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Chronique Hugo Bourque

Valérie, Caroline, Véronique, Simon, Karine, Karina, Émilie, Mathieu, Martin, Christian… quelques personnes que je connais depuis longtemps. Depuis la maternelle, même.

Chaque journée de maternelle commençait par une discussion, assis en rond. Madame Émilie nous questionnait sur notre soirée de la veille ou sur notre fin de semaine. Les moins gênés (lire « les plus frais chiés ») répondaient rapidement; les autres avaient besoin d’être pointés du doigt. Je me souviens d’un matin où mon frère et moi étions partis pour l’école dans un kit qui se ressemblait beaucoup. Tellement que dans ma tête, on avait l’air jumeaux. Alors à la discussion, je fais mon frais chié et je lève ma main :

Madame Émilie, savais-tu çâ, touâ, que mouâ pis mon frère, on est jumeaux?

Du tac au tac, madame Émilie m’avait répondu :

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Cette semaine, je vous écris ces lignes pendant que mon grand pirate de six ans est à son cours de cirque. Le cirque. Un monde fascinant. Des athlètes qui poussent la machine humaine à son maximum. Une discipline où ton corps devient ton marteau et où ton talent devient tes clous; ne reste plus qu’à taper l’un avec l’autre et d’y ajouter une couche de peinture émotive pour obtenir une finition des plus impressionnantes.

Évidemment, à six ans, William est encore bien loin de voir sa machine poussée à son maximum; disons que son marteau ne frappe pas encore assez fort pour que ses clous transforment quoi que ce soit en œuvre impressionnante. Mais en attendant la fin de son cours, je me suis souvenu du Club de gymnastique de la Polyvalente des Îles. Chaque année, ce groupe d’élèves du secondaire présentait un spectacle dans le grand gymnase de l’école. J’adorais ça : les jongleurs qui jonglaient, les acrobates qui acrobataient. Ça te jouait de la pirouette et des barres asymétriques comme si c’était la dernière fois qu’on allait voir du sable sur le Havre-aux-Basques. On a même eu droit, un jour, à un numéro de grosses torches. Je parle ici des gros bâtons en feu, évidemment. Ça se lançait de la torche d’un bout à l’autre de la place. Il faisait tellement chaud dans le gymnase; je suis sûr que « Raymond-pas-d’fesse » a eu peur pour ses ballons. Et chaque spectacle se terminait avec une grande pyramide humaine réunissant tous ceux et celles qui avaient participé à la présentation. Impressionnant pour un p’tit gars de mon âge.

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« Reunes-tu l’truck à tô père? » Quand le p’tit Léo m’a demandé ça pendant que je payais ma poutine-au-poulet-fromage-en-grains-extra-fromage-avec-un-orangeade, je devais avoir autour de 23 ans. Et non, je ne conduisais pas. Pas encore. Ça a pris un bon bout de temps avant que je reçoive l’appel divin du permis de conduire.

Il faut dire que je souffrais d’un traumatisme. Léger, mais quand même. J’étais un dommage collatéreux de nombreux accidents de voiture survenus sur le terrain de mes parents quand j’étais jeune. Chez nous, on a eu une van renversée, une moto qui s’est tuée, une grue qui a tout arraché; je me suis aussi fait réveiller par un gars chaud qui a raté sa courbe et qui est venu scraper l’auto de mes parents qui ne lui avait rien fait en la poussant violemment sur la maison. Ces images-là, ces crissements de pneus qui crissent crissement fort pour éviter l’inévitable… ça marque une tête d’enfant et d’adolescent pour une escousse. Tellement que mon idée était faite : je n’allais jamais chauffer de char de ma vie. Le p’tit tracteur à gazon à papa s’avèrerait le seul moteur à gaz de mon curriculum vitae. That’s it, that’s all!

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Pis? Vous reste-t-il encore pas mal de Coffee Crisp dans vos citrouilles en plastique par chez vous? Que vous les ayez toutes mangées ou pas, c’est le moment de passer à autre chose; pas le temps de niaiser avec de petites célébrations comme l’Halloween. C’est l’heure de préparer ZE grande fête : Noël. Oui, oui, déjà!

Comme vous avez pu le remarquer, les magasins ont rapidement remplacé leurs masques qui donnent la chair de poule par des arbres qu’on va remplir de boules. Je ne peux pas dire que c’est ma période préférée, mais quand j’étais petit, comme tous les enfants, j’en profitais pour me créer des besoins. Qui d’entre nous n’a pas déjà encerclé ses idées de cadeaux dans le fameux catalogue de Noël de chez Sears? Moi, je voulais tellement d’affaires que ça aurait été plus vite de barrer ce que je ne voulais pas. Je souhaitais avoir la grosse caserne de pompier, l’étable qui fait « meuh » quand tu ouvres la porte, le télescope rouge, le jeu de société « Abat les monstres »,  la cage bleue pour mettre sur mon ring de lutte, un chandail des Pingouins de Pittsburgh même si je n’écoutais pas le hockey. Je voulais tout, tout, TOUT!

