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Chronique Hugo Bourque

Comme à tous les matins que le bon Dieu amène…

Ah ben ! Si c’est pas Everrade ? Whate godam de trraille que j’t’avais pas vu. Yousse que t’étais ?

Ben quoi, yousse que j’étais ? J’étais dans un réveillon, Arthur.

Quosse tu dis là, toi ? On est le 20 janvier.

Ah ben, tu sais quosse que c’est. C’est comme la Mi-Carême : tu sais quand t’ça commence, mais tu sais jamais quand t’ça finit.

Ah ben t’es neuillasse !

Parrlant de rréveillon, as-tu checké ça, toi, le Bye Bye ?

Ah ben ti-te perte de temps ! Ça m’a pas fait rire une godam de miette. Si ma Nicole avait pas pardu son dentier dans le plat de mix, j’ara pas eu de fun de toute la soirée.

Pis quosse t’as pensé du gars qui joue dans les annonces de A&W, toi ? Y mérritait pas de se fairre planter de même en plein Rradio-Canada, me semble.

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À tous les matins que le bon Dieu amène…

Ah ben godam ! Si c’est pas mon Éverrade prréférré qui arrrive au café à matin.

Ben là, Arthur, t’es après t’chavirer net. Ça fait depuis que l’Tim est ouvert que j’viens prendre mon café avec toi à tous les matins. As-tu laissé ta tête au Havre ?

Au moins, moi j’aurrais d’quoi à laisser chez nous. Toi, t’as pas assez d’jugeote pourr en laisser une motte à Fatima.

Pis ? À parrt de t’ça ?

Ah… pas grand-chose. L’année arrive su’ l’tchu. T’sais quosse que c’est?

Il était temps qu’a finisse, c’te godam-là. Heille, on est à la veille de parrde les Îles à forrce qui vente.

Parle-me s’en pas. J’avais mis une belle twelle neuve su ma piscine…

T’as pas parrdu ta twelle neuve ?

Nan, j’ai perdu ma piscine ! Direct su la Dune du Nord. En arrière de l’Anse au Baleinier-pas-de-baleine. Ça fait frayeur !

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Le chemin des buttes a toujours été très spécial à mes yeux. Si quelqu’un voulait me faire plaisir, il avait juste à passer par là. Cette impression de se perdre dans le bois pour finalement revenir à la civilisation quand tu aboutissais de l’autre bord, c’était magique. Chaque p’tite drive du dimanche ou chaque fois qu’on devait aller à Fatima, que ce soit pour aller visiter ma tante Lise, pour me rendre au cinéma madelinot ou pour aller aux courses, j’essayais toujours de convaincre papa de passer par là. Il nous disait de fermer tight les vitres du char pour ne pas que la poussière rentre. Sauf qu’entre la poussière de terre et la boucane de cigarette, je me demande bien ce qui était le plus dommageable.

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Dimanche après-midi. C’est l’hiver. Le vent crache un peu de neige dans le parc entre chez nous et chez pepé. Je me cherche. Mes LEGOS sont montés, mes p’tits chars sont au garage, mes GI JOE sont en mission… et moi, je n’ai rien à faire.

-Maman-an-an ? J’pourras-ti aller à la COOP me chercher un chip au ketchup ?

-Hugo, c’est dimanche. La coopérative est fermée le dimanche.

-Ah oué, c’est vrâ. J’avas oublié.

Comme on est en plein jour du Seigneur, tout est fermé aujourd’hui. Pourtant, je le sais. L’été, je vais souvent faire du bicycle sur le parking de la COOP justement parce qu’elle est fermée.

Je n’aime pas les dimanches. Surtout ceux d’hiver. Même pas moyen d’aller jouer dehors sans finir avec la goutte au nez. Tout ce qu’on peut faire, c’est regarder La semaine verte sur la télévision. Aujourd’hui, c’est un reportage sur les vaches. En fait, toutes les semaines, on dirait que c’est un reportage sur les vaches. Je ne comprends pas cette émission-là. Encore moins pourquoi je regarderais une heure de vaches. Qu’est-ce qu’il y a d’intéressant à regarder ça ? Il n’y a même pas de méchant ou de superhéros à cape là-dedans.

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Les petites places. Là où « s’inquiéter pour l’autre » devient rapidement « se mêler des affaires de l’autre ». On zieute tellement le voisin qu’on finit par savoir ce qu’il va lui arriver s’il ne se prend pas en main, s’il n’arrête pas de faire ce qu’il fait, s’il dit encore ce qu’il a dit. S’il n’arrête pas ses godams de feulies. On le sait parce qu’on le connaît. Mieux que lui-même, probablement. Du moins, c’est ce qu’on se dit.

Les petites places. Là où le téléphone arabe est souvent roi. Tout le monde sait ça. Un petit rhume de cerveau sur le quai de Millerand devient pneumonie sur le perron de l’église de Lavernière et cancer généralisé dans le rond-point, à la Grande-Entrée.

