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Chronique Hugo Bourque

Une question toute simple, mais qui faisait instantanément grimper la tension dans le groupe. Tout le monde se trouvait tout à coup autre chose à faire que d’être attentif à la demande du professeur. Certains regardaient leur montre, d’autres se penchaient sous leur pupitre pour resserrer leurs lacets de souliers. Mais généralement, quand venait le temps de faire un oral en français, dans ma classe, deux mains se levaient dans les airs : celle de Véronique à Jean-Yves Boudreau et la mienne. Les deux volontaires. Ceux qui étaient prêts à partir le bal. Les deux premiers à se lancer.

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Parfois, il m’arrive de comparer ma jeunesse avec celle de mes enfants. Ce que nous avions et ce qu’ils ont. Les différences sont marquantes.

Par exemple, un classique : dans mon temps, on n’avait pas beaucoup de choix d’émissions de télévision. On n’avait pas Netflix et You Tube pour nous divertir; quand on voulait voir quelque chose de précis, on se rendait chez Édouard Arseneau au Centre d’achats et on louait la VHS. Pas besoin de vous rappeler qu’il fallait remettre le film au début de la cassette avant de le retourner au magasin le lendemain avant une heure sinon on payait une pénalité.

D’ailleurs, quand j’étais petit, les enfants étaient plus en forme. Pas le choix : on devait marcher jusqu’à la télé pour changer les postes. Aujourd’hui, on reste assis, embourré de manettes par-dessus la tête pour être sûr de ne pas avoir à se lever. Et la bonne est généralement celle qu’on a de coincée dans la craque. Quand j’étais jeune, j’en ai vu des moitiés de films à la télé parce que j’arrivais en plein milieu; on ne pouvait pas reculer une émission pour poigner un bout qu’on avait manqué. On devait se contenter de ce qu’il restait à passer. On ne pouvait pas non plus avancer les annonces; il fallait s’inventer une envie de pipi pour rentabiliser notre temps.

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Quand j’étais petit, je jouais souvent avec mes bonshommes de Schtroumpfs dans la cave chez papa et maman. Pour ceux et celles qui ne savent pas de quoi je parle, les Schtroumpfs sont de petits êtres bleus qui vivent dans un village, dans une forêt, dans des maisons en champignon. À l’époque, je me racontais des histoires plus ou moins vraisemblables en faisant bouger mes figurines; jamais je n’aurais pensé que la réalité viendrait, un jour, rattraper mes fictions…

– Je déclare la campagne lancée! cria le Grand Schtroumpf à une foule de Schtroumpfs en liesse.

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« On fait semblant qu’un monsieur qu’on connaît pas essaie de nous attraper. »
Ça, c’est mon gars qui m’expliquait pourquoi lui et sa sœur couraient partout dans notre cour, cet après-midi, en criant comme deux perdus… Drôle de jeu, me direz-vous? Et je vous l’accorderai. D’un autre côté, ça me rassure de voir qu’ils développent leur réflexe de se sauver d’inconnus qui voudraient les attraper. Et surtout, ça m’a rappelé un jeu de ma propre enfance.

Je devais avoir cinq ou six ans et l’on faisait semblant qu’il y avait, dans le parc entre chez nous et chez pepé, une sorte de bibitte volante que, si elle nous piquait, on pouvait en mourir. Alors, on se criait par la tête : « Vite! ‘A l’arrive su’ toi! », « Sauve-toi! » On se couchait dans le grand foin en pensant être à l’abri…

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Ces jours-ci, sur mon fil de nouvelles Facebook, je ne compte plus les « Enfin, aux Îles », les « Tu m’as manqué, Madeleine » ou encore les « De retour dans mon p’tit coin de paradis ». Le tout noyé dans une marre de chats cutes et de chiens maladroits. À croire qu’à part moi, tout le monde est aux Îles en ce moment. En plus de ces Madelinots exilés, il y a de pleins bateaux de touristes qui font le bacon sur les plages; même Pierre-Karl Péladeau s’est trouvé une couple de piastres pour se rendre sur l’archipel cette année. C’est bien pour dire…

Comme c’est bientôt le temps de se dire au revoir jusqu’à la prochaine saison, j’ai pensé vous remercier, chers visiteurs, au nom de plusieurs personnes qui n’ont peut-être pas la chance de s’adresser à vous avant votre départ.

