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Chronique Hugo Bourque

Il était 10 h 30, un certain soir de juillet. Je finissais ma New Castle et mon chip BBQ, tranquille, sur la terrasse du Central. Autour de moi, plein d’amis jasaient d’une possible nuit blanche sur la plage de la Dune du Nord. Je ne portais pas trop attention; comme je ne conduisais pas encore, que tout le monde semblait partant pour rester là-bas vraiment toute la nuit et que je n’étais pas amateur de « découchage », j’allais passer mon tour.

C’est alors que mon ami Joël se tourna vers moi et me demanda : « Veux-tu v’nir avec nous autres? J’coucherai pas là; j’travaille demain matin. J’irai t’porter chez vous après. » J’ai finalement accepté parce que les nuits sur la plage ont toujours ce petit quelque chose de magique.

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« Je m’appelle Charlie; je suis une p’tite boule d’énergie et de caractère de trois ans et tout ce que je vais vous raconter est vrai. Vous demanderez à mes parents, ils vont vous le dire. Je viens tout juste de rentrer chez moi après une semaine aux Îles de la Madeleine. J’ai été en vacances là parce que mon papa est né aux Îles et que mon papi et ma mamie y habitent toujours. C’est ce qu’on m’a expliqué en tout cas.

Le jour du départ, mon frère d’amour et moi, on a embarqué dans l’auto très tôt le matin. Je sais qu’il était très tôt parce que je n’ai même pas eu le temps d’écouter tout mon DVD de Cornemuse avant de partir. Comme ma maman d’amour m’avait dit qu’on allait rouler longtemps avant d’arriver, j’ai attendu le plus que j’ai pu avant de demander : « Est-ce qu’on est bientôt arrivés? » Papa a ri. Pas moi.

Ce qui est le fun avec ce genre de voyage, c’est qu’on a droit à des privilèges spéciaux pour éviter qu’on s’impatiente : iPad, films, chicanes à volonté. Pour les chicanes, je peux vous dire que j’ai fait ma part; chaque fois que mon frère prenait un jouet dans ses mains, j’insistais pour avoir ce même jouet-là. TOUT DE SUITE! Vous essayerez ça; c’est la meilleure façon que j’ai trouvée pour que la chicane poigne.

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Les palabres, c’est ce qui tient une région comme les Îles en vie. C’est ce qui unit ses habitants. Nous sommes tous un brin curieux du voisin; nous aimerions tous en savoir plus sur le nouveau venu, sur la relation flambante neuve ou la récente rupture. Nous avons tous soif d’histoires croustillantes et si elles n’existent pas, nous allons les inventer. That’s it, that’s all! Mais comment départager le vrai du faux? Il y a tellement d’histoires…

Ça a l’air que plusieurs vaches à l’Île d’Entrée se seraient suicidées. En fait, comme les vaches aiment le sel, pendant qu’elles mangent de l’herbe, elles se rapprochent de plus en plus, sans s’en rendre compte, du bord des caps; plus elles s’en approchent, plus le gazon devient salé à cause de la mer. Résultat : par inadvertance, elles glissent et tombent par en bas vers une fin plutôt tragique.

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La cloche sonna. Mais pas n’importe laquelle : la dernière de l’année. Et pas n’importe quelle année : la toute dernière de mon secondaire. En 1996, j’étais finissant à la Polyvalente des Îles. On écoutait « We’ve Got It Goin’ On » des Backstreet Boys, on tripait tight sur Piment Fort et l’Heure JMP et on mangeait au moins une fois par semaine chez le P’tit Léo, chez Armand ou au Dany-Luc.

Quelle étape de vie que celle-ci! Mon secondaire 5 a été la plus belle année scolaire de toute mon existence. Surtout pour des raisons qui, elles, ne sont pas scolaires du tout. C’est une année où je faisais de l’improvisation, du théâtre, de l’animation de galas amateurs; j’étais le président du conseil étudiant. C’est aussi l’année où nous étions les plus vieux de l’école; donc, on avait le sentiment que ce lieu-là nous appartenait. On parlait à Pie Bleue comme si c’était notre ami proche; on se quêtait une troisième tranche de pain à la cafétéria; on parlait même un petit peu fort à la bibliothèque. Le délire!

