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Hugo Bourque

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    Quand on est petit, un château, c’est toujours beau. Ça fait rêver. Même voyager. Dans sa tête, en tout cas. On s’imagine un roi en train de défendre son royaume à l’aide d’une armée de chevaliers sans peur et sans reproche. Ils délivrent la princesse emprisonnée tout au haut de la tour de l’ennemi en combattant un dragon posté devant la porte de sa cellule. Ils redescendent le pont-levis et se sauvent avec la fille du roi bien en selle sur le dos d’un beau cheval blanc… C’est probablement pour ça que dès qu’un enfant met le pied sur une plage, sans même avoir appris comment le faire, il construit un château. C’est instinctif. Inné.

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    16 août 2019 Aucun commentaire
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  • Par un beau vendredi après-midi, le petit Nicolas apprit quelque chose de formidable dans la classe de première année de Mme Germaine. Celle-ci montra à ses élèves, lors d’une période de bricolage, qu’en pliant une vulgaire feuille de papier 8,5 x 11, on pouvait fabriquer un bateau. Ce coin-là avec ce coin-là, par en avant, par en arrière, tourne de bord et plie encore. Au début, ce n’était pas facile pour Nicolas. Il a dû recommencer et recommencer. Son premier ressemblait plutôt à un chapeau de fête sur lequel on se serait assis par inadvertance. Mais à force d’essayer et d’essayer, il a fini par apprendre la formule par cœur et a compris comment bien réussir ses petits bateaux de papier.

    Cet été-là, le petit Nicolas passa son temps à plier du 8,5 x 11. Ce coin-là avec ce coin-là, par en avant, par en arrière, tourne de bord et plie encore. Il s’imaginait toutes sortes d’histoires avec ses nouveaux bateaux. Des balades agréables comme des rencontres entre corsaires des mers qui se concluaient généralement en duels sanglants. Et quand la guerre est finie, il faut recommencer : ce coin-là avec ce coin-là, par en avant, par en arrière, tourne de bord et plie encore.

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  • On répète souvent qu’aux Îles, on n’a pas l’heure, on a le temps. C’est une façon pour nous de dire qu’on n’est pas pressé, on n’est pas stressé. On a tout notre temps. Et parfois même, celui des autres…

    Par exemple, on a le temps de compter au moins jusqu’à quinze avant de se remettre à avancer après une lumière rouge. Pas besoin de se presser pour poigner les autres lumières vertes ; il n’y a pas d’autres lumières !

    On n’est pas pressé de mettre nos clignotants non plus. « De toute manière, c’est pas utile d’annoncer que j’va tourner ; tout le monde sait yousse que j’reste », qu’on se dit. Fait que des fois, on le met juste quand on est quasiment déjà dans notre barrière. Ici, ce n’est pas quand une auto met son flasher qu’on sait qu’elle va tourner, c’est quand elle ralentit. Et pour aider les autres, on commence à ralentir longtemps d’avance. Très longtemps d’avance. Comme ça, personne ne pourra dire qu’on ne les avait pas avertis.

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  • – Salut, moi c’est William.

    – Moi, c’est Charlie.

    – On est les enfants de Hugo. Mais cette semaine, c’est nous qui allons vous écrire. En fait, plus moi… parce que ma sœur n’est pas encore capable d’écrire.

    – …

    – Et tout ce qu’on va vous raconter est vrai. Vous demanderez à papa, il va vous le dire. On vient de passer trois semaines aux Îles de la Madeleine parce que Papi, Mami, mon oncle Stéphane, Loulou pis les tantes à papa sont là-bas et parce qu’on avait le goût de les voir.

    – William ? Est-ce que j’peux aller faire pipi ?

    – Oui, tu iras quand j’aurai fini d’écrire…

    – …

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  • Dès que les premiers rayons du soleil entraient dans ma chambre par en dessous de la toile baissée et des rideaux aux images de Dukes of Hasard, je sautais en bas du lit pour aller jouer dehors. Comme je ne déjeunais jamais, j’étais rapidement assis sur la galerie pour mettre mes souliers à velcro. Je passais par le p’tit garage à papa pour récupérer mes camions et j’allais m’inventer tout un monde dans le parc, juste à côté de la maison.

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  • Oué, c’tu fas ?

    Pas grand-chose, touâ ?

    Bah… euhrien. On va ti faire un tour au Central ?

    Aweille ouâre. Mais ça s’pourra que Stéphane vienne me chercher là pour aller Chez Gaspard plus tard.

    Pas d’troube.

    OK ben, à bétôt.

    Ça résume pas mal les discussions des vendredis soir estivaux entre Annie à Robert et moi. Je passais prendre ma New Castle avec mon chip BBQ au Central et autour de dix heures, mon frère arrêtait en chemin et j’embarquais avec lui pour me rendre au bar Chez Gaspard pour entendre le groupe qui y jouait cette fin de semaine-là.

