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Chronique Hugo Bourque

Ah ben beunne année, mon Arthur!

Parrreillement, mon Everrade!

Quosse qu’on te souhaite de bon pour 2021?

J’pensais jamais dirre ça de ma vie, mais d’la visite, godam, d’la visite à deux pouces d’la face!

Heille, j’te comprends. Un couvre-feu, djypentwice! Peux-tu croire? On peut pu sortir de t’chez nous à part pour aller faire pisser l’chien, en laisse.

Ben moi, c’est Clémence…

C’est Clémence qui fait pisser le chien?

Non, c’est Clémence que je prromène en laisse. Ça nous fait sorrtirr tous les deux aprrès huit heurres le soirr.

Ah, mon god, toi !

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Des fois, je rêve à Noël. Un Noël de tous les possibles. Avec son voile de flocons qui tombent au rythme d’une respiration. Je ne trippe pas sur la neige, mais ça prend ça à Noël.

On met nos plus beaux habits achetés pour Noël, et Noël seulement, qui finiront sûrement dans la garde-robe jusqu’à l’année prochaine. On entasse toute la famille dans le char et l’on part pour la messe de minuit. Ça sent l’encens, les parfums de madame et les after-shave de monsieur d’une église bondée. Tous les plus ou moins beaux capots de poil sont sortis avec plus ou moins trois pastilles qui sentent la menthe dans leur poche. Gérard Nadeau entonne son traditionnel Minuit chrétien et le coup d’envoi est donné pour la fête. Un prêtre nous roule les « r » du Notrre Pèrre et l’on chante ensemble la naissance du divin enfant, on joue des hauts-bois et fait raisonner les musettes. Peu importe ce que c’est. Ça prend ça à Noël.

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Hier, pour dîner, je me suis fait un club sandwich au homard avec du stock que j’avais dans mon congélateur. Dès la première bouchée, le mois de décembre est parti pour faire place au mois de juillet. Le froid m’a laissé tranquille et la chaleur est venue m’envelopper. Petit moment comme ça qui me rappelle à quel point je suis chanceux d’être un gars des Îles. Si j’étais un Montréalais, pas sûr que j’aurais des fruits de mer dans mon congélateur.

Les pâtés à la viande aussi, pour moi, font partie des recettes typiques des Îles. Quand memé Bourque se mettait à tourner la poignée de son moulin à viande, les morceaux de porc se faisaient déchiqueter sur un moyen temps. Ça prenait tout un bras pour faire ça, et croyez-moi, elle en avait un. En fait, je crois que toutes les grands-mamans des Îles ont au moins un bras à pâté à la viande. Ne cherchez pas des pâtés comme ça en ville, vous n’en trouverez pas. En ville, ils sont tous faits avec de la vulgaire viande hachée du commerce. Pour moi, ce n’est pas des pâtés à la viande, ça, c’est un hamburger caché en dessous d’une couverte de pâte à tarte.

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Les gens de par chez nous sont riches de leur originalité. Ils sont les témoins vivants de notre façon d’être. Ils sont le gars à machine, la fille à chose. La p’tite pirate, le gros bedou, la djypentwice pis le grand fanal.

Y a ceux qui font des palabres et ceux qui en font partie. Y a celles qui les font voyager au BINGO autour du « N » free. Ceux qui les radotent au bureau de poste en passant pis ceux qui les boivent autour d’un café réconfortant. Ceux qui les inventent sans trop y croire et ceux qui les arrêtent en grand désespoir. Y a ceux que ça dérange et ceux que ça arrange. Ceux qui les regardent passer en se disant : « Ben, il avait yèque à pas faire ça! »Y a ceux qui savent tout, mais ne disent rien. Ceux qui disent tout, mais ne savent rien. Ceux qui savent tout, mais ne gardent rien. Pis y a ceux qui r’gardent tout, mais ne voient rien.

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Oué, ben… ça commence à être pas mal frette su’ les moconques pour un café, la vitre de char baissée, de même.

Oué, tu l’as dit, Éverrade. Va falloir s’trrouver une place pourr mémérrer au chaud. Mais moi, badjeuler avec un masse sur la goule ou en arrrièrre d’un Plexiglas, un grros thank yo!

Mais on dira c’qu’on voudra, ça fait du bien pareil d’être dans l’jaune, hein, Arthur?