Tout d’abord, merci d’être venus. Tout simplement. Chaque année, on est soufflés par la quantité de gens qui débarquent sur notre archipel. On en arrive à se demander si les îles ne vont pas finir par couler tellement il y a du monde chez nous. Et ça ne tend pas à diminuer. Heureusement, d’ailleurs, puisque le tourisme s’avère l’une de nos principales activités économiques, avec la pêche, l’exploitation de notre mine de sel et les palabres.

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Les rejets, dans mon temps, c’étaient ceux qu’on appellerait aujourd’hui les victimes d’intimidation. Ce sont les différents, les pas assez bons, les trop bons, les pas assez beaux, les trop beaux, les nez trop longs, les oreilles trop décollées, les trop gros, les trop maigres… Il existe beaucoup de facteurs qui peuvent faire de nous des rejets. D’ailleurs, sans trop le savoir, on a tous été, à un moment ou à un autre de notre vie, à deux doigts d’en être un. Qui n’a pas déjà suivi une mode vestimentaire quelques mois, voire une année ou deux, de trop? Qui n’a pas porté la coupe de cheveux d’hier jusqu’à aujourd’hui et peut-être même jusqu’à demain? Qui n’écoute pas de temps en temps une musique qui sent un brin le réchauffé? On est tous nuls dans une matière ou dans un sport. Quand on est jeune, les différences dérangent, mais l’on s’arrange pour les supporter mieux en les montrant du doigt, en riant d’elles et, par défaut et sans le vouloir, de ceux ou celles qui les incarnent.

Pour ma part, j’ai longtemps porté la coupe L’Étang-du-Nord (petit toupet en avant, cheveux rasés sur le dessus, mais longs en arrière); j’ai aussi eu des lunettes rondes un peu trop grandes pour ma face. J’ai porté des t-shirts de lutte beaucoup trop grands pour moi durant tout mon secondaire; je me suis même rendu à mon bal de finissant de Cégep dans l’un de ces chandails à peine caché sous une veste pas-de-manche noire. Et quand je dis trop grands, je veux dire que je devais me pencher pour ramasser le bas du chandail et le relever quand je voulais mettre mes mains dans mes poches. J’ai aussi eu une période où j’enroulais un foulard fluo autour de mon bras; j’ai même ajouté à ça des bracelets de toutes sortes sans compter que j’ai déjà porté deux montres… au même bras, en même temps. Je pouvais te dire quelle heure il était à L’Étang-du-Nord et à Fatima du même coup d’œil. Bref, j’ai énormément maltraité mon image; je cherchais l’trouble, comme on dit.

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Quand je passe près d’une ferme, j’ai plein de souvenirs qui refont surface. Un genre d’appel de la nature à frais virés qui me ramène à cette certaine époque où l’on retrouvait quand même beaucoup de fermes sur l’archipel. Plusieurs avaient leur terre, leur jardin, leurs récoltes; d’autres avaient leurs animaux, leur élevage.

Moi, quand j’étais petit, mon pepé Bourque avait une étable. Toute petite : quelques bêtes, un jardin, un champ de patates. Uniquement pour les besoins de sa famille. Entre chez nous et chez pepé, il y avait aussi deux grands parcs où l’on faisait pousser le foin qui allait éventuellement nourrir les animaux… et surtout me permettre de jouer à me cacher et à attraper des papillons dans des pots Masson pour les observer vivre ou plutôt mourir. Une belle vie pour le petit mousse que j’étais. Je parle ici du temps où les parents se battaient pour faire entrer les enfants de dehors pour le souper; aujourd’hui, on se bat avec nos enfants pour les faire sortir dehors après souper. « Le monde et les temps changent » comme disait l’autre…

