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Chronique Hugo Bourque

On n’a qu’à vivre aux Îles à l’année pour se rendre compte qu’être insulaire comporte plusieurs avantages, mais aussi certains inconvénients. Quand l’hiver domine la mer, l’isolement se fait rapidement sentir. Un certain monsieur dénommé Robert qui vend des dictionnaires nous raconte que « isolé » veut dire « séparé des autres ». Mais « isolé » veut également dire « unique, rare » comme dans l’expression « un cas isolé ». Nous, aux Îles, on refuse d’être uniquement la première définition du terme et l’on a mis toute la beauté du monde possible dans la deuxième.

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Avec l’explosion de ce que j’appelle les réseaux antisociaux, un phénomène inexpliqué et surtout inespéré s’est développé devant nos yeux engourdis par la lumière bleue de nos intelligences de poche : les chialeux ont trouvé la parole et l’ont pris. On a tous ce type de bibitte plus ou moins près de nous ; un genre de « Mononc’Raoul » qui parle toujours plus fort que les autres pour dire absolument n’importe quoi. Celui pour qui la prise de parole, c’est d’affirmer tout ce qui lui passe par la tête. Celui qui a l’impression que ce serait un péché mortel que de nous priver de ses réflexions sur à peu près tous les sujets.

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Cette semaine, j’ai ouvert ma toute première page professionnelle sur Facebook. N’importe qui peut maintenant me suivre et être au courant de mes affaires sans qu’on soit véritablement « amis ». Je ne sais pas exactement comment l’humain s’est rendu jusque là. À partir de quel moment a-t-on abdiqué sur l’intimité pour faire place à la publicité ? À la limite, en écrivant dans Le Radar, je deviens un genre de personnage public, mais regardez votre fil Facebook et vous verrez que plusieurs de vos amis se servent de leurs réseaux sociaux pour partager avec le monde entier leur quotidien, comme si ça allait intéresser quelqu’un.

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À peine quelques jours se sont écoulés depuis la légalisation de la marijuana et j’ai l’impression de sortir d’une overdose. Overdose d’avis, de conseils, de craintes, de jugements ; overdose de « fallait pas… », de « on aurait donc dû… », de « me semble que… », de « ça va rien changer… ». Est-ce que ça va faire en sorte que plus de personnes vont en consommer ? Est-ce que ça va protéger nos jeunes ? Est-ce que ça va diminuer la contrebande ? C’est ce qu’on verra.

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Bonjour, je m’appelle Hugo Bourque et je suis technicien financier diplômé. Ça fesse, hein? Y’en a sûrement quelques-uns parmi vous qui venez d’avaler votre gomme. Parce que, oui, pendant que vous pensiez avoir à faire à un « simple » clown, ledit clown étudiait l’administration avec option en finances au Cégep de la Gaspésie et des Îles. Boum! Mais ne vous inquiétez pas pour vos REER : je n’ai pas travaillé une seule minute dans ce domaine-là par la suite. Enfin, presque.

Pourtant, le test GROP que l’orienteur, Robert Sumarah, m’avait fait passer en secondaire 3 était clair : j’étais très rationnel…, mais j’avais aussi un côté très artistique. La capacité de remplir un formulaire…, mais en tombant dans la lune une fois de temps en temps. Tout à fait moi, tout ça. J’étais donc, évidemment, promis à une brillante carrière de fonctionnaire.

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En tout cas, c’est ce qu’ils disent. Dans mon cas, j’ai l’impression qu’ils peuvent aussi former… du bien drôle de monde.

Quand j’étais en quatrième année, Jeannette à Wilfrid est arrivée un matin avec un projet de classe bien spécial :

– On va avoir des correspondants !

Wow !

« Mais quosse que c’est qu’ça, des correspondants ? », qu’on s’est probablement tous demandé à ce moment-là. Et là, elle nous a expliqué que pendant les prochaines semaines, chacun de nous allait être jumelé à un jeune de notre âge qui vient d’ailleurs qu’aux Îles et qu’on allait s’écrire régulièrement. C’est ça « correspondre ».

– D’yousse qui d’viennent,
ces enfants-là ?

– De Gaspé.

Gaspé ?

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Dès qu’on vient au monde, la Vie tourne un grand sablier avec notre nom écrit dessus. Le problème, c’est que personne ne sait combien de grains de sable elle a prévus pour nous. Et le temps passe et repasse. Et l’on oublie. On oublie qu’à partir du moment où l’on met le nez dehors du ventre de notre mère, nos jours sont comptés.

On grandit. On avance. On va à l’école. On apprend. Et le temps passe. Puis un jour, au secondaire, un professeur prend les présences…

– Bourque, Hugo?

– Présent

– Briand, Paul-André?

