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Chronique Hugo Bourque

C’était une belle journée chaude de juillet. Le genre de journée où les astres s’alignent et où les marées s’affinent, transformant la mer en véritable miroir marin réfléchissant le ciel à merveille.

Ce jour-là, on était un groupe d’amis évaché sur la plage du Corfu. On avait joué au Frisbee, on s’était baigné, on avait tué des taons en leur faisant claquer nos serviettes mouillées sur la djeule… mais là, on faisait le bacon au soleil en jasant de toutes sortes d’affaires, mais surtout des autres. As-tu su pour le gars à machine? As-tu vu la fille à chose? D’ici la fin de l’après-midi, c’était garanti, on allait tous être à jour dans nos palabres.

Quand tout à coup, une rumeur de possibilité de pêche au maquereau s’est mise à planer au-dessus de nous autres. Le papa d’une amie connaissait quelqu’un qui connaissait quelqu’un… Bref, un bateau et son capitaine étaient disponibles pour nous y amener. On n’allait sûrement pas bouder notre plaisir. Tout le monde est retourné chacun chez eux pour aller s’enlever le sable des culottes et pour ramener ce qu’il faut pour une sortie en mer, c’est-à-dire pas grand-chose.

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J’ai mal à mon showbiz. Oh ! Ce n’est pas un milieu très sain d’esprit. Entre nous, il faut être carencé en godêche pour toujours avoir besoin de se mettre de l’avant et rechercher constamment l’attention, l’approbation et l’amour du plus grand nombre de personnes possible. Pas étonnant de trouver beaucoup de dépendances chez nos artistes chouchous. Mais récemment, plusieurs, et certains parmi nos préférés, sont tombés de leur piédestal. Disons que si l’on a souvent chanté J’aurais voulu être un artiste, je pense que certains d’entre eux auraient préféré ne pas en être un ces jours-ci. Une vague houleuse de dénonciation sur le web ou dans des journaux a fait voler en éclat l’héritage culturel que plusieurs professionnels du divertissement auraient bien aimé nous léguer.

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C’est la face au vent, virée vers une ligne d’horizon en mouvement et le dos collé sur une dune de la Pointe-aux-Loups que je farfouillais distraitement mon Facebook à la recherche d’un détail de journée d’une connaissance que j’aurais malencontreusement échappé. Mon pouce glisse la vie des autres par en haut à une vitesse folle. Rien de pertinent, rien d’intéressant.

Des mots. Plein de mots. Mais surtout des maux. Plein de maux. On se plaint, on s’accuse, on se dénonce, on se prononce. Et tout ça, sans que personne ne nous demande vraiment notre avis. On s’improvise spécialistes de tout sans connaître rien en rien.

On le voit très bien ces temps-ci avec le fameux port du masque obligatoire. Soudainement, on est tous aptes à argumenter, même avec des scientifiques. Pourtant, que tu sois d’accord avec la loi ou non, ça n’intéresse à peu près personne. Dis-le si tu veux, mais de grâce, laisse ceux qui ne sont pas d’accord avec toi penser ce qu’ils veulent. Peu importe dans quelle équipe que tu es. Tu veux le porter? Porte-le. Tu ne veux pas le porter? OK, reste chez vous. Simple de même.

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Les Îles. Plus de trois cents kilomètres de plages. Et peu importe le petit bout qu’on choisit pour s’y échouer, le temps passé là est toujours un moment magique…

Spot trouvé, serviette éparée. Tout est prêt pour une journée rêvée. Mais le sable s’est déjà invité dans nos affaires. Le vent l’y a poussé sans trop de difficulté. Reprendre sa serviette pour l’escouer dans les airs et manger le sable en pleine face. Il souffle de quel bord, ce vent-là?

Se tortiller sur sa serviette pour se creuser un espace confortable pour le dos. Comme si le sable labouré allait se transformer en matelas coussiné. Faire le bacon. Un bout sur le ventre, un bout sur le dos. Pour s’égaliser la déprime en même temps que la peau. Un bout sur le ventre, un bout sur le dos. Se colorer le corps pour se vider l’esprit. L’esprit sain dans un corps sain devient l’esprit bien dans un corps brun. Se badigeonner comme une dinde à Noël pour ne pas sécher sous la chaleur d’un fourneau à ciel ouvert. Le sable et le foin de dune fument sous le soleil chaud d’une fin de juillet qui tape et retape jusqu’à nous faire rougir de l’intérieur. Ça sent bon… quand on est capable de faire abstraction de l’odeur de coconut des crèmes de madames à la peau jaune-orange étrange.

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La phrase que j’ai entendue le plus par mes enfants pendant le confinement. Plus souvent que le premier ministre qui nous rappelle de se tousser dans le coude, alors que lui se toussait dans la main… Plus souvent qu’Horacio qui nous parle de sa fameuse courbe à aplatir… Plus souvent que la fameuse question Ben godam, on va t’i’ pouvoir coucher au Nouveau-Brunswick, oui ou non ?

