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Chronique Hugo Bourque

Quosse qu’on fâ ?

Ché pas…

Deux gars évachés sur un vieux divan gris en genre de lainage rugueux. Mon frère et moi. Quand on était petits, on commençait souvent nos journées d’été en se demandant ça. Et après avoir eu l’impression qu’on n’avait rien à faire, on finissait toujours par se trouver quelque chose.

On va-ti jouer au ballon-pied ?

Bah… OK.

Oui, parce qu’à l’époque, le mot « soccer » n’existait pas encore. En tout cas, on ne l’utilisait pas. On appelait ça le ballon-pied. Ça avait quand même le mérite d’être clair comme jeu. Alors on ramassait notre ballon et on s’en allait en arrière de la maison. Entre deux pauvres peupliers immatures, on s’imaginait un but. Généralement, c’est moi qui me plaçais au milieu. Pas parce que j’étais bon, mais parce que j’étais petit et donc, plus facile à convaincre. Mais pour m’aider, dans ma tête, j’étais Mario Lemieux. Oui, je sais qu’il ne jouait pas au ballon-pied, mais comme c’était à peu près le seul sportif professionnel que je connaissais, je me prenais pour lui dès que je pratiquais un sport. Ça me donnait confiance. Pas du talent, mais de la confiance. C’était quand même un bon début.

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Loin. Être loin de chez soi, de sa famille, de ses amis, de sa terre natale, ce n’est jamais facile. Mais quand cette terre-là se fait labourer à grands coups de vent un peu trop pical à mon goût, c’est autre chose. Dans ce cas-là, le loin s’éloigne encore plus.

Impuissant. On aimerait ça rejoindre les nôtres pour vivre cela main dans la main avec eux. Partager l’angoisse, disperser le stress sur davantage d’épaules, se tracasser en gang. Me semble que c’est moins pire que de vivre ça chacun de son bord du golfe. Assister à tout ça, alors que personne n’y peut rien. Parce que c’est aussi ça, le drame. La nature est plus forte que nous. Un point, c’est tout. Reste assis et subis, mon homme.

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Cinq heures du matin. Il ne se passe plus grand-chose sur le quai de L’Étang-du-Nord. La pêche est finie. Les bateaux se reposent, les goélands aussi. Le bruit du silence caresse mes oreilles. Même le vent chuchote son souffle pour ne pas réveiller l’eau qui dort.

Notre-Dame de l’Assomption trône fièrement au top de la butte rocheuse, face à la maison de la surnommée « démone ». La patronne des Acadiens surveille son anse, patiente et impassible. Après tout, c’est ça, le job d’une statue ; il faut savoir rester immobile…

Mais moi, je cours. Je cours pour me sentir en forme, pour me sentir en vie. En forme de quoi ? En vie pour qui ? Dans ma tête, ça tourne. Les souvenirs se bousculent, se rappellent et remontent en moi comme un ascenseur dans sa tour d’ivoire.

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Comme presque tous les enfants de ma génération, en deuxième année, j’ai fait ma première communion. Un grand moment pour les petits catholiques en formation que nous étions et surtout pour nos familles. C’était tout un événement. Depuis le temps que j’allais à la messe sans avoir le droit d’aller prendre la collation que le Père Lafrance nous avait apportée. En plus, ça allait nous permettre d’aller un peu nous promener dans l’église et montrer à tout le monde notre beau kit du dimanche en allant faire la file pour aller se chercher ça. Chaque fois que le prêtre cassait son hostie en deux avant de la manger, on entendait très bien le craquement de celle-ci à travers le micro. Ça sonnait comme un gros chip Dulac… Et ça avait l’air tellement bon !

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Quand on est petit, un château, c’est toujours beau. Ça fait rêver. Même voyager. Dans sa tête, en tout cas. On s’imagine un roi en train de défendre son royaume à l’aide d’une armée de chevaliers sans peur et sans reproche. Ils délivrent la princesse emprisonnée tout au haut de la tour de l’ennemi en combattant un dragon posté devant la porte de sa cellule. Ils redescendent le pont-levis et se sauvent avec la fille du roi bien en selle sur le dos d’un beau cheval blanc… C’est probablement pour ça que dès qu’un enfant met le pied sur une plage, sans même avoir appris comment le faire, il construit un château. C’est instinctif. Inné.

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Par un beau vendredi après-midi, le petit Nicolas apprit quelque chose de formidable dans la classe de première année de Mme Germaine. Celle-ci montra à ses élèves, lors d’une période de bricolage, qu’en pliant une vulgaire feuille de papier 8,5 x 11, on pouvait fabriquer un bateau. Ce coin-là avec ce coin-là, par en avant, par en arrière, tourne de bord et plie encore. Au début, ce n’était pas facile pour Nicolas. Il a dû recommencer et recommencer. Son premier ressemblait plutôt à un chapeau de fête sur lequel on se serait assis par inadvertance. Mais à force d’essayer et d’essayer, il a fini par apprendre la formule par cœur et a compris comment bien réussir ses petits bateaux de papier.