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  • Récemment, dans un restaurant, j’ai commandé un drink et l’on me l’a servi avec une paille en genre de carton qui se décompose dans ta bouche à mesure que tu bois. Pour la planète, c’est génial ; pour l’expérience client, on repassera. Mais ça m’a fait réaliser qu’on n’a pas toujours été préoccupé ni même concerné par l’environnement. Aujourd’hui, beaucoup de nos faits et gestes sont directement reliés à la survie de notre terre adorée : on recycle, on composte, on trie, on sauvegarde, on protège, on électrifie, on se signe des pactes, on se manifeste, on se sonne l’alarme… Mais quand j’étais jeune, on était très loin de se douter que la planète pourrait un jour rendre son dernier souffle.

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  • Ces matins-là, maman ouvrait mes stores à la grandeur beaucoup trop de bonne heure dans notre chambre. Il fallait qu’on se lève, mon frère et moi, parce que débutait le grand ménage du printemps. Quel calvaire pour l’enfant que j’étais. Je ne comprenais pas pourquoi on faisait tout ça : « Mais, pourquoi c’qu’on fâ ça ? C’est même pas sale ! », qu’on disait. Et l’on disait ça chaque année…

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  • Je me suis longtemps caché. Honteux. Comme la plupart des toxicomanes, je me suis menti à moi et aux autres. J’ai toujours pensé que je réussirais à garder le contrôle sur ma substance. À être plus fort qu’elle. Malheureusement, j’ai dû m’avouer vaincu. Mes démons ont eu le dessus sur moi.

    Au début, c’était mes parents qui me fournissaient mes doses. Mais depuis que je me les paye moi-même, je vois bien que ça me coûte très cher pour quelque chose qui ne m’apporte que très peu d’effets positifs. C’est un peu pour ça, et pour être un meilleur exemple pour mes enfants, que j’ai pris un virage important dans ma vie : fini le sucre raffiné ! Peut-être pas fini, final… mais fini le plus possible. En d’autres mots, y faut que j’slacke !

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  • « C’que j’vous d’mande de faire, c’est de m’expliquer ce serait qui votre ami idéal. Le genre d’ami que vous aimeriez avoir. »

    J’étais en quatrième année. Sûrement que Jeannette à Wilfrid cherchait à savoir quelles qualités devait-on avoir pour être un bon ami : attentif, gentil, serviable… Ce genre de caractéristiques. Moi, ce jour-là, sans trop savoir pourquoi, j’avais plutôt choisi de décrire ses différences. Ce qui ferait que je trouverais cette personne-là intéressante. Et je lui avais imaginé la totale : je souhaitais avoir un ami anglophone, handicapé, en chaise roulante et qui avait vécu longtemps dans un pays loin de chez nous. Et quand on m’avait demandé pourquoi, j’avais répondu : « Parce que ça va être différent pis qu’on va s’apprendre beaucoup d’affaires… »

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  • À sept ans, j’étais clairement un enfant heureux. Je pratiquais mon vélo à deux roues en faisant à peu près mille allers-retours dans le parc entre chez pepé et chez nous. J’empruntais le petit chemin d’herbe tapée au milieu de deux champs de foin. J’adorais ça, surtout vers la fin de l’été, juste avant que mononcle Rolland vienne faucher tout ça. Ça sentait bon et j’y voyais plein de papillons. Sur mon bicycle, j’avais un haut-parleur de police. Je pouvais dire : « haut les mains » dans le micro à un méchant imaginaire et le ramener au poste avec la sirène dans le tapis actionnée par un bouton rouge qui était fixé après le guidon. C’était magique.

    À sept ans, j’allais souvent au chalet de chez pepé, sur la Martinique. J’adorais ça parce que j’avais l’impression de partir en vacances. À cette époque-là, on s’y rendait parfois toute la famille. On y passait la journée, on soupait là, et l’on revenait quand le soleil allait se coucher.

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  • Encore cette année, Armand a tout préparé avec la même excitation et la même passion dans les yeux. Il a fait ses cages durant l’hiver, dans son garage chauffé juste à côté de la maison. Il y a passé des heures et des heures à clouer, nouer et identifier tout en écoutant sa vieille radio. De temps en temps, il embarquait dans son truck pour aller faire une p’tite drive su’l’quai pour voir où en étaient les glaces et essayer de prévoir si la pêche serait retardée ou non.

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  • À l’époque, dans l’édifice où il y avait la Beignerie, juste en face du comptoir de chez Sears, on retrouvait une tabagie. La tabagie La bouée. Dans ma tête de petit garçon, j’ai toujours eu l’impression qu’on n’était pas censé y entrer vu que, dans le nom, il y avait le mot « tabac ». Et pourtant, c’était une véritable caverne d’Ali Baba pour des enfants comme nous.

    C’est là que j’ai commencé mes premières collections. On s’y rendait régulièrement, mon frère et moi, pour s’acheter des cartes de hockey. Je ne connaissais rien au sport, mais j’aimais beaucoup la gomme rose dans la poudre blanche qui venait avec. Je ne sais pas pourquoi, d’ailleurs, parce qu’après trois chiquées dedans, elle devenait dure comme du charbon. Pour ce qui est des cartes, je dois aussi avouer que l’idée d’avoir, par exemple, Patrick Roy dans mon paquet avant mon frère, me plaisait beaucoup. À cet âge-là, tout ce qui peut mener à une chicane est retenu comme proposition.

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