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Chaque jour, je remercie la vie d’avoir donné la santé à mes deux flos. Des enfants, c’est fait pour jouer, pour rire, pour s’émerveiller…

À un an, j’ai eu quelques ennuis de santé. En fait, je ne mangeais pas beaucoup et ce que je mangeais me bloquait dans l’estomac. De nos jours, on dirait que c’est un estomac paresseux; à l’époque, on ne comprenait pas ce qui se passait et mes parents ont fini par s’inquiéter assez pour aller voir le docteur St-Aubin qui m’a transféré à Québec pour subir des tests.

Un séjour d’une quinzaine de jours à Québec pour des examens à l’hôpital, dans le temps comme aujourd’hui, ce n’est jamais bien rose. Loin des siens, loin de ses affaires; parfois sans même savoir quand est-ce qu’on retournera à la maison… Et pas le temps d’aller magasiner aux Galeries de la Capitale, rien.

Qu’à cela ne tienne! Comme la santé est plus importante que tout, surtout celle de nos enfants, ma mère m’a accompagné là-bas pour s’assurer que je n’avais rien de grave.

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Littéralement. Ce n’est pas l’expression, mais bien la réalité.

Il y a un an, j’accompagnais ma grosse bouvière bernoise à son dernier repos. Je ne sais pas pourquoi je vous raconte ça; une sorte de thérapie, j’imagine.

On s’attache à ces petites bêtes-là. On pense qu’ils ne sont que des bibelots qui puent quand ils sont mouillés, mais non. Le meilleur ami de l’homme ne porte pas ce surnom simplement parce que certains rapportent les pantoufles à leur maître. Ils le portent, parce que c’est bien ce qu’ils sont pour nous : un meilleur ami. Qui ne juge pas et ne laisse pas tomber. Jamais.

Elle avait dix ans. Âge vénérable pour un chien de grande race comme elle. Dix ans dans sa vie, mais dix ans dans la nôtre aussi. Mais elle était très malade. On ne sait pas exactement ce qu’elle avait parce que, comme vous vous en doutez sûrement, les animaux ne sont pas couverts par l’assurance maladie.

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Des fois, on est fait pour ça; des fois, on n’est pas fait pour ça.

e sport, vous le savez, je ne suis pas fait pour ça. Mais quand j’étais petit, je me souviens d’être souvent allé voir mon frère jouer à la balle-molle. Bon, j’avoue que je regardais rarement le terrain; disons que mon attention était plutôt attirée par les frites et l’odeur du ketchup chaud du restaurant du « stade » de L’Étang-du-Nord.

Un autre parfum qui flottait très souvent dans les environs était sans contredit celui du Muskol. Parce que, pour survivre à une soirée de balle-molle, il te fallait beaucoup d’antibibittes. De toute évidence, les maringouins aimaient plus le sport que moi; ils ne rataient aucun match, eux. Impossible pour nous d’y aller sans revenir avec une trâlée de piqûres un peu partout sur le corps.

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Chaque samedi, je me lève tôt, je traverse le parc en arrière de chez nous pour aller rejoindre ma tante Marie-May qui a un rendez-vous chez sa coiffeuse à neuf heures et demie tapant. Pourquoi je vais là? Parce qu’elle se fait placer la tête au salon chez Jean-Guy à Arnold, au centre d’achats Place des Îles.

Ce qui est bien d’aller au centre d’achats à cette heure-là, c’est que l’Arcade n’est pas encore ouverte, et par conséquent, Dany L’ours ne s’y trouve pas. Je ne sais pas pourquoi on l’appelle comme ça, mais dans mon imaginaire de jeune chaton, si quelqu’un se fait appeler l’ours, ce n’est sûrement pas parce qu’il agit en agneau. Donc, sans même le connaître, uniquement à cause de son surnom, je préfère l’éviter. L’histoire me dira peut-être plus tard si j’ai raison de me méfier…

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Un élan après, j’étais assis dans l’char avec papa et maman et l’on roulait vers le quai de Cap-aux-Meules. Dès que l’été se montrait le bout du nez, dès que les touristes commençaient à débarquer sur nos belles Îles, comme plusieurs de par chez nous, l’activité sociale numéro un devenait : aller voir le Lucy Maud arriver. Comme si l’on n’avait jamais rien vu de notre vie.

