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Hugo Bourque

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    « C’que j’vous d’mande de faire, c’est de m’expliquer ce serait qui votre ami idéal. Le genre d’ami que vous aimeriez avoir. »

    J’étais en quatrième année. Sûrement que Jeannette à Wilfrid cherchait à savoir quelles qualités devait-on avoir pour être un bon ami : attentif, gentil, serviable… Ce genre de caractéristiques. Moi, ce jour-là, sans trop savoir pourquoi, j’avais plutôt choisi de décrire ses différences. Ce qui ferait que je trouverais cette personne-là intéressante. Et je lui avais imaginé la totale : je souhaitais avoir un ami anglophone, handicapé, en chaise roulante et qui avait vécu longtemps dans un pays loin de chez nous. Et quand on m’avait demandé pourquoi, j’avais répondu : « Parce que ça va être différent pis qu’on va s’apprendre beaucoup d’affaires… »

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    17 mai 2019 Aucun commentaire
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  • À sept ans, j’étais clairement un enfant heureux. Je pratiquais mon vélo à deux roues en faisant à peu près mille allers-retours dans le parc entre chez pepé et chez nous. J’empruntais le petit chemin d’herbe tapée au milieu de deux champs de foin. J’adorais ça, surtout vers la fin de l’été, juste avant que mononcle Rolland vienne faucher tout ça. Ça sentait bon et j’y voyais plein de papillons. Sur mon bicycle, j’avais un haut-parleur de police. Je pouvais dire : « haut les mains » dans le micro à un méchant imaginaire et le ramener au poste avec la sirène dans le tapis actionnée par un bouton rouge qui était fixé après le guidon. C’était magique.

    À sept ans, j’allais souvent au chalet de chez pepé, sur la Martinique. J’adorais ça parce que j’avais l’impression de partir en vacances. À cette époque-là, on s’y rendait parfois toute la famille. On y passait la journée, on soupait là, et l’on revenait quand le soleil allait se coucher.

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  • Encore cette année, Armand a tout préparé avec la même excitation et la même passion dans les yeux. Il a fait ses cages durant l’hiver, dans son garage chauffé juste à côté de la maison. Il y a passé des heures et des heures à clouer, nouer et identifier tout en écoutant sa vieille radio. De temps en temps, il embarquait dans son truck pour aller faire une p’tite drive su’l’quai pour voir où en étaient les glaces et essayer de prévoir si la pêche serait retardée ou non.

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  • À l’époque, dans l’édifice où il y avait la Beignerie, juste en face du comptoir de chez Sears, on retrouvait une tabagie. La tabagie La bouée. Dans ma tête de petit garçon, j’ai toujours eu l’impression qu’on n’était pas censé y entrer vu que, dans le nom, il y avait le mot « tabac ». Et pourtant, c’était une véritable caverne d’Ali Baba pour des enfants comme nous.

    C’est là que j’ai commencé mes premières collections. On s’y rendait régulièrement, mon frère et moi, pour s’acheter des cartes de hockey. Je ne connaissais rien au sport, mais j’aimais beaucoup la gomme rose dans la poudre blanche qui venait avec. Je ne sais pas pourquoi, d’ailleurs, parce qu’après trois chiquées dedans, elle devenait dure comme du charbon. Pour ce qui est des cartes, je dois aussi avouer que l’idée d’avoir, par exemple, Patrick Roy dans mon paquet avant mon frère, me plaisait beaucoup. À cet âge-là, tout ce qui peut mener à une chicane est retenu comme proposition.

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  • Quand j’étais petit, je regardais beaucoup les grandes personnes. J’avais hâte d’en être une.

    J’ai d’ailleurs beaucoup joué aux métiers. Je me choisissais un travail et je faisais semblant de le pratiquer. Avant d’avoir douze ans, j’ai été détective privé, docteur, policier, soldat dans l’armée, lutteur, professeur d’école, pirate… Je me souviens aussi d’avoir souvent été un astronaute. Je mettais le casque de hockey à Stéphane, je prenais une espèce de fusil laser à batterie qui faisait « ululululu » quand on tirait et je m’assoyais sur la première marche, tout en haut de l’escalier qui menait à la cave.

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  • À l’heure où j’écris ces lignes, je suis à plusieurs milliers de pieds d’altitude, quelque part entre Québec et les Îles. Je vole vers ma terre natale pour le travail. Le mauvais côté de tout ça, c’est que dans le processus, j’ai dû briser le cœur de mes enfants. Je sais que ça fait partie de la vie et qu’ils vont s’en remettre. Après tout, on brise régulièrement le cœur de nos enfants. Pour un oui ou pour un non. Un non quand ils espéraient tant un oui ; un oui, même s’ils se cachaient derrière un non. Mais je ne suis clairement pas programmé pour faire de la peine aux gens. Surtout pas à mes enfants. Je n’ai rien de ces pères sévères appartenant à une autre époque qui se contentaient de prendre des nouvelles de leur progéniture une fois aux six mois. Je suis incapable de punir sans raison, sans permettre d’expliquer ou de s’excuser. Et dès que le pardon est accordé, béké bobo, on recommencera plus, final bâton. Et l’on passe à autre chose.

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  • La semaine dernière, nous nous sommes rendus à Toronto pour la relâche scolaire des enfants et nous avons visité, entre autres, la Tour du CN. La vue d’en haut était magnifique! De retour au bas, comme le veut la grande stratégie de marketing, nous avons dû passer à travers une boutique de souvenirs pour atteindre la sortie. Chemin faisant, comme le veut la grande stratégie parentale, nous avons joué de « touche pas à ça », de « on regarde juste avec les yeux » et de « non, on n’a plus de sous pour ça » pour éviter de devoir acheter toutes sortes de cossins inutiles.