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Il faut que je vous parle de William, mon grand garçon de sept ans. William, comme beaucoup de jeunes de son âge, doit faire de son mieux pour évoluer dans une société où on leur en demande beaucoup. Les parents d’aujourd’hui poussent constamment leurs enfants par souci d’efficacité et de rapidité. Quand je vais le chercher au service de garde en fin d’après-midi, j’entends que des géniteurs pressés d’aller souper : « Vite, vite, ramasse tes affaires. Allez! » Pas de « t’as passé une belle journée, mon chéri? » ni de « content de te voir ». Rien. Pas étonnant que beaucoup d’écoles doivent composer avec des déficits d’attention, des problèmes d’attitude ou encore des troubles d’anxiété. Sans mettre toute la faute sur le dos des parents, disons qu’on n’aide pas beaucoup.

William navigue parfois dans ces eaux-là. Il arrive qu’un certain stress guide ses faits et gestes sans qu’il puisse vraiment contrôler quoi que ce soit. Rien de dramatique. Rien de constant. Mais c’est toujours là, jamais bien loin de lui.

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Quand j’étais petit, beaucoup de choses me confirmaient qu’on était bel et bien en pleine saison estivale : le Lucy Maud voyageait de nuit pour répondre à la demande grandissante des touristes, la Grave était ouverte comparativement au reste de l’année où ça avait presque l’air d’un village fantôme et la Canapro nous crachait son odeur de poisson chaque midi que le bon Djeu nous amenait. Ça, c’était l’été pour moi. Mais pour moi, la belle saison battait son plein seulement quand je pouvais me bourrer la face à volonté dans les p’tites fraises à même le parc en arrière de chez nous.

Quand j’allais dîner chez pepé et que je remarquais que mes tantes avaient sorti leurs cheudières, leurs bidons de crème glacée vides et leurs vieilles tasses à carreaux des années ’70, je savais que j’allais avoir un après-midi de rêve. Je retournais chez nous mettre du vieux linge pour ne pas en tacher du neuf et j’embarquais avec elles pour passer la journée à genou dans un champ.

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Il était 10 h 30, un certain soir de juillet. Je finissais ma New Castle et mon chip BBQ, tranquille, sur la terrasse du Central. Autour de moi, plein d’amis jasaient d’une possible nuit blanche sur la plage de la Dune du Nord. Je ne portais pas trop attention; comme je ne conduisais pas encore, que tout le monde semblait partant pour rester là-bas vraiment toute la nuit et que je n’étais pas amateur de « découchage », j’allais passer mon tour.

C’est alors que mon ami Joël se tourna vers moi et me demanda : « Veux-tu v’nir avec nous autres? J’coucherai pas là; j’travaille demain matin. J’irai t’porter chez vous après. » J’ai finalement accepté parce que les nuits sur la plage ont toujours ce petit quelque chose de magique.

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« Je m’appelle Charlie; je suis une p’tite boule d’énergie et de caractère de trois ans et tout ce que je vais vous raconter est vrai. Vous demanderez à mes parents, ils vont vous le dire. Je viens tout juste de rentrer chez moi après une semaine aux Îles de la Madeleine. J’ai été en vacances là parce que mon papa est né aux Îles et que mon papi et ma mamie y habitent toujours. C’est ce qu’on m’a expliqué en tout cas.

Le jour du départ, mon frère d’amour et moi, on a embarqué dans l’auto très tôt le matin. Je sais qu’il était très tôt parce que je n’ai même pas eu le temps d’écouter tout mon DVD de Cornemuse avant de partir. Comme ma maman d’amour m’avait dit qu’on allait rouler longtemps avant d’arriver, j’ai attendu le plus que j’ai pu avant de demander : « Est-ce qu’on est bientôt arrivés? » Papa a ri. Pas moi.

Ce qui est le fun avec ce genre de voyage, c’est qu’on a droit à des privilèges spéciaux pour éviter qu’on s’impatiente : iPad, films, chicanes à volonté. Pour les chicanes, je peux vous dire que j’ai fait ma part; chaque fois que mon frère prenait un jouet dans ses mains, j’insistais pour avoir ce même jouet-là. TOUT DE SUITE! Vous essayerez ça; c’est la meilleure façon que j’ai trouvée pour que la chicane poigne.