Évidemment, la p’tite drive qui nous menait au quai ne pouvait pas être complète sans la musique western de l’émission anglophone de CFIM; Buck Owen nous chantait son « Together Again » à pleine tête dans la vieille Mercury Comet jaune à papa. Pendant le trajet, je suivais le chemin des yeux. Et je vous jure que je le voyais très bien… à travers le plancher troué par la rouille. Mais ça, c’est une autre histoire.

À l’époque, la meilleure place pour aller voir le bateau arriver était sur le parking du Dixie Lee. On parle ici du temps où ledit restaurant était aux premières loges; quand l’étoile scintillante de la serveuse semi-asiatique qui fait frire du poulet aux épices cajuns brillait en face de l’Association touristique.

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Les temps-ci, j’ai la chance de travailler sur une émission de variétés qui s’appelle Tout le monde aime et qui sera diffusée à l’automne prochain sur les ondes de TVA. Le concept est simple : on célèbre la carrière d’un chanteur ou d’une chanteuse établis comme Éric Lapointe, Roch Voisine, Dan Bigras, Jean-Pierre Ferland ou Michel Louvain en passant à travers ses plus grands succès. Comme son nom le suggère, nous faisons appel aux fans de ces artistes-là souvent durant l’émission. J’ai donc rencontré des amateurs, des vrais : ceux qui s’évanouissent, ceux qui collectionnent, ceux qui se tatouent, ceux qui pleurent… Ceux-là!

Moi, je ne peux pas dire que je suis un fan de quelqu’un. J’apprécie le talent, je peux suivre la carrière. Mais c’est tout. Par contre, quand j’étais petit, j’étais un vrai fan. Par exemple, tout ce qui se faisait en humour au Québec, je l’enregistrais dès que ça passait à la télévision. Vous en parlerez à ma mère; j’achetais mes cassettes VHS vierges à pleine pelle. Je gardais tout : le gala Juste pour Rire, le numéro à Ad-Lib ou à Garden Party, l’entrevue à De bonne humeur, le sketch aux Démons du midi… et même les émissions spéciales du genre Claire Lamarche – spécial humoristes. J’ai d’ailleurs toutes ces cassettes là encore aujourd’hui dans un grand coffre barré à clé et qui sent les boules à mites.

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Je me sens comme Jésus deux jours après sa mort, quand il a réalisé qu’il était en train de ressusciter. Bon, OK, j’avoue qu’on n’a aucune espèce idée de comment il s’est senti à ce moment-là; ni Mathieu, ni Marc, ni Luc, ni Jean n’ont cru bon de nous décrire le feeling et même Jésus n’a écrit aucun post sur Facebook là-dessus. Je sais; j’ai vérifié. Mais j’imagine que ça ressemble beaucoup à comment je me sens quand je peux enfin sortir de chez nous en manches courtes. Une délivrance. Un bonheur intense.

Et ça date de loin. En fait, depuis aussi longtemps que je me souvienne, dès les premiers jours d’un semblant de chaleur, je garrochais mon manteau dans le fin fond du garde-robe et je sortais jouer dehors. Je prenais mon BMX bleu et je partais faire un tour. Sentir l’air frais sur ma peau me faisait le plus grand bien. Je dis « frais » pour être poli parce qu’en réalité, je gelais la vie. Mais comme il n’était pas question de revenir en arrière et de me mettre, ne serait-ce qu’un simple coton ouatté sur le dos, je me convainquais qu’il faisait assez chaud pour rester « en bras ». J’assumais très bien le rhume qui allait suivre quelques jours après.

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Est-ce qu’on peut rire trop dans la vie? Pour certaines personnes bien pensantes, c’est clair que oui. Incroyable, quand même! Comme si c’était mal de vouloir se divertir. Comme si ceux qui rient étaient un peu moins intelligents qu’eux. Il faut d’abord se rappeler que ce qui nous différencie des animaux, c’est justement notre sens de l’humour. Pour le reste, on n’est jamais bien loin d’avoir notre propre cage dans un zoo, nous autres aussi.

