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Chronique Hugo Bourque

Imaginez que vous écoutez une série à suspense à la télévision. Une histoire complexe avec de l’action, de l’amour et plein de rebondissements. Vous avez suivi tout ça depuis le début, il y a cinq ans déjà, et quand vient le temps de la diffusion du dernier épisode, celui qui va clore le tout et vous apprendre enfin ce qui va arriver à vos personnages préférés dans le futur, on vous annonce que, dû à des raisons incontrôlables, ce fameux dernier épisode ne sera jamais présenté. Jamais.

C’est un peu ce que vivent nos jeunes de secondaire 5 qui se sont claqué cinq années à la Polyvalente, à rêver de leur tout dernier épisode. Cinq années d’action, d’amour et de rebondissements. Mais dû à des raisons incontrôlables, ce fameux dernier épisode n’aura probablement jamais vraiment lieu. Pas de robe à 1 000 $, pas de souliers vernis. Rien. Un sentiment d’avoir entamé quelque chose sans jamais avoir pu le terminer comme il se doit.

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La vie ne sera plus jamais comme avant.

Ce n’est pas très encourageant, mais c’est ce qu’on nous répète souvent depuis un élan. Plusieurs mesures qu’on prend en ce moment pourraient bien rester les normes dans le futur pour plus ou moins longtemps. Imaginez…

Avant ça, quand on voulait manger une carotte, on avait juste à aller dans le jardin en arrière de la maison. That’s it, that’s all. Moi, c’était en arrière de chez pepé. Asteure, on doit faire la file dehors à la COOP, suivre les flèches sur le plancher, ne parler à personne et payer sans cracher dans la face de la caissière. Ce n’est plus comme c’était. Non seulement ça, mais avant ça, quand je m’en arrachais une directement du jardin, je la frottais à peine sur mon pantalon de jogging avant de la croquer. Des fois, ça goûtait plus la terre rouge que la carotte. Asteure, faut laver notre épicerie aux lingettes désinfectantes et frotter nos fruits et légumes avec de l’eau et du savon avant même de les mettre au frigidaire. Je m’ennuie du goût de la terre ; le savon c’est pas vraiment mon affaire.

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Des milliers de morts. La plupart étant des personnes âgées. La COVID-19 aura malheureusement raison de plusieurs mamans, papas, grands-mamans et grands-papas. Une situation très difficile à concevoir pour les enfants et surtout les petits-enfants de ces gens-là. Ça me rappelle d’ailleurs mon été d’il y a quatre ans…

L’été, c’est fait pour jouer chantaient nos deux marionnettes à l’air hagard préférées, Cannelle et Pruneau. C’est un moment où l’on s’habille plus léger, où l’on mange plus léger, où l’on se sent plus léger. C’est donc en sifflotant un air tout aussi léger que je travaillais dans mon petit jardin. Pour moi, le mot « léger » vient automatiquement avec l’image du gars qui sifflote. Tu ne peux pas siffloter un air pesant. C’est toujours léger. That’s it, that’s all. Mais je m’égare…

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L’année passée, à pareille date, j’étais aux Îles avec une équipe pour tourner La course folle, série documentaire sur la pêche au homard que vous pouvez voir ou revoir sur le site de Télé-Québec. Cette semaine, nous avons malheureusement appris qu’il n’y aura finalement jamais de saison 2. À cause de la COVID-19, Télé-Québec doit retarder les tournages de plusieurs émissions prévues et il faudrait attendre jusqu’en 2023 avant d’avoir un OK pour tourner la nouvelle saison… bref, il serait trop tard. Nous nous contenterons donc d’une seule saison, mais une remplie d’émotions et de passion. C’est avec un petit pincement au cœur que je souhaite une belle saison à nos valeureux pêcheurs de homard.