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Les palabres, c’est ce qui tient une région comme les Îles en vie. C’est ce qui unit ses habitants. Nous sommes tous un brin curieux du voisin; nous aimerions tous en savoir plus sur le nouveau venu, sur la relation flambante neuve ou la récente rupture. Nous avons tous soif d’histoires croustillantes et si elles n’existent pas, nous allons les inventer. That’s it, that’s all! Mais comment départager le vrai du faux? Il y a tellement d’histoires…

Ça a l’air que plusieurs vaches à l’Île d’Entrée se seraient suicidées. En fait, comme les vaches aiment le sel, pendant qu’elles mangent de l’herbe, elles se rapprochent de plus en plus, sans s’en rendre compte, du bord des caps; plus elles s’en approchent, plus le gazon devient salé à cause de la mer. Résultat : par inadvertance, elles glissent et tombent par en bas vers une fin plutôt tragique.

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La cloche sonna. Mais pas n’importe laquelle : la dernière de l’année. Et pas n’importe quelle année : la toute dernière de mon secondaire. En 1996, j’étais finissant à la Polyvalente des Îles. On écoutait « We’ve Got It Goin’ On » des Backstreet Boys, on tripait tight sur Piment Fort et l’Heure JMP et on mangeait au moins une fois par semaine chez le P’tit Léo, chez Armand ou au Dany-Luc.

Quelle étape de vie que celle-ci! Mon secondaire 5 a été la plus belle année scolaire de toute mon existence. Surtout pour des raisons qui, elles, ne sont pas scolaires du tout. C’est une année où je faisais de l’improvisation, du théâtre, de l’animation de galas amateurs; j’étais le président du conseil étudiant. C’est aussi l’année où nous étions les plus vieux de l’école; donc, on avait le sentiment que ce lieu-là nous appartenait. On parlait à Pie Bleue comme si c’était notre ami proche; on se quêtait une troisième tranche de pain à la cafétéria; on parlait même un petit peu fort à la bibliothèque. Le délire!

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Chaque jour, je remercie la vie d’avoir donné la santé à mes deux flos. Des enfants, c’est fait pour jouer, pour rire, pour s’émerveiller…

À un an, j’ai eu quelques ennuis de santé. En fait, je ne mangeais pas beaucoup et ce que je mangeais me bloquait dans l’estomac. De nos jours, on dirait que c’est un estomac paresseux; à l’époque, on ne comprenait pas ce qui se passait et mes parents ont fini par s’inquiéter assez pour aller voir le docteur St-Aubin qui m’a transféré à Québec pour subir des tests.

Un séjour d’une quinzaine de jours à Québec pour des examens à l’hôpital, dans le temps comme aujourd’hui, ce n’est jamais bien rose. Loin des siens, loin de ses affaires; parfois sans même savoir quand est-ce qu’on retournera à la maison… Et pas le temps d’aller magasiner aux Galeries de la Capitale, rien.

Qu’à cela ne tienne! Comme la santé est plus importante que tout, surtout celle de nos enfants, ma mère m’a accompagné là-bas pour s’assurer que je n’avais rien de grave.

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Littéralement. Ce n’est pas l’expression, mais bien la réalité.

Il y a un an, j’accompagnais ma grosse bouvière bernoise à son dernier repos. Je ne sais pas pourquoi je vous raconte ça; une sorte de thérapie, j’imagine.

On s’attache à ces petites bêtes-là. On pense qu’ils ne sont que des bibelots qui puent quand ils sont mouillés, mais non. Le meilleur ami de l’homme ne porte pas ce surnom simplement parce que certains rapportent les pantoufles à leur maître. Ils le portent, parce que c’est bien ce qu’ils sont pour nous : un meilleur ami. Qui ne juge pas et ne laisse pas tomber. Jamais.

Elle avait dix ans. Âge vénérable pour un chien de grande race comme elle. Dix ans dans sa vie, mais dix ans dans la nôtre aussi. Mais elle était très malade. On ne sait pas exactement ce qu’elle avait parce que, comme vous vous en doutez sûrement, les animaux ne sont pas couverts par l’assurance maladie.

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