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  • Quand j’étais petit, sortir des Îles était vraiment quelque chose de très excitant. On se sentait un peu comme une marmotte qui émerge de sa tanière pour voir son ombre au printemps. Moi, j’avais tout à coup l’impression que la vie s’ouvrait devant moi. J’étais comme Christophe Colomb à la découverte de l’Amérique. Ça, ce n’était que dans ma tête, parce que j’étais plutôt un Madelinot à la découverte du Nouveau-Brunswick… Moins excitant que mon homologue italien, mais au moins, nous, on n’avait aucune chance de poigner le scorbut.

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  • Cher Hugo, douze ans,

    Je sais que tu vas bien. Je le sais parce que toi, tu es moi il y a vingt-huit ans. C’est bizarre, hein ? Mais tu vas voir que ce qu’on a à se dire, ça va t’être très utile. Premièrement, je te rassure, à quarante ans, tu vas très bien. Tu feras ce que tu aimes, même si pour y arriver tu vas d’abord te faire croire que tu te passionnes pour l’administration. Je sais, tu dois penser que je suis fou. Mais non, tu vas vraiment étudier ça et même réussir. Mais ne t’inquiète pas : tu ne feras pas ça dans la vie. Jamais.

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  • Moins de produits laitiers, des protéines différentes, toujours autant de fruits et légumes. Le nouveau Guide alimentaire canadien essaie d’être davantage de son temps en nous dirigeant tranquillement vers de nouvelles saines habitudes. J’ai malheureusement l’impression qu’il est incompatible avec nos traditions, nos recettes typiques et notre passé culinaire.

    Par exemple, moi, quand j’étais petit, il y avait cinq groupes alimentaires : lait et produits laitiers, viandes et substituts, fruits et légumes, pains et céréales, sirop de blé d’Inde et Crisco. À l’époque, ce n’était pas compliqué : un dessert n’en était pas un vrai s’il n’avait pas été fait avec l’un ou l’autre de ces deux éléments radioactifs.

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  • On est dimanche après-midi. Aujourd’hui, mes amis pouvaient pas jouer avec moi, mais c’est pas grave. J’ai décidé de m’amuser aux GI JOE tout seul, en dessous de l’escalier de la cave. Pis j’ai du fun. Là, les méchants ont commencé à envahir le tank porte-pont des gentils et ça va barder !

    Tout à coup, j’entends maman crier :

    Hugo, on s’en va faire une p’tite drive. Viens-tu avec nous autres ?

    Yousse que vous allez ?

    J’sais pas. P’t’être bien à Fatima.

    J’fais ni un ni deux, j’me poigne deux bonshommes pour la route et givetôme, j’embarque en arrière du Oldsmobile Cutlass rouge à papa. Avec le soleil qui tape sur l’auto, à l’intérieur, ça sent le vieux tissu mélangé à l’odeur de cendrier resté ouvert pendant une canicule.

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  • – Quosse tu fâs de soir ?

    – Ché pas, toi ?

    – On va t’y s’faire glissé
    su’ la butte du Carnaval ?

    Ça s’était organisé pendant la récréation de l’après-midi, à côté des balançoires trop gelées pour balancer. Le soir venu, avec ma dernière bouchée de souper dans la djeule, j’enfilais mon habit thermos, mon casse à oreilles et mes mitaines de cuir noir avec un dos en minou blanc et let’s go sur la butte à Edwin, mieux connue à l’époque sous le nom de butte du Carnaval.

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  • Je lavais la vaisselle… tranquillement… en sifflotant. Quand tout à coup : BANG ! Ça m’a frappé comme un gros truck qui arriverait à pleine vitesse avec le vent dans le dos. Je fais mes quarante ans ! Je les ai eus cette semaine et je les fais. La preuve que je les fais ? Je vous relis ma phrase : « Je lavais la vaisselle… tranquillement… en sifflotant. » Siffloter. Tu ne sifflotes pas si tu n’as pas au moins quarante ans. Alors, j’ai tout de suite arrêté de subler comme dirait papa et j’ai continué de frotter mes assiettes.

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  • Le soleil plombe sur les Îles. Le gravaille du chemin des Chalets me grafigne le dessous des pieds, mais pas question de mettre mes gougounes juste pour traverser du chalet de chez Pepé jusqu’à la plage. J’ai pris soin d’attraper au passage ma serviette de Superman, ma chaudière remplie de pelles et de p’tits chars et mes TONKA. Aussitôt arrivé au bord de l’eau, j’installe ma serviette doucement pour éviter qu’elle se remplisse de sable. Je ne réussis jamais, mais j’essaie toujours. Je suis un entêté.

    Le sable est chaud. Trop chaud. Qu’à cela ne tienne, je m’assois et embourre mes jambes dedans. Puis, j’ai une idée : je vais construire une île en sable, un peu comme les Îles. Génial ! Je me mets à l’œuvre. Je m’approche du bord de la mer et commence à creuser. Pour ça, je débute avec ma petite pelle en plastique jaune avec le manche cassé, mais je vais finir la job avec ma pépine TONKA en métal. Ça va aller mieux pour creuser dans le sable emborvé d’eau. Je suis en train de créer un monde ; je suis un peu comme un Dieu, mais en Speedo bleu.

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