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Cette semaine, grand moment dans la vie des Bourque : mon plus vieux a enfin réussi à faire du vélo à deux roues. Il a neuf ans. Bon, je sais que j’ai l’air de le juger, mais dans le fond, il va à son rythme et c’est bien correct comme ça. Mais en même temps… J’ai tellement passé de temps et vécu d’aventures assis sur mon bicycle que j’avais hâte qu’il pédale de ses propres pieds pour en vivre lui aussi.

Moi, aussitôt que la neige laissait nos chemins tranquilles, je me garrochais chez Excellence Sports en face de chez nous pour faire ajuster mon bicycle. Ajuster quoi, je ne le savais pas trop. Je l’avais remisé en parfait état à l’automne, alors je ne voyais pas trop comment, rendu au printemps et sans l’avoir utilisé durant l’hiver, il pouvait être complètement désajusté. Mais, j’étais bon joueur et j’aidais l’économie à rouler. Je repartais de là avec le même vélo et douze piastres en moins.

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En ces temps de confinement où l’on s’éloigne les uns des autres. Dans ces moments de branle-bas de combat où nos certitudes n’ont plus l’assurance qu’elles avaient. Pendant que nos habitudes prennent le bord et que nos inquiétudes nous tourmentent le corps, mon refuge, mon salut, mon île de quiétude demeurera toujours mes souvenirs. Comme une façon de se cacher les yeux avec le passé pour ne pas voir ce qui se passe au présent ou encore ce que nous réserve l’avenir. Ne faire que ça pourrait être désastreux. Mais une fois de temps en temps, revenir en arrière, ça fait juste du bien. Et en ces temps confinés, j’aime me rappeler des moments bien entourés…

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Capotez pas avec ça ! Non, je n’ai pas la COVID-19. Je ne vais même pas vous en parler aujourd’hui. Restez chez vous et tout ira bien. Horacio nous l’a assez dit.

Mais ça ne m’empêche pas d’avoir quand même une maladie honteuse. Et ce n’est pas de gaieté de cœur que je m’ouvre à vous cette semaine. Ça fait longtemps que je traîne ça et c’est dur à avouer. Je me lance…

Un jour, quand j’étais petit, j’ai vu un match de lutte à la télé et j’ai tout de suite accroché. J’ai été fan de lutte durant toute mon enfance, mon adolescence… et même à l’âge adulte. Encore aujourd’hui, même si je n’ai plus le temps de regarder ces gars-là faire semblant de se taper dessus pour une ceinture en cuirette, je vais régulièrement voir les résultats sur le web. Vraiment une maladie.

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En tout cas, on peut dire que la COVID-19 nous brasse dans nos routines. Écoles fermées, spectacles annulés, voyages reportés. Quand c’est rendu que ça joue rough du panier d’épicerie pour être celui ou celle qui repartira du Club Price avec le dernier paquet de rouleaux de papier de toilette, c’est que tes fondations comme être humain viennent d’en prendre un coup. Mais c’est là qu’on voit qu’avant d’être infectés ou non par ce virus-là, nous sommes tous déjà sous l’emprise d’une autre terrible maladie : nos petites habitudes. Ne touchez pas à nos habitudes, ne brisez pas nos routines. Parce que ça risquerait de nous faire perdre la tête.

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J’ai toujours eu un peu de misère avec l’appellation « gens du troisième âge ». Troisième. C’est comme les reléguer au plan de troisième rôle muet dans un long métrage. Il n’y a pas de sotte place dans le générique d’un film, mais avouons qu’on a tendance à oublier rapidement les faces de ceux qui ne disent jamais rien.

Les grands-parents. Je n’ai pas eu la chance de connaître beaucoup mon pepé Bourque. Il est parti quand j’avais cinq ans. Je sais qu’il était bedeau à l’église et qu’il avait une petite étable à la maison. Je le revois assis dans son La-Z-boy. C’est lui qui m’a fait goûter à mon premier hareng boucané. Disons que c’est un goût qu’on n’oublie jamais. Encore aujourd’hui, quand j’en mange, c’est à lui que je pense.

