neige et les branches, je me promène entre le risque de me perdre et celui de me trouver. Le calme me va bien. Je suis bien. Tout seul. Couché sous un sapin qui supporte pour moi, d’épines et de misère, tout le poids de la neige déjà tombée.

    Je renifle. Encore.

    * * * * *

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    19 février 2021 Aucun commentaire
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  • Oué… pas chaud à matin, Éverrade!

    Quoi, « pas chaud à matin »? T’es après t’chavirer net. On s’croirait au printemps.

    J’le sais! Mais, norrmalement, c’est c’qu’on s’dit à c’te pérriode-ci d’l’année.

    Ben invente pas l’malheur. Si l’été a décidé de passer l’hiver avec nous autres, pour l’amour de djeu, bouche ta djeule!

    À part de t’ça? Quosse ça compte de bon, mon Arthur?

    Pas grrand-chose. Toâ?

    Bah, tu sais quosse que c’est? Au moins, on est pus confinés.

    Ah! arrrête ouarre. J’suis assez étchoeurré de parrler de t’ça, c’te godam de COVID-là ! Si j’l’avais parr le collet, j’y arrracherrais la tâte!

    Te v’là rendu meuvais que l’djâbe. Sais-tu quosse qui te ferait du bien?

    Aweille, shoot!

    Un voyage dans l’sud!

    Godêche de fou! On peut pas y aller, au Mexique. La grrand’ face à Trrudeau veut pas!

    J’te parle pas du Mexique. Moi, quand t’j’ai besoin d’aller dans l’sud, j’poigne ma crème solaire, j’prends mon char pis givatôme pour le Cap-aux-Meules.

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  • Des fois, les dimanches après-midi, on s’installait dans le salon, on mettait la radio sur le vieux pickup et on tournait la roulette de la vieille Toshiba sur le canal 9 pour lire les petites annonces. Des affaires à vendre, d’autres à louer. Des réunions à ne pas manquer. Des rappels à la communauté. Tout ça écrit en lettres carrées sur des fonds de couleurs psychédéliques et des transitions toutes plus éclatées les unes que les autres. De quoi se décoller la rétine sur la musique de la mandoline de Ricky Skaggs.

    Des fois -pas souvent, mais des fois-, les annonces disparaissaient tout d’un coup. Et là, on retenait notre souffle… jusqu’à ce qu’apparaisse devant nous l’image floue en noir et blanc d’un vieux documentaire sur la pêche à la morue directement sortie du Musée de la Mer avec la voix du père Landry en arrière. Le temps s’arrêtait. On se voyait à la télévision. Enfin! Pour une fois, ce qu’on voyait, ce n’était pas du monde de Montréal dans un quartier de Montréal avec le trafic de Montréal et les problèmes de Montréal. On voyait…

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  • La semaine passée, c’était ma fête. Oh, je n’ai pas fêté fort, comme vous pouvez vous en douter. Une fête confinée qui doit se terminer avant huit heures… Pas de restaurant, pas de 5 à 7, pas d’invités…

    J’ai eu quarante-deux ans. Physiquement, j’ai plus que ça, mentalement, j’ai moins que ça. Mais j’ai ça. Quarante-deux, bien sonnés. Barbe grise, calvitie. C’est le mal de dos qui me réveille le matin, je m’occupe de mon terrain comme de ma propre vie et quand je plie du linge, je chantoune. Et ce n’est même pas un air connu. Ce n’est pas un air tout court. C’est juste des notes. Mais je les chantoune pareil. Si tu n’as pas en haut de quarante ans, tu ne fais pas ça. Moi, je fais ça. Mais ces mêmes quarante-deux années de vie m’ont permis d’assister à des événements dont les plus jeunes d’entre nous ne pourront probablement jamais témoigner.

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  • Mama-a-an?

    Quoi?

    Yousse qu’il est mon chandail noir?

    Quel chandail noir?

    Avec « Vuarnet » écrit en avant, mais que quand t’j’le vire de bord il est toute noir…

    Il doit être dans ton tiroir.

    J’l’ai pas vu…

    R’garde comme il faut!

    J’ai fini par le trouver. Il était caché en dessous de mon chandail d’Hulk Hogan… dans mon tiroir.

    Mama-a-an?

    Quoi?

    Yousse qui sont mes pantalons noirs?

    Quels pantalons noirs?

    Ben j’en ai juste une paire… mes pantalons noirs que j’mets pour aller à la messe.