Silence… le temps passe…

– Paul-André?

Puis, venant du fond de la salle de classe comme si elle sortait directement d’outre-tombe, une voix assumée, mais calme, et très basse pour son âge :

– André-Paul! C’est André-Paul Briand.

On s’est tous retournés vers lui avec un sourire en coin. Ce n’était visiblement pas la première fois que le jeune adolescent à la chevelure abondante et à la veste de toile devait rectifier son prénom. Et ce ne sera pas la dernière, croyez-moi.

Puis, André-Paul laissa son toupet tout garni retombé devant ses yeux et redevint presque invisible, calme et silencieux. Comme d’habitude.

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Régimes, allergies, intolérances… Manger aujourd’hui est pas mal plus compliqué que c’était dans le temps. Nos grands-parents se posaient beaucoup moins de questions que nous quand venait le temps de se mettre à table. Peut-être parce qu’ils étaient plus reconnaissants que nous d’avoir la chance de se nourrir convenablement. Memé Bourque déjeunait au gruau maison presque chaque matin; mon souvenir de ça, c’est que c’était un bol de sucre dans du lait chaud avec un peu de flocons d’avoine bien détrempés. Mais c’était bon dans la djeule.

À l’époque, il n’y avait personne pour nous répéter que le sucre était néfaste et qu’il fallait le considérer comme un ennemi. Matante Emma a longtemps profité de l’absence de cette information pertinente pour se prendre une cuillérée de sucre dans la goule après chacun de ses repas. Elle sucrait son café et, comme si la cuillère l’attaquait sournoisement, elle en poussait une directement dans sa bouche. Ni vu ni connu. Mais dans ce temps-là, seul le plaisir dirigeait les opérations. Aujourd’hui, quelqu’un qui ferait ça serait vu comme un suicidaire désespéré.

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« Nan, mais j’ai t’y hâte que le père Lafrance finisse son homélie! »

J’avoue que ce soir-là, je n’avais pas beaucoup écouté son discours. Je saisissais vaguement qu’il avait parlé de l’histoire du gars qui aurait transformé des bouteilles d’eau en bouteilles de vin dans un party, mais c’est tout. Je n’avais même pas remarqué comment tout ça se finissait; ont-ils viré une brosse sacrée ou une sacrée brosse? Aucune idée. Mais ce que je savais, c’est qu’aussitôt que Lise allait jouer les premières notes d’orgue de la dernière chanson de la messe du samedi soir, j’allais être assis dans le char. Ce soir-là, j’avais une activité. Ce soir-là, j’allais m’amuser. Ce soir, le Ron Elliott Shows était aux Îles.

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Une question toute simple, mais qui faisait instantanément grimper la tension dans le groupe. Tout le monde se trouvait tout à coup autre chose à faire que d’être attentif à la demande du professeur. Certains regardaient leur montre, d’autres se penchaient sous leur pupitre pour resserrer leurs lacets de souliers. Mais généralement, quand venait le temps de faire un oral en français, dans ma classe, deux mains se levaient dans les airs : celle de Véronique à Jean-Yves Boudreau et la mienne. Les deux volontaires. Ceux qui étaient prêts à partir le bal. Les deux premiers à se lancer.

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Parfois, il m’arrive de comparer ma jeunesse avec celle de mes enfants. Ce que nous avions et ce qu’ils ont. Les différences sont marquantes.

Par exemple, un classique : dans mon temps, on n’avait pas beaucoup de choix d’émissions de télévision. On n’avait pas Netflix et You Tube pour nous divertir; quand on voulait voir quelque chose de précis, on se rendait chez Édouard Arseneau au Centre d’achats et on louait la VHS. Pas besoin de vous rappeler qu’il fallait remettre le film au début de la cassette avant de le retourner au magasin le lendemain avant une heure sinon on payait une pénalité.

D’ailleurs, quand j’étais petit, les enfants étaient plus en forme. Pas le choix : on devait marcher jusqu’à la télé pour changer les postes. Aujourd’hui, on reste assis, embourré de manettes par-dessus la tête pour être sûr de ne pas avoir à se lever. Et la bonne est généralement celle qu’on a de coincée dans la craque. Quand j’étais jeune, j’en ai vu des moitiés de films à la télé parce que j’arrivais en plein milieu; on ne pouvait pas reculer une émission pour poigner un bout qu’on avait manqué. On devait se contenter de ce qu’il restait à passer. On ne pouvait pas non plus avancer les annonces; il fallait s’inventer une envie de pipi pour rentabiliser notre temps.