Quosse que ça change tant qu’ça à ta vie?

Pas grand-chose… mais au moins, on n’a pu besoin d’se cacher pour aller jouer une p’tit game de 150 en gang chez les autres.

Ah ben ça, tant qu’à ça, t’as rraison. Mais tu sais qu’il faut limiter les rregrroupements à trrois ménages, pas plus?

Ben oui, je l’sais, j’ai entendu ça à la radio. Mais tu sais qu’moi… j’suis pas fort fort su’ l’ménage.

Y rreste que j’ai hâte d’avoirr le vaccin pour rrevenirr à la norrmale.

Ben moi, j’trouve que la pandémie a eu du bon pareil. Fini les p’tits becs pour toutes sortes de niaiseries. « On arrive? » Un p’tit bec. « On s’en va? » Un p’tit bec. « Ça fait longtemps qu’on s’a pas vu? » Un p’tit bec. « Un p’tit bec? » Un autre p’tit bec. Des vrais capeutés ! On peut bien être tout le temps malade…

Ah, va donc t’assirre ! C’est toi, Éverrade, qu’est malade!

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« Depuis un certain nombre d’années, grâce au mouvement féministe, les femmes, dans plusieurs pays, ont changé. Elles se sont de plus en plus affirmées et ont pris leur place. C’est maintenant au tour des hommes de changer. » – Jannette Bertrand

Les propos de cette grande dame sont d’une brûlante actualité. Toute sa longue vie, elle a aujourd’hui 96 ans, Mme Bertrand a sondé le coeur et l’âme des êtres humains afin d’essayer de les comprendre et de susciter de meilleures relations entre les sexes. Aujourd’hui, elle s’adresse particulièrement aux hommes qui, estime-t-elle, doivent changer. Plusieurs ont déjà commencé à le faire. Or, l’un des principaux points sur lesquels la gent masculine se doit de faire une introspection est sur cette propension à, trop souvent encore, user de violence dans les relations avec l’autre et dans la résolution des conflits qui, inévitablement, arrivent dans un couple. Il y a, assurément, mieux à faire.

Au fil des ans, plusieurs chercheurs ont entrepris des études afin de comprendre pourquoi il en est ainsi. Quelles seraient les causes de ces comportements violents? Les différentes hypothèses et théories abondent. Essayons de les circonscrire, afin de mieux comprendre…

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Samedi matin, comme bien des samedis matin de l’époque, dès que je me levais, je savais que j’allais vouloir aller me louer un film chez Édouard, au centre d’achat.

Mama-a-an? Bétôt, j’pourrais t-y aller me louer un film?

Oué, oué. Veux-tu qu’on y alle asteure?

Mais non. On ne pouvait pas y aller tout de suite. Parce que ceux qui avaient loué des films le vendredi soir devaient ramener leurs locations le lendemain avant treize heures. En ayant pris soin de reculer la cassette au début, évidemment, sinon ils devaient payer une pénalité. Alors pour avoir plus de chance de trouver le film que je voulais, j’étais mieux d’attendre d’y aller à treize heures, moi aussi.

Donc, samedi midi, comme bien des samedis midi de l’époque, je rappelais mes intentions.

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C’est la question qu’on se posait chaque jour de notre vie de prépubère de fin du primaire. Parce que c’est pas mal là, avec un an ou deux de retard sur les filles, que les gars réalisaient qu’ils avaient maintenant de l’intérêt pour les jeux de l’amour. On laissait enfin derrière nous cette étrange étape du « Yark, une fille ». Nos cœurs étaient prêts à être conquis ou brisés, c’est selon. La vie tentait de nous donner un grand coup de maturité sur la djeule en espérant nous faire avancer de quelques pas par en avant.

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Oui, j’ai déjà été président. Non, je ne parle pas ici de ma plus récente game de Trou de cul, le jeu de cartes bien connu. Quand j’étais à la Polyvalente, chaque année, il y avait des élections. On devait se choisir un conseil étudiant.

Ma première « campagne électorale » a eu lieu en secondaire 1. On m’avait recruté parce que j’étais le frère de l’autre et sûrement pas pour ma coupe Longueuil et mes t-shirts trop longs. On m’avait offert le poste des communications, même si je ne savais pas trop trop ce que ça impliquait. Malheureusement -ou heureusement- nous avons été battus sans même pouvoir mettre ça sur le dos de l’argent et du vote ethnique. Un scandale!