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La tank est pleine, ça fait que envoye, givatôme ! Un autre après-midi passé assis sur le banc d’en arrière, les deux pieds sur la bosse entre les deux sièges. Aujourd’hui, papa a décidé de nous payer la traite : on braque pour l’est. La Grande-Entrée. J’ai six ans et demi, et j’ai jamais été là de ma vie. Ça prend une première fois à toute. Et pour passer le temps, on écoute évidemment le country à Jean-Louis à la radio. Et ça commence dès qu’on starte le char avec Julie Daraiche qui nous rappelle que la musique c’est c’qu’il y a d’plus beau, Diggy diggy ly diggy diggy lo.

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Treize ans. Chaque matin, j’entre à la Polyvalente, fier. Fier d’être rendu là. De faire partie des grands, même si j’en suis un des plus petits. Fier, mais pas faraud. Treize ans, ce n’est quand même pas toujours nos meilleurs jours. Début d’acné, début de poil de barbe, bras trop longs, jambes trop courtes. La coupe de a premier rang. Être dans une gang, être dans LA gang. Être, tout simplement. Sentir qu’on est quelqu’un et qu’on appartient à quelque chose. Pour certains, ça a lieu au volleyball lors de tournois à l’extérieur des Îles; pour d’autres, c’est à la pastorale à faire des tablettes de feuilles recyclées sur l’heure du dîner. Pour moi, dès ma première journée à la Polyvalente, je sais qu’un jour je vais faire du théâtre en secondaire 5. Ça devient un but. L’objectif premier avant de souhaiter réussir mes cours. À treize ans, peu importe ce qui nous traîne par en avant, ce qui compte, c’est d’avancer. Je participerai à des spectacles amateurs, ferai de l’improvisation et finirai par faire du théâtre. On rira de mes histoires et de mes niaiseries. On m’applaudira. On renforcira une confiance en moi, si primordiale lors de cette période riche en changements hormonaux.

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Comme à tous les matins que le bon Dieu amène…

Ah ben tiens ! Si c’est pas le beau Arthur qu’arrive manger sa roue de tracteur quotidienne.

Beau ? Tu dois awoirr tcheuque patente à me d’mander, c’est comme rrien.

Ben quoi ? On a t’i’ pus l’droit de se complimenter ?

Pis ? Quosse qui s’passe de beau par chez vous ?

Bah, tu sais quosse que c’est… pas grrand-chose pis toute sorrte d’affairre en même temps.

Ben justement asteure que je t’ai au proche… dis me ouare… j’ai t’i’ pas vu qu’i’ allait avoir une consultation publique sur le tourisse au Havre-Aubert? Ben vous êtes à moitié fous ! Quosse que tu veux qu’on aille faire là-bas au Havre?

Heille, le banax, fais attention à ta djeule. Tu viendrras pas m’dirre que vous attirrez des tourrisses avec votrre Anse-aux-Baleinier cerrtain!

Ben quoi, on a une grosse balloune orange que les enfants peuvent djomper dessus dans l’temps que leurs parents se remplissent les souliers tight de sable. C’est pas rien ! Vous autres, quosse que vous voulez de plus que c’que vous avez déjà? Un économusée du maragouin au Lac Solitaire? Une visite guidée des maisons qui cachent la vue au Bassin? Godèche de luck! De luck!

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Je suis un enfant des Îles,

De la mer et des grands vents

Modelé de sable et d’argile

Et coiffé de goémon

C’est ce qui jouait cet après-midi-là dans mon Walkman à cassette autoreverse avec ses écouteurs à cerceau métallique et ses oreilles en mousse-mousse orange. J’écoutais ça en marchant tranquillement sur la plage de la Martinique. Je ne le savais pas encore, mais ce refrain-là allait devenir tranquillement pas vite un élément marquant de mon identité madelinienne. C’est la chanson qui m’a connecté pour la première fois avec la fierté d’être qui je suis, de venir d’où je viens.

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