Cet été-là, le petit Nicolas passa son temps à plier du 8,5 x 11. Ce coin-là avec ce coin-là, par en avant, par en arrière, tourne de bord et plie encore. Il s’imaginait toutes sortes d’histoires avec ses nouveaux bateaux. Des balades agréables comme des rencontres entre corsaires des mers qui se concluaient généralement en duels sanglants. Et quand la guerre est finie, il faut recommencer : ce coin-là avec ce coin-là, par en avant, par en arrière, tourne de bord et plie encore.

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On répète souvent qu’aux Îles, on n’a pas l’heure, on a le temps. C’est une façon pour nous de dire qu’on n’est pas pressé, on n’est pas stressé. On a tout notre temps. Et parfois même, celui des autres…

Par exemple, on a le temps de compter au moins jusqu’à quinze avant de se remettre à avancer après une lumière rouge. Pas besoin de se presser pour poigner les autres lumières vertes ; il n’y a pas d’autres lumières !

On n’est pas pressé de mettre nos clignotants non plus. « De toute manière, c’est pas utile d’annoncer que j’va tourner ; tout le monde sait yousse que j’reste », qu’on se dit. Fait que des fois, on le met juste quand on est quasiment déjà dans notre barrière. Ici, ce n’est pas quand une auto met son flasher qu’on sait qu’elle va tourner, c’est quand elle ralentit. Et pour aider les autres, on commence à ralentir longtemps d’avance. Très longtemps d’avance. Comme ça, personne ne pourra dire qu’on ne les avait pas avertis.

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– Salut, moi c’est William.

– Moi, c’est Charlie.

– On est les enfants de Hugo. Mais cette semaine, c’est nous qui allons vous écrire. En fait, plus moi… parce que ma sœur n’est pas encore capable d’écrire.

– …

– Et tout ce qu’on va vous raconter est vrai. Vous demanderez à papa, il va vous le dire. On vient de passer trois semaines aux Îles de la Madeleine parce que Papi, Mami, mon oncle Stéphane, Loulou pis les tantes à papa sont là-bas et parce qu’on avait le goût de les voir.

– William ? Est-ce que j’peux aller faire pipi ?

– Oui, tu iras quand j’aurai fini d’écrire…

– …

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Dès que les premiers rayons du soleil entraient dans ma chambre par en dessous de la toile baissée et des rideaux aux images de Dukes of Hasard, je sautais en bas du lit pour aller jouer dehors. Comme je ne déjeunais jamais, j’étais rapidement assis sur la galerie pour mettre mes souliers à velcro. Je passais par le p’tit garage à papa pour récupérer mes camions et j’allais m’inventer tout un monde dans le parc, juste à côté de la maison.

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Oué, c’tu fas ?

Pas grand-chose, touâ ?

Bah… euhrien. On va ti faire un tour au Central ?

Aweille ouâre. Mais ça s’pourra que Stéphane vienne me chercher là pour aller Chez Gaspard plus tard.

Pas d’troube.

OK ben, à bétôt.

Ça résume pas mal les discussions des vendredis soir estivaux entre Annie à Robert et moi. Je passais prendre ma New Castle avec mon chip BBQ au Central et autour de dix heures, mon frère arrêtait en chemin et j’embarquais avec lui pour me rendre au bar Chez Gaspard pour entendre le groupe qui y jouait cette fin de semaine-là.

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Récemment, dans un restaurant, j’ai commandé un drink et l’on me l’a servi avec une paille en genre de carton qui se décompose dans ta bouche à mesure que tu bois. Pour la planète, c’est génial ; pour l’expérience client, on repassera. Mais ça m’a fait réaliser qu’on n’a pas toujours été préoccupé ni même concerné par l’environnement. Aujourd’hui, beaucoup de nos faits et gestes sont directement reliés à la survie de notre terre adorée : on recycle, on composte, on trie, on sauvegarde, on protège, on électrifie, on se signe des pactes, on se manifeste, on se sonne l’alarme… Mais quand j’étais jeune, on était très loin de se douter que la planète pourrait un jour rendre son dernier souffle.

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Dimanche passé, j’ai quitté mon Varennes d’adoption pour me rendre, à mes risques et périls, à la Place des festivals en plein cœur de Montréal. Le groupe Les Salebarbes y présentait un spectacle gratuit dans le cadre des Francofolies. Comme je n’ai pas eu la chance de les voir Aux Pas Perdus, j’ai pris mon courage à deux mains et j’ai traversé le pont, évité les nids de poule et chercher un stationnement pour assister à l’événement. On peut être fiers de nos deux p’tits gars des Îles, Jonathan et Éloi à Alcide Painchaud, parce que leurs amis acadiens et eux ont livré un spectacle mémorable. Une bonne p’tite shot d’Acadie pour tougher jusqu’à mes vacances. Comme la lampée de bagosse de Mi-Carême qui nous fait survivre jusqu’au printemps.

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