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Quand on est enfant, on développe toutes sortes de frayeurs incontrôlables. Certains ont une peur bleue des clowns, d’autres craignent les chiens ou les dragons. On peut redouter le noir ou encore les sorcières. Mais il y a certainement une chose que pratiquement tous les flos appréhendent : les dentistes. Cette phobie est d’ailleurs si forte qu’elle persiste souvent jusqu’à l’âge adulte. Qui, d’entre vous, se rend chez son dentiste avec un plaisir fou et une détente salutaire? Personne. En tout cas, pas moi.

Cette semaine, j’avais justement un rendez-vous et plusieurs souvenirs me sont remontés dans le ciboulot. Quand j’étais petit, j’étais suivi par le docteur Thibodeau de la clinique Varin. Leurs bureaux étaient situés derrière l’hôpital, dans l’ancienne maison du docteur Labrie.

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« Ma plus grande peur : perdre tous mes amis d’un seul coup. »

Ça, c’est ce que j’ai écrit dans mon album de finissants en 1996. Je tenais trop à mon monde pour m’imaginer vivre sans eux. Il faut dire que j’étais bien entouré; des amis d’école, d’impro, de théâtre, de party de guitare… sans compter les amis de mes amis qui étaient, eux aussi, mes amis. Et il y avait, évidemment, ceux avec qui j’avais passé le plus clair de mon temps comme Guillaume à Johnny. Avec lui, on jouait aux lutteurs, on écoutait des films avec du pop corn, on s’amusait aux fusils, on allait glisser, on se promenait dans le bois en arrière de chez eux…; d’ailleurs, il doit bien y avoir une demi-douzaine de débuts de cabanes dans les arbres dans le coin encore aujourd’hui, gossées avec des haches à peine aiguisées.

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Le monde de la télévision en est un bien spécial où se côtoient chaque jour différents troubles de l’attention ou carences affectives. On ne se fera pas de cachette, pour accepter de s’exposer de la sorte, il doit y avoir un trou à remplir quelque part, c’est certain. Pour avoir à ce point besoin de l’amour et de la reconnaissance des autres, il faut en avoir été privé à un moment charnière de sa vie. Alors, des histoires troublantes, j’en ai entendu plusieurs en dix ans. Et fort probablement sur l’un ou l’autre de vos artistes préférés. Des gens dont vous ne vous doutez même pas de l’étrangeté.

Le monde de la télévision est un univers où tout le monde doit jouer du coude pour gagner sa place, mais surtout pour la garder. Où les contrats sont plus faciles à briser qu’à sceller. Où une réputation est plus facile à perdre qu’à bâtir.

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On ne devait pas être très vieux ; fin primaire, début secondaire. Les poches de mes jeans délavés et coupés pour m’en faire des culottes courtes étaient remplies de vingt-cinq cennes. Mon frère enfourchait son dix vitesses et moi mon simili BMX bleu et l’on partait.

Envoye ! On montait la butte de l’église le plus vite qu’on pouvait, soulagés de ne pas avoir le vent en pleine face. Après, on dévalait l’autre bord de la même butte sans même tourner les pédales une seule fois. Les mouches nous cognaient dans le front et trop d’air rentrait dans notre bouche d’un coup ; heureusement, ce n’était pas l’inverse. Je manquais d’étouffer, mais je devais absolument continuer.

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Chaque fois que je monte à bord d’un avion, je repense à mes premières fois. C’était à l’époque de la run de lait : les Îles, Gaspé, Mont-Joli, Québec, Montréal. Avec l’impression d’arrêter à deux places pour rien ; je vous laisse deviner lesquelles.

Moi, la première fois que j’ai embarqué dans un avion, j’avais entendu dire que les oreilles pouvaient nous boucher pendant le vol. Oui, aujourd’hui je sais que c’était uniquement pendant le décollage et l’atterrissage, mais dans le temps, je ne possédais pas encore cette précision. Alors, pendant les quatre heures et demie qu’a duré le transport, j’ai chiqué ma gomme comme si c’était ma dernière chiquée à vie. Résultat : à défaut d’avoir mal aux oreilles, j’ai eu la mâchoire engourdie pendant presque tout le long de mes vacances.