    Quosse tu veux faire avec ça?

    J’m’en va chez Simon jouer aux éclaireurs…

    Si elle m’avait demandé ce que c’était, je lui aurais expliqué que les éclaireurs, c’est un peu comme jouer à la cachette, mais quand il fait complètement noir. Le but c’est de trouver les autres à l’aide d’une flashlight. Je ne connaissais pas le jeu des éclaireurs avant ce soir-là. Quand Simon me l’a expliqué, j’ai viré de d’ssous. Moi qui passais mon temps à espionner mes tantes à travers les châssis, chez pepé… J’avais très hâte de jouer.

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  • Ah ben beunne année, mon Arthur!

    Parrreillement, mon Everrade!

    Quosse qu’on te souhaite de bon pour 2021?

    J’pensais jamais dirre ça de ma vie, mais d’la visite, godam, d’la visite à deux pouces d’la face!

    Heille, j’te comprends. Un couvre-feu, djypentwice! Peux-tu croire? On peut pu sortir de t’chez nous à part pour aller faire pisser l’chien, en laisse.

    Ben moi, c’est Clémence…

    C’est Clémence qui fait pisser le chien?

    Non, c’est Clémence que je prromène en laisse. Ça nous fait sorrtirr tous les deux aprrès huit heurres le soirr.

    Ah, mon god, toi !

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  • Des fois, je rêve à Noël. Un Noël de tous les possibles. Avec son voile de flocons qui tombent au rythme d’une respiration. Je ne trippe pas sur la neige, mais ça prend ça à Noël.

    On met nos plus beaux habits achetés pour Noël, et Noël seulement, qui finiront sûrement dans la garde-robe jusqu’à l’année prochaine. On entasse toute la famille dans le char et l’on part pour la messe de minuit. Ça sent l’encens, les parfums de madame et les after-shave de monsieur d’une église bondée. Tous les plus ou moins beaux capots de poil sont sortis avec plus ou moins trois pastilles qui sentent la menthe dans leur poche. Gérard Nadeau entonne son traditionnel Minuit chrétien et le coup d’envoi est donné pour la fête. Un prêtre nous roule les « r » du Notrre Pèrre et l’on chante ensemble la naissance du divin enfant, on joue des hauts-bois et fait raisonner les musettes. Peu importe ce que c’est. Ça prend ça à Noël.

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  • Hier, pour dîner, je me suis fait un club sandwich au homard avec du stock que j’avais dans mon congélateur. Dès la première bouchée, le mois de décembre est parti pour faire place au mois de juillet. Le froid m’a laissé tranquille et la chaleur est venue m’envelopper. Petit moment comme ça qui me rappelle à quel point je suis chanceux d’être un gars des Îles. Si j’étais un Montréalais, pas sûr que j’aurais des fruits de mer dans mon congélateur.

    Les pâtés à la viande aussi, pour moi, font partie des recettes typiques des Îles. Quand memé Bourque se mettait à tourner la poignée de son moulin à viande, les morceaux de porc se faisaient déchiqueter sur un moyen temps. Ça prenait tout un bras pour faire ça, et croyez-moi, elle en avait un. En fait, je crois que toutes les grands-mamans des Îles ont au moins un bras à pâté à la viande. Ne cherchez pas des pâtés comme ça en ville, vous n’en trouverez pas. En ville, ils sont tous faits avec de la vulgaire viande hachée du commerce. Pour moi, ce n’est pas des pâtés à la viande, ça, c’est un hamburger caché en dessous d’une couverte de pâte à tarte.

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  • Les gens de par chez nous sont riches de leur originalité. Ils sont les témoins vivants de notre façon d’être. Ils sont le gars à machine, la fille à chose. La p’tite pirate, le gros bedou, la djypentwice pis le grand fanal.

    Y a ceux qui font des palabres et ceux qui en font partie. Y a celles qui les font voyager au BINGO autour du « N » free. Ceux qui les radotent au bureau de poste en passant pis ceux qui les boivent autour d’un café réconfortant. Ceux qui les inventent sans trop y croire et ceux qui les arrêtent en grand désespoir. Y a ceux que ça dérange et ceux que ça arrange. Ceux qui les regardent passer en se disant : « Ben, il avait yèque à pas faire ça! »Y a ceux qui savent tout, mais ne disent rien. Ceux qui disent tout, mais ne savent rien. Ceux qui savent tout, mais ne gardent rien. Pis y a ceux qui r’gardent tout, mais ne voient rien.