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Hé oui ! par chez nous, on est déjà dans les listes de cadeaux par-dessus la tête. Cette semaine, on s’est même rendu au Toys « R » Us avec les enfants pour prendre les photos des jouets qu’ils aimeraient avoir à Noël cette année. La version 2019 d’encercler des affaires dans le catalogue Sears. Après tout, il faut bien être de son temps…

Évidemment, à travers toutes les bebelles qu’ils ont sélectionnées, celles qu’ils veulent le plus, c’est sur la liste du père Noël qu’elle va se retrouver. Le plus beau des cadeaux pour le gros. On se tape toute la recherche dudit cadeau, mais c’est le barbu qui ramasse les honneurs. Whate godam de belle affaire !

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Une jolie branche

Dort emmitouflée de neige blanche

Par un beau dimanche

Ça, c’est une chanson que Jean-Marc Cormier nous avait apprise à la Polyvalente. Je ne sais pas pourquoi, mais elle m’est toujours restée en tête. On la chantait en canon. Je suis à peu près certain que tous ceux et celles qui sont passés par ses cours de musique de première secondaire s’en souviennent encore. Comme d’avoir hurlé Tous les cris les S.O.S. à pleine tête à presque chaque période. Quand on est adolescents, il suffit qu’il y ait le mot « cris » dans une chanson pour qu’on prenne ça au pied de la lettre. Ajoutez à ça le fait que le local de musique était juste à côté de celui de techno où l’on jouait plutôt de la scie électrique très bruyante et BINGO ! Vous avez tout ce qu’il faut pour vous claquer un solide mal de tête.

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En fin de semaine, j’ai raclé mon terrain. Un terrain grand comme ma main. Quand j’ai eu fini, j’étais raqué comme si j’avais couru le marathon… avec un éléphant sur le dos. On n’est plus jeune, jeune. Ça commence à paraître. Comme on dit pour se décourager : « le meilleur est derrière ».

Mais ça, plus on avance dans le temps, plus il y en a des signes que nous sommes vieux. Dans mon cas, l’âge que j’ai me fait réaliser que j’ai vu et vécu des choses que les plus jeunes d’aujourd’hui ne connaîtront jamais. Les Îles ont beaucoup changé en quarante ans…

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Des lames de rasoir dans la gorge. J’ai des lames de rasoir dans la gorge et je me rends à l’école pareil. Comment voulez-vous que les notions de géographie de Margo et celles d’économie de Léger rentrent quand, chaque fois que j’avale, j’ai l’impression d’avoir un porc-épic poigné dans le gorgoton. Mais comme je ne fais pas de fièvre, pas moyen de rester chez nous. Un enfant, ça sait que le nerf de la guerre, c’est de faire de la température. Pas de front chaud, pas de pédago. C’est bien connu.

Maudit rhume. Aussitôt que le fret se montre le bout du nez, les nôtres se mettent à couler. C’est immanquable. Comme si nos corps étaient incapables de s’habituer au froid. Pourtant, il revient chaque année. Il serait à peu près temps que la théorie de l’évolution fasse œuvre utile et règle ce problème d’adaptation climatique au plus sacrant. En attendant, mon nozeule est une champlure qui coule sur mes travaux scolaires. Margo ne me donnera jamais de point boni pour ça…

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Peu de temps après mon CÉGEP, j’ai eu une révélation sur moi-même qui m’a secoué. J’ai réalisé, à l’époque, que je me définissais seulement à travers le regard des autres.

Qu’est-ce qu’on dit de moi ?

Est-ce que je fais plaisir ?

Est-ce que je déçois ?

Jamais une question sur mon bonheur, mes envies, mes désirs. Puis, en regardant de plus près, j’ai compris pourquoi. J’ai compris comment je me suis rendu là. Je faisais de la scène, du théâtre et de l’improvisation depuis longtemps. Et plus je donnais au public ce qu’il attendait de moi, plus on en redemandait. Et plus on en redemandait, plus je me définissais à travers les yeux de ces gens-là. Je devenais le petit comique, le clown de service, le gars qui anime des soirées, un des joueurs étoiles de la ligue d’improvisation chez Gaspard. Mais pas moi. Je ne devenais jamais moi. Cela dit, je ne m’en plaignais pas non plus. J’étais très heureux là-dedans. Mais un jour, ça m’a rattrapé. J’ai réalisé que je n’étais jamais complètement moi-même avec mes amis non plus. J’avais appliqué inconsciemment le principe d’offre et de demande dans ma vie aussi. Je montrais seulement les côtés de ma personne qui allaient plaire à celle en face de moi. Ça a fait de moi quelqu’un qui, encore aujourd’hui, évite les chicanes ou les potentiels conflits parce que j’ai l’impression qu’à la moindre divergence d’opinions, on va me rejeter du revers de la main.

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On ne choisit pas de venir au monde. Certains grands déprimés le crieront haut et fort pour faire entendre leur désarroi. On ne choisit pas sa famille. On y évolue, on la subit parfois, mais on ne la choisit pas. Pas plus que l’endroit où l’on naît. Heureusement, je fais partie des chanceux qui sont toujours amoureux de leur terre natale, mais d’autres déménageront sans jamais regarder en arrière dès que la majorité est atteinte.