C’est vrai que l’humour prend une grande place dans nos vies. D’ailleurs, l’offre télévisuelle en ce moment est très axée sur le divertissement : on chante, on danse, on rie. On cherche à nous faire vivre de plus en plus d’émotions en nous présentant des séries de plus en plus troublantes.

Mais y a-t-il trop d’humour à la télévision? En fait, ce n’est pas qu’il y en a trop, c’est plutôt que plusieurs émissions sérieuses utilisent l’humour pour passer leur message. Personnellement, Pierre Bruneau qui essaie d’être drôle quand vient le moment de parler de la météo, ça ne fait que me mettre mal à l’aise. À chacun son métier et Colette Provencher sera bien gardée.

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Moi, vous le savez, je suis un nostalgique. Je passe mon temps, ici, à vous remâcher mes souvenirs, mon passé ; « quand j’étais petit… », « quand j’étais au primaire… », « quand j’allais à la polyvalente… » Et si je suis nostalgique, c’est parce que je n’aime pas être un adulte. Tellement que si je le pouvais, j’aimerais revenir en arrière…

Revenir en arrière pour revivre mon adolescence. Moment très instructif où j’ai découvert les passions qui ont fait de moi ce que je suis aujourd’hui. Période où j’ai rencontré les gens qui ont influencé mon parcours. Même si c’est aussi le bout de ma vie où ma face essayait de ressembler à un peuplier au printemps… mais on ne s’embarquera pas là-dedans.

Revenir en arrière pour retrouver ma chambre, chez mes parents. M’y embarrer pour écouter Alice Cooper en jasant avec des amis sur ICQ. Je laisserais mon ordinateur ouvert toute la nuit pour finir de télécharger un démo de jeu vidéo et j’attendrais encore avec impatience une commande de DVD au Amazon.

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Cette nuit, je me suis réveillé avec une toune dans la tête. C’était « Mets d’la danse à tes semelles » de Suroît. Sans raison. Comme ça. Heureusement, j’aime la chanson; mais on s’entend pour dire qu’à quatre heures du matin, on préfère le bruit du silence. Le lit n’est clairement pas la place pour taper du pied, n’en déplaise à Suroît.

C’est quand même impressionnant de réaliser ce qu’une chanson peut nous faire vivre et surtout revivre. Parce qu’une des forces de la musique c’est de nous ramener dans le temps. Dès les premières notes, on se retrouve dans un souvenir, une époque, un moment précis de nos vies; ça nous ramène une odeur, une émotion, une histoire.

Moi, dès que j’entends le premier album d’Okoumé, je me revois au bar Chez Gaspard. Évidemment, une odeur intense de cigarette me remonte au nez parce qu’à l’époque on avait encore le droit de fumer à l’intérieur. Le lendemain, je sentais encore la vieille smoke… même si je n’ai jamais touché à ça de ma vie. Je revois aussi dans ma tête la fameuse goutte d’eau qui coulait du plafond directement devant Jonathan Painchaud qui nous présentait les nouvelles chansons du groupe en primeur.

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Mes billets sont achetés! On y va encore cette année. Juste y penser me fait frissonner. Quelque chose me dit que je ne suis pas le seul à anticiper ce retour sur la p’tite terre.

J’ai hâte. J’ai hâte à tout, même à la route. Comme au bout où l’on commence à poigner la radio de Shédiac; du conne-te-ré à son meilleur avec des présentations dignes de la Sagouine qui aurait oublié de mettre son dentier le lendemain d’une soirée bien arrosée.

J’ai même hâte de revoir Souris; c’est quand même quelque chose d’avouer ça en public. Et pas juste pour me payer du gaz moins cher qu’ailleurs; j’ai hâte parce que sur le quai, ça sent déjà un p’tit brin les Îles. Des relents d’accents dilués d’exilés qui retournent faire le plein de sel et de marées pour endurer une autre année loin de leur Madeleine préférée.

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