Pourtant, il me semble que nous autres, on avait tout le temps de quoi à faire. Premièrement, dès qu’on revenait de l’école, on enlevait notre linge d’en dedans pour mettre notre linge de dehors. On passait des culottes de jogging gris pâle qui tachent en masse aux culottes de jogging bleu marin qui tachent moins. Après, on était lâché largue dans le parc… Je n’avais pas le choix de me trouver une activité. J’avais jusqu’au souper à m’organiser avec mes problèmes. Papa et maman n’étaient pas avec moi à courir après les papillons pour me montrer comment les attraper dans mon petit pot Masson. Alors, je faisais mes expériences. C’est comme ça que j’ai découvert que si je ne faisais pas des trous dans mon couvercle, les papillons mouraient. Et que si je faisais des trous… les papillons mouraient pareil.

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Ah ben, look heilleur boyz ! Ça va, Arthur ?

Bah, tu sais quosse que c’est… tout l’temps la même affairre. Pis toâ ?

Pareil.

Sais-tu que… avec les masques sur la djeule pis la distance qu’il faut garder entre nous autres asteur, ça commence à être difficile de palabrer sans se crier par la tête. J’te dis qu’c’est pas facile de pas éparer la nouvelle partout sur les Îles.

Ah ben arrrête tes arrmenas ! C’est ça ton but, toâ, d’éparrer la nouvelle. Asseille-te pas !

Ah mon god ! Tu me connais bien, Arthur, tu me connais bien. Nan, mais c’est quand les tourisses vont réaliser qu’ils comprennent pas un traître mot de c’qu’on dit même quand on enlève nos masques! Ils vont capoter raide.

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Dimanche après-midi. Je joue aux GI JOE dans la cave. Duke et le commando sont en train d’échafauder un plan pour attaquer Destro et sa bande de malfaiteurs. L’idée est de passer sur le congélateur pour les prendre par surprise à coup de grenades. Un vrai carnage ! C’est alors que papa descend une couple de marches pour me dire :

Hugo, j’m’en vas voir les courses au Havre-aux-Maisons. Viens-tu ?

Je lâche tout sauf Duke, que je glisse dans ma poche. Destro et sa bande de malfaiteurs ne perdent rien pour attendre. Aussitôt qu’on revient, on mettra le plan à exécution. Je monte les marches deux par deux et saute dans le char.

Premier obstacle : descendre la butte du pédalo. Comme il fait beau, tout le monde s’est garroché sur la plage. L’auto avance au pas du chien, c’est long et il fait chaud à bord du char. L’affiche Pepsi sur la bâtisse me donne le goût d’en boire un, mais je n’aime pas ça. Ça goûte quoi, en fait, cette liqueur-là? Je ne connais aucun fruit noir qui goûte ça. Pourtant, une orangeade, ça goûte vraiment l’orange…

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Ah ben, ah ben ! Garrde-la ouarre, lui !

Qui ça, pour l’amour du saint bon Djeu ?

Ben toâ !

Ah mon god, toâ ! Arrêt donc tes grands simagrées !

Ben godêche, t’as-tu levé du mauvais borrd ?

Nan, nan… J’suis juste étchœuré massif d’la COVID !

Parrle-me s’en pas. Même dans les tempêtes, on n’est pas poigné chez nous tant qu’ça. Au moins, quand y a de la neige, y a le convoi pour trravarrser de l’autrre borrd si on a besoin de tcheuque chose.

Oué, ben là, j’suis pas mal tanné d’être poigné chez nous.

Ben là, au moins, y a le Centrre d’achats qui a rrouverrt.

Me niaises-tu, Arthur ?

Ben non, j’te niaise pas. Le Centrre d’achats est rrouverrt depuis lundi passé.

J’le sais. Mais on n’a même pus le droit de flâner sur les bancs en face des magasins. Quosse que tu veux que j’aille faire là ?

Éverrade, c’est pas un centrre d’arrmenas. C’est un centrre d’achats ! C’est pourr faire des achats. Tu rrentrre, tu poignes c’que t’as besoin, pis du godam ton camp chez vous. That’s it, that’s all!

Arthur, les cafés, c’est fait pour prendre un café. Ça nous empêche pas de partir une couple de palabres en le prenant. C’est la même godam d’affaire !

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Imaginez que vous écoutez une série à suspense à la télévision. Une histoire complexe avec de l’action, de l’amour et plein de rebondissements. Vous avez suivi tout ça depuis le début, il y a cinq ans déjà, et quand vient le temps de la diffusion du dernier épisode, celui qui va clore le tout et vous apprendre enfin ce qui va arriver à vos personnages préférés dans le futur, on vous annonce que, dû à des raisons incontrôlables, ce fameux dernier épisode ne sera jamais présenté. Jamais.