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  • Oué, ben… ça commence à être pas mal frette su’ les moconques pour un café, la vitre de char baissée, de même.

    Oué, tu l’as dit, Éverrade. Va falloir s’trrouver une place pourr mémérrer au chaud. Mais moi, badjeuler avec un masse sur la goule ou en arrrièrre d’un Plexiglas, un grros thank yo!

    Mais on dira c’qu’on voudra, ça fait du bien pareil d’être dans l’jaune, hein, Arthur?

    Quosse que ça change tant qu’ça à ta vie?

    Pas grand-chose… mais au moins, on n’a pu besoin d’se cacher pour aller jouer une p’tit game de 150 en gang chez les autres.

    Ah ben ça, tant qu’à ça, t’as rraison. Mais tu sais qu’il faut limiter les rregrroupements à trrois ménages, pas plus?

    Ben oui, je l’sais, j’ai entendu ça à la radio. Mais tu sais qu’moi… j’suis pas fort fort su’ l’ménage.

    Y rreste que j’ai hâte d’avoirr le vaccin pour rrevenirr à la norrmale.

    Ben moi, j’trouve que la pandémie a eu du bon pareil. Fini les p’tits becs pour toutes sortes de niaiseries. « On arrive? » Un p’tit bec. « On s’en va? » Un p’tit bec. « Ça fait longtemps qu’on s’a pas vu? » Un p’tit bec. « Un p’tit bec? » Un autre p’tit bec. Des vrais capeutés ! On peut bien être tout le temps malade…

    Ah, va donc t’assirre ! C’est toi, Éverrade, qu’est malade!

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  • Samedi matin, comme bien des samedis matin de l’époque, dès que je me levais, je savais que j’allais vouloir aller me louer un film chez Édouard, au centre d’achat.

    Mama-a-an? Bétôt, j’pourrais t-y aller me louer un film?

    Oué, oué. Veux-tu qu’on y alle asteure?

    Mais non. On ne pouvait pas y aller tout de suite. Parce que ceux qui avaient loué des films le vendredi soir devaient ramener leurs locations le lendemain avant treize heures. En ayant pris soin de reculer la cassette au début, évidemment, sinon ils devaient payer une pénalité. Alors pour avoir plus de chance de trouver le film que je voulais, j’étais mieux d’attendre d’y aller à treize heures, moi aussi.

    Donc, samedi midi, comme bien des samedis midi de l’époque, je rappelais mes intentions.

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  • C’est la question qu’on se posait chaque jour de notre vie de prépubère de fin du primaire. Parce que c’est pas mal là, avec un an ou deux de retard sur les filles, que les gars réalisaient qu’ils avaient maintenant de l’intérêt pour les jeux de l’amour. On laissait enfin derrière nous cette étrange étape du « Yark, une fille ». Nos cœurs étaient prêts à être conquis ou brisés, c’est selon. La vie tentait de nous donner un grand coup de maturité sur la djeule en espérant nous faire avancer de quelques pas par en avant.

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  • Oui, j’ai déjà été président. Non, je ne parle pas ici de ma plus récente game de Trou de cul, le jeu de cartes bien connu. Quand j’étais à la Polyvalente, chaque année, il y avait des élections. On devait se choisir un conseil étudiant.

    Ma première « campagne électorale » a eu lieu en secondaire 1. On m’avait recruté parce que j’étais le frère de l’autre et sûrement pas pour ma coupe Longueuil et mes t-shirts trop longs. On m’avait offert le poste des communications, même si je ne savais pas trop trop ce que ça impliquait. Malheureusement -ou heureusement- nous avons été battus sans même pouvoir mettre ça sur le dos de l’argent et du vote ethnique. Un scandale!

    Ce n’est que quatre ans plus tard, tel un Gabriel Nadeau-Dubois de Lavernière, que j’ai foncé tête première vers ma deuxième campagne. J’avais regroupé autour de moi des personnes qui, il me semblait, étaient assez populaires dans leur niveau scolaire respectif pour nous permettre de rentrer fort. En politique, il y en a qui achète des électeurs, moi je les tétais en m’associant à des aimants à vote. Chacun son truc. Je m’étais donné le rôle de président… sans savoir trop trop ce que ça impliquait. Ça avait juste l’air le fun d’avoir son propre local dans l’école et de se faire appeler Monsieur le Président. Comme quoi je faisais ça pour les bonnes raisons…

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