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À chaque fin d’été, on a hâte que la chaleur nous lâche. Mais dès que l’automne arrive, on a hâte que l’été revienne. Il faut dire que pour moi, l’automne, c’est davantage la fin d’une chose que le début de quelque chose. La fin du beau temps, des gougounes, des bermudas. Des fois, je pense même que le calendrier automnal nous pousse dans une certaine déprime. Le soleil se couche de plus en plus tôt, on ferme nos piscines, on ramasse notre BBQ. Quand j’étais petit, c’était le moment où papa effectuait la rotation de sa machinerie dans le garage : le tracteur à gazon s’en allait dans le fond et la souffleuse à neige prenait le devant de la grand’ porte. Dans les prochaines semaines, on va célébrer l’Halloween, le mois des morts, le jour du Souvenir; on est loin d’une visite à Walt Disney. Croyez-moi, on ne fera pas beaucoup de karaoké durant ces fêtes-là.

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Cher Señor Météo,

Es-tu tombé su’ la tête? Qu’est-ce qu’on t’a fait? Sans blague, je sais que l’homme avec sa pollution n’est pas délicat avec toi depuis plusieurs années, mais la vengeance ne te mènera nulle part. Le père Lafrance nous l’a assez dit : « Aimez-vous les uns les autres, comme Colette Provencher ». Il me semble que le message passe bien!

Premièrement, est-ce que c’est moi où tu as décidé de passer la saison estivale aux Îles? Sur l’archipel, il a fait beau tout l’été, mais de toute évidence, tu ne t’es pas forcé pour Montréal.

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Depuis que je suis tout petit, j’aime les galas. Les québécois, parce que sinon, je ne m’y connais pas. Moi, si tu es un acteur américain et que tu ne t’appelles pas Brad Pitt, ça se peut que je te mélange avec un autre. C’est comme ça. Même chose pour les chanteurs américains d’ailleurs : si tu ne t’appelles pas Brad Pitt, ça se peut que je te mélange. C’est comme ça. Mais les galas québécois, j’ai toujours aimé ça. J’aime nos artistes ; j’aime nos comédiens, animateurs, humoristes, interprètes, auteurs. Je suis content pour ceux qui gagnent et je suis déçu pour ceux qui perdent.

Je me souviens particulièrement de la remise des prix Gémeaux. Je me revois m’installer devant la grosse Bertha qui nous servait de télévision chez mes parents, de mettre ça au 2 et d’attendre patiemment que ça commence.

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Habiter sur un archipel comporte son lot d’avantages : la mer, le calme, la paix. La sainte paix. Mais évidemment, il n’y a pas que ça. Quand on vit sur une île, on a vite fait le tour, on connaît tout le monde et l’on ne passe jamais vraiment incognito. C’est pourquoi on finit à peu près tous par ressentir l’urgence de sortir de chez nous pour aller voir ailleurs ce qui se passe. Plusieurs Madelinots se paient donc une petite drive à Moncton par année. Un peu de magasinage à la Place Champlain et un brin de chiac dans l’oreille, ça te réorganise l’Acadien.

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14 h 40. La cloche sonne. Et pas n’importe laquelle : celle qui annonce la fin des cours pour aujourd’hui. Un peu plus de huit cents étudiants boutonneux prennent d’assaut les corridors de la Polyvalente des Îles comme si le feu venait de poigner dans leur classe ou comme si c’était la journée du hot chicken à la cafétéria. En sortant de la salle de mathématiques, je croise Aristide qui promène un rétroprojecteur d’acétates sur un chariot dans l’aile F. Je l’ai tellement vu faire ça souvent que j’en ai conclu que pour passer le temps, il promène ses appareils audiovisuels comme un bébé le fait avec ses poupées. J’aperçois aussi Lucie, la préposée de la bibliothèque, qui garde le silence même dans les corridors ; déformation professionnelle, j’imagine. Je la soupçonne d’ailleurs de chuchoter même chez elle les fins de semaine.

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Cher Señor Météo,

Es-tu tombé su’ la tête? Qu’est-ce qu’on t’a fait? Sans blague, je sais que l’homme avec sa pollution n’est pas délicat avec toi depuis plusieurs années, mais la vengeance ne te mènera nulle part. Le père Lafrance nous l’a assez dit : « Aimez-vous les uns les autres, comme Colette Provencher ». Il me semble que le message passe bien!

Premièrement, est-ce que c’est moi où tu as décidé de passer la saison estivale aux Îles? Sur l’archipel, il a fait beau tout l’été, mais de toute évidence, tu ne t’es pas forcé pour Montréal.

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