On ne choisit pas de venir au monde. Mais toute notre vie, on sera appelé à faire des choix. Des choix parfois sensés, souvent réfléchis et quelques fois improvisés. Quelques-uns difficiles, voire inquiétants. Des choix avec ou sans conséquences. Avec ou sans importance.

Et avec ces choix, s’installe régulièrement le doute. L’ami fatigant. L’éternel collant à mouches. L’infatigable doute qui nous pousse à toujours remettre tous nos choix en question. Ai-je pris la sage décision ? Ai-je posé la bonne action ? Était-ce la bonne direction ? Ai-je posé la bonne question ?

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Quand j’étais petit, j’adorais m’amuser avec mes figurines d’animaux. Ça me permettait de me raconter des histoires plus ou moins réalistes en les faisant parler et agir comme des humains. Je descendais dans la cave et je m’imaginais que le tapis beige sur lequel je jouais était une jungle féroce où la loi du plus fort était la seule qui existait. Mais parfois, certains scénarios que j’inventais s’avéraient plus réalistes que d’autres. Tellement, qu’on aurait dit qu’ils prédisaient un certain avenir…

– Bon, ça va faire un bon bout que je suis le roi, déclara le lion à ses suiveux. C’est maintenant le temps de voir si je suis encore le mieux placé pour diriger la jungle et faire les meilleurs choix au nom de tous les animaux.

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Du steak. Tout le temps. Chaque dimanche que le bon Djeu nous amenait. Comme ça, pas de questionnements, pas de « quosse qu’on pourra manger pour souper ? », rien. Remarquez que ça faisait mon affaire parce que moi, du steak, j’adore ça.

Sauf que ce jour-là, maman avait décidé de varier son menu.

– De soir, j’vas faire un beau rôti d’bœuf.

Bœuf pour bœuf, moi, ça m’allait. Maman descendait dans la cave et remontait avec la pièce de viande congelée. Elle la sacrait dans sa rôtissoire orange, mettait trois ou quatre affaires dessus pour que ça goûte quelque chose et la garrochait dans le fourneau. That’s it, that’s all! On allait manger de quoi pour souper.

Comme ça prenait quand même quelques heures à cuire et qu’on était en plein dimanche… c’était le moment d’une autre p’tite drive en char ! Tout le monde s’installe. Ceux qui fument s’allument. On ouvre CFIM pour poigner le country à Jean-Louis à Ned pis givatome, aujourd’hui, on braque pour le Havre. Mais avant, un arrêt chez Chiasson et Gallant pour être sûr d’avoir assez de gaz pour revenir chez nous après. Pas question de rester pris par là.

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Il mouillait à boire debout. En avant de la maison, un lac d’eau s’était formé en une couple de minutes seulement. Dans ma tête, il y en avait quasiment assez pour passer par-dessus nos bottes de rubber. Disons que ce n’était pas une belle journée pour aller s’épivarder dehors. Je me suis donc rendu dans la cave pour voir ce que je pourrais y faire.

Peu de temps avant, papa avait descendu son vieux pick-up pour écouter des disques et des grosses cassettes huit tracks. Il ne servait plus à rien en haut, à part ramasser de la poussière. Mais en bas, je m’étais promis de lui donner une dernière vie utile. Je l’avais branché au milieu de la place et je l’avais installé en « L » avec une table pliante dépliée. J’avais ajouté à ça une tablette de feuilles lignées et un crayon pour me faire un beau bureau de travail. Mon tout premier à vie. Il ne manquait qu’une chose : un travail. Mais à l’âge et à l’imagination que j’avais, c’était un détail. Et comme le djâbe est dans les détails, il était rendu aux vaches.

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Quosse qu’on fâ ?

Ché pas…

Deux gars évachés sur un vieux divan gris en genre de lainage rugueux. Mon frère et moi. Quand on était petits, on commençait souvent nos journées d’été en se demandant ça. Et après avoir eu l’impression qu’on n’avait rien à faire, on finissait toujours par se trouver quelque chose.

On va-ti jouer au ballon-pied ?

Bah… OK.

Oui, parce qu’à l’époque, le mot « soccer » n’existait pas encore. En tout cas, on ne l’utilisait pas. On appelait ça le ballon-pied. Ça avait quand même le mérite d’être clair comme jeu. Alors on ramassait notre ballon et on s’en allait en arrière de la maison. Entre deux pauvres peupliers immatures, on s’imaginait un but. Généralement, c’est moi qui me plaçais au milieu. Pas parce que j’étais bon, mais parce que j’étais petit et donc, plus facile à convaincre. Mais pour m’aider, dans ma tête, j’étais Mario Lemieux. Oui, je sais qu’il ne jouait pas au ballon-pied, mais comme c’était à peu près le seul sportif professionnel que je connaissais, je me prenais pour lui dès que je pratiquais un sport. Ça me donnait confiance. Pas du talent, mais de la confiance. C’était quand même un bon début.

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