Ce n’est que quatre ans plus tard, tel un Gabriel Nadeau-Dubois de Lavernière, que j’ai foncé tête première vers ma deuxième campagne. J’avais regroupé autour de moi des personnes qui, il me semblait, étaient assez populaires dans leur niveau scolaire respectif pour nous permettre de rentrer fort. En politique, il y en a qui achète des électeurs, moi je les tétais en m’associant à des aimants à vote. Chacun son truc. Je m’étais donné le rôle de président… sans savoir trop trop ce que ça impliquait. Ça avait juste l’air le fun d’avoir son propre local dans l’école et de se faire appeler Monsieur le Président. Comme quoi je faisais ça pour les bonnes raisons…

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Vous demanderez à maman. J’ai sûrement déjà eu le fameux Terrible Two à deux ans, probablement le Fuckin’ Four à quatre ans pis le godam de six à six ans. Mais je ne croyais jamais, au grand jamais, pogner la crise de la quarantaine. En fait, dans ma tête, j’ai tout le temps cru que c’était une légende urbaine. Une espèce de Bonhomme Sept Heures ridé et courbaturé qu’on brandit comme une menace pour faire peur aux gens qui ont vieilli trop vite. Un mythe visant à justifier une faiblesse, ou du moins une insécurité.

Dans mon cas, ça a pris un an à s’installer sournoisement en moi. Tellement que j’ai pensé m’en sortir sans trop de séquelles. Ma première année de quarantième s’est passée sans que je m’inquiète de mon sort. Remarquez que je ne vous ferai pas de cachette, j’ai vieilli. Dans mon corps, je me sens comme un vieux pet près de sa retraite. J’ai mal à peu près partout, même escarré tranquille sur le sofa. Il faut dire que mon travail en position assise toute la journée me joue de vilains tours. Sinon, même si je cours trois fois par semaine, le moindre effort physique supplémentaire se fait ressentir durant plusieurs jours.

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Au début du mois de mars, ça faisait déjà presqu’un mois que Thérèse n’avait pas eu la visite de ses enfants et encore moins de ses petits-enfants. En fait, elle n’avait eu la visite de personne. Mais bon, à soixante-treize ans, elle était capable de s’arranger toute seule. Et puis, les mères étant des mères, pas question de déranger les enfants avec ça. S’ils ne venaient pas à elle, elle n’allait certainement pas les appeler pour insister. Ils avaient sûrement mieux à faire…

Thérèse vit toujours dans sa belle grande maison ancestrale, à la Belle-Anse. À l’est payée, ça serait quasiment fou de pas en profiter jusqu’au boutte, qu’elle dit toujours. Quand son mari est décédé du cancer, il y a trois ans, ses deux gars auraient voulu qu’elle vende tout ça pour aller rester à la Villa, mais il n’en était pas question. Elle était bien résolue à rester chez elle jusqu’à son dernier souffle. C’est pas un godam de cancer qui va venir scrapper la fin de ma vie, qu’elle répétait.

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On en avait tous entendu parler. On savait qu’un jour, ça allait nous arriver. On ne savait juste pas quand. Cet après-midi-là, en rentrant dans la classe de notre cours d’économies familiales, la p’tite Yvette était prête. Prête à nous apprendre la vie. Prête à nous montrer les vraies affaires. À foncer malgré les réticences de chacun. Oui, ce jour-là, coûte que coûte et malgré le fait qu’on n’était que des adolescents bourgeonnants, on allait apprendre à coudre un bouton.

La p’tite Yvette, c’était Yvette Monnier. Un petit bout de femme impeccable. Toujours tirée à quatre épingles. Les cheveux remontés en chignon sans une mèche qui dépasse. Le parfum bien dosé, ni trop présent ni complètement discret. Jamais un mot déplacé. Une pointe d’humour aux bonnes places et juste ce qu’il faut de poigne pour qu’on l’écoute sans lui manquer de respect. Et elle n’avait pas la tâche la plus simple au monde; elle était professeur d’économies familiales en secondaire deux. Autrement dit, elle devait apprendre à des enfants prépubères à devenir des adultes pas trop pépères. Méchant contrat!

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