C’est un peu ce que vivent nos jeunes de secondaire 5 qui se sont claqué cinq années à la Polyvalente, à rêver de leur tout dernier épisode. Cinq années d’action, d’amour et de rebondissements. Mais dû à des raisons incontrôlables, ce fameux dernier épisode n’aura probablement jamais vraiment lieu. Pas de robe à 1 000 $, pas de souliers vernis. Rien. Un sentiment d’avoir entamé quelque chose sans jamais avoir pu le terminer comme il se doit.

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La vie ne sera plus jamais comme avant.

Ce n’est pas très encourageant, mais c’est ce qu’on nous répète souvent depuis un élan. Plusieurs mesures qu’on prend en ce moment pourraient bien rester les normes dans le futur pour plus ou moins longtemps. Imaginez…

Avant ça, quand on voulait manger une carotte, on avait juste à aller dans le jardin en arrière de la maison. That’s it, that’s all. Moi, c’était en arrière de chez pepé. Asteure, on doit faire la file dehors à la COOP, suivre les flèches sur le plancher, ne parler à personne et payer sans cracher dans la face de la caissière. Ce n’est plus comme c’était. Non seulement ça, mais avant ça, quand je m’en arrachais une directement du jardin, je la frottais à peine sur mon pantalon de jogging avant de la croquer. Des fois, ça goûtait plus la terre rouge que la carotte. Asteure, faut laver notre épicerie aux lingettes désinfectantes et frotter nos fruits et légumes avec de l’eau et du savon avant même de les mettre au frigidaire. Je m’ennuie du goût de la terre ; le savon c’est pas vraiment mon affaire.

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Des milliers de morts. La plupart étant des personnes âgées. La COVID-19 aura malheureusement raison de plusieurs mamans, papas, grands-mamans et grands-papas. Une situation très difficile à concevoir pour les enfants et surtout les petits-enfants de ces gens-là. Ça me rappelle d’ailleurs mon été d’il y a quatre ans…

L’été, c’est fait pour jouer chantaient nos deux marionnettes à l’air hagard préférées, Cannelle et Pruneau. C’est un moment où l’on s’habille plus léger, où l’on mange plus léger, où l’on se sent plus léger. C’est donc en sifflotant un air tout aussi léger que je travaillais dans mon petit jardin. Pour moi, le mot « léger » vient automatiquement avec l’image du gars qui sifflote. Tu ne peux pas siffloter un air pesant. C’est toujours léger. That’s it, that’s all. Mais je m’égare…

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L’année passée, à pareille date, j’étais aux Îles avec une équipe pour tourner La course folle, série documentaire sur la pêche au homard que vous pouvez voir ou revoir sur le site de Télé-Québec. Cette semaine, nous avons malheureusement appris qu’il n’y aura finalement jamais de saison 2. À cause de la COVID-19, Télé-Québec doit retarder les tournages de plusieurs émissions prévues et il faudrait attendre jusqu’en 2023 avant d’avoir un OK pour tourner la nouvelle saison… bref, il serait trop tard. Nous nous contenterons donc d’une seule saison, mais une remplie d’émotions et de passion. C’est avec un petit pincement au cœur que je souhaite une belle saison à nos valeureux pêcheurs de homard.

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Cette semaine, grand moment dans la vie des Bourque : mon plus vieux a enfin réussi à faire du vélo à deux roues. Il a neuf ans. Bon, je sais que j’ai l’air de le juger, mais dans le fond, il va à son rythme et c’est bien correct comme ça. Mais en même temps… J’ai tellement passé de temps et vécu d’aventures assis sur mon bicycle que j’avais hâte qu’il pédale de ses propres pieds pour en vivre lui aussi.

Moi, aussitôt que la neige laissait nos chemins tranquilles, je me garrochais chez Excellence Sports en face de chez nous pour faire ajuster mon bicycle. Ajuster quoi, je ne le savais pas trop. Je l’avais remisé en parfait état à l’automne, alors je ne voyais pas trop comment, rendu au printemps et sans l’avoir utilisé durant l’hiver, il pouvait être complètement désajusté. Mais, j’étais bon joueur et j’aidais l’économie à rouler. Je repartais de là avec le même vélo et douze piastres en moins.

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En ces temps de confinement où l’on s’éloigne les uns des autres. Dans ces moments de branle-bas de combat où nos certitudes n’ont plus l’assurance qu’elles avaient. Pendant que nos habitudes prennent le bord et que nos inquiétudes nous tourmentent le corps, mon refuge, mon salut, mon île de quiétude demeurera toujours mes souvenirs. Comme une façon de se cacher les yeux avec le passé pour ne pas voir ce qui se passe au présent ou encore ce que nous réserve l’avenir. Ne faire que ça pourrait être désastreux. Mais une fois de temps en temps, revenir en arrière, ça fait juste du bien. Et en ces temps confinés, j’aime me rappeler des moments bien entourés…

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