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Quand j’étais petit, je jouais souvent avec mes bonshommes de Schtroumpfs dans la cave chez papa et maman. Pour ceux et celles qui ne savent pas de quoi je parle, les Schtroumpfs sont de petits êtres bleus qui vivent dans un village, dans une forêt, dans des maisons en champignon. À l’époque, je me racontais des histoires plus ou moins vraisemblables en faisant bouger mes figurines; jamais je n’aurais pensé que la réalité viendrait, un jour, rattraper mes fictions…

– Je déclare la campagne lancée! cria le Grand Schtroumpf à une foule de Schtroumpfs en liesse.

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« On fait semblant qu’un monsieur qu’on connaît pas essaie de nous attraper. »
Ça, c’est mon gars qui m’expliquait pourquoi lui et sa sœur couraient partout dans notre cour, cet après-midi, en criant comme deux perdus… Drôle de jeu, me direz-vous? Et je vous l’accorderai. D’un autre côté, ça me rassure de voir qu’ils développent leur réflexe de se sauver d’inconnus qui voudraient les attraper. Et surtout, ça m’a rappelé un jeu de ma propre enfance.

Je devais avoir cinq ou six ans et l’on faisait semblant qu’il y avait, dans le parc entre chez nous et chez pepé, une sorte de bibitte volante que, si elle nous piquait, on pouvait en mourir. Alors, on se criait par la tête : « Vite! ‘A l’arrive su’ toi! », « Sauve-toi! » On se couchait dans le grand foin en pensant être à l’abri…

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Ces jours-ci, sur mon fil de nouvelles Facebook, je ne compte plus les « Enfin, aux Îles », les « Tu m’as manqué, Madeleine » ou encore les « De retour dans mon p’tit coin de paradis ». Le tout noyé dans une marre de chats cutes et de chiens maladroits. À croire qu’à part moi, tout le monde est aux Îles en ce moment. En plus de ces Madelinots exilés, il y a de pleins bateaux de touristes qui font le bacon sur les plages; même Pierre-Karl Péladeau s’est trouvé une couple de piastres pour se rendre sur l’archipel cette année. C’est bien pour dire…

Comme c’est bientôt le temps de se dire au revoir jusqu’à la prochaine saison, j’ai pensé vous remercier, chers visiteurs, au nom de plusieurs personnes qui n’ont peut-être pas la chance de s’adresser à vous avant votre départ.

Tout d’abord, merci d’être venus. Tout simplement. Chaque année, on est soufflés par la quantité de gens qui débarquent sur notre archipel. On en arrive à se demander si les îles ne vont pas finir par couler tellement il y a du monde chez nous. Et ça ne tend pas à diminuer. Heureusement, d’ailleurs, puisque le tourisme s’avère l’une de nos principales activités économiques, avec la pêche, l’exploitation de notre mine de sel et les palabres.

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Les rejets, dans mon temps, c’étaient ceux qu’on appellerait aujourd’hui les victimes d’intimidation. Ce sont les différents, les pas assez bons, les trop bons, les pas assez beaux, les trop beaux, les nez trop longs, les oreilles trop décollées, les trop gros, les trop maigres… Il existe beaucoup de facteurs qui peuvent faire de nous des rejets. D’ailleurs, sans trop le savoir, on a tous été, à un moment ou à un autre de notre vie, à deux doigts d’en être un. Qui n’a pas déjà suivi une mode vestimentaire quelques mois, voire une année ou deux, de trop? Qui n’a pas porté la coupe de cheveux d’hier jusqu’à aujourd’hui et peut-être même jusqu’à demain? Qui n’écoute pas de temps en temps une musique qui sent un brin le réchauffé? On est tous nuls dans une matière ou dans un sport. Quand on est jeune, les différences dérangent, mais l’on s’arrange pour les supporter mieux en les montrant du doigt, en riant d’elles et, par défaut et sans le vouloir, de ceux ou celles qui les incarnent.

Pour ma part, j’ai longtemps porté la coupe L’Étang-du-Nord (petit toupet en avant, cheveux rasés sur le dessus, mais longs en arrière); j’ai aussi eu des lunettes rondes un peu trop grandes pour ma face. J’ai porté des t-shirts de lutte beaucoup trop grands pour moi durant tout mon secondaire; je me suis même rendu à mon bal de finissant de Cégep dans l’un de ces chandails à peine caché sous une veste pas-de-manche noire. Et quand je dis trop grands, je veux dire que je devais me pencher pour ramasser le bas du chandail et le relever quand je voulais mettre mes mains dans mes poches. J’ai aussi eu une période où j’enroulais un foulard fluo autour de mon bras; j’ai même ajouté à ça des bracelets de toutes sortes sans compter que j’ai déjà porté deux montres… au même bras, en même temps. Je pouvais te dire quelle heure il était à L’Étang-du-Nord et à Fatima du même coup d’œil. Bref, j’ai énormément maltraité mon image; je cherchais l’trouble, comme on dit.

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