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Chronique Hugo Bourque

Un élan après, j’étais assis dans l’char avec papa et maman et l’on roulait vers le quai de Cap-aux-Meules. Dès que l’été se montrait le bout du nez, dès que les touristes commençaient à débarquer sur nos belles Îles, comme plusieurs de par chez nous, l’activité sociale numéro un devenait : aller voir le Lucy Maud arriver. Comme si l’on n’avait jamais rien vu de notre vie.

Évidemment, la p’tite drive qui nous menait au quai ne pouvait pas être complète sans la musique western de l’émission anglophone de CFIM; Buck Owen nous chantait son « Together Again » à pleine tête dans la vieille Mercury Comet jaune à papa. Pendant le trajet, je suivais le chemin des yeux. Et je vous jure que je le voyais très bien… à travers le plancher troué par la rouille. Mais ça, c’est une autre histoire.

À l’époque, la meilleure place pour aller voir le bateau arriver était sur le parking du Dixie Lee. On parle ici du temps où ledit restaurant était aux premières loges; quand l’étoile scintillante de la serveuse semi-asiatique qui fait frire du poulet aux épices cajuns brillait en face de l’Association touristique.

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Les temps-ci, j’ai la chance de travailler sur une émission de variétés qui s’appelle Tout le monde aime et qui sera diffusée à l’automne prochain sur les ondes de TVA. Le concept est simple : on célèbre la carrière d’un chanteur ou d’une chanteuse établis comme Éric Lapointe, Roch Voisine, Dan Bigras, Jean-Pierre Ferland ou Michel Louvain en passant à travers ses plus grands succès. Comme son nom le suggère, nous faisons appel aux fans de ces artistes-là souvent durant l’émission. J’ai donc rencontré des amateurs, des vrais : ceux qui s’évanouissent, ceux qui collectionnent, ceux qui se tatouent, ceux qui pleurent… Ceux-là!

Moi, je ne peux pas dire que je suis un fan de quelqu’un. J’apprécie le talent, je peux suivre la carrière. Mais c’est tout. Par contre, quand j’étais petit, j’étais un vrai fan. Par exemple, tout ce qui se faisait en humour au Québec, je l’enregistrais dès que ça passait à la télévision. Vous en parlerez à ma mère; j’achetais mes cassettes VHS vierges à pleine pelle. Je gardais tout : le gala Juste pour Rire, le numéro à Ad-Lib ou à Garden Party, l’entrevue à De bonne humeur, le sketch aux Démons du midi… et même les émissions spéciales du genre Claire Lamarche – spécial humoristes. J’ai d’ailleurs toutes ces cassettes là encore aujourd’hui dans un grand coffre barré à clé et qui sent les boules à mites.

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Je me sens comme Jésus deux jours après sa mort, quand il a réalisé qu’il était en train de ressusciter. Bon, OK, j’avoue qu’on n’a aucune espèce idée de comment il s’est senti à ce moment-là; ni Mathieu, ni Marc, ni Luc, ni Jean n’ont cru bon de nous décrire le feeling et même Jésus n’a écrit aucun post sur Facebook là-dessus. Je sais; j’ai vérifié. Mais j’imagine que ça ressemble beaucoup à comment je me sens quand je peux enfin sortir de chez nous en manches courtes. Une délivrance. Un bonheur intense.

Et ça date de loin. En fait, depuis aussi longtemps que je me souvienne, dès les premiers jours d’un semblant de chaleur, je garrochais mon manteau dans le fin fond du garde-robe et je sortais jouer dehors. Je prenais mon BMX bleu et je partais faire un tour. Sentir l’air frais sur ma peau me faisait le plus grand bien. Je dis « frais » pour être poli parce qu’en réalité, je gelais la vie. Mais comme il n’était pas question de revenir en arrière et de me mettre, ne serait-ce qu’un simple coton ouatté sur le dos, je me convainquais qu’il faisait assez chaud pour rester « en bras ». J’assumais très bien le rhume qui allait suivre quelques jours après.

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Est-ce qu’on peut rire trop dans la vie? Pour certaines personnes bien pensantes, c’est clair que oui. Incroyable, quand même! Comme si c’était mal de vouloir se divertir. Comme si ceux qui rient étaient un peu moins intelligents qu’eux. Il faut d’abord se rappeler que ce qui nous différencie des animaux, c’est justement notre sens de l’humour. Pour le reste, on n’est jamais bien loin d’avoir notre propre cage dans un zoo, nous autres aussi.

C’est vrai que l’humour prend une grande place dans nos vies. D’ailleurs, l’offre télévisuelle en ce moment est très axée sur le divertissement : on chante, on danse, on rie. On cherche à nous faire vivre de plus en plus d’émotions en nous présentant des séries de plus en plus troublantes.

Mais y a-t-il trop d’humour à la télévision? En fait, ce n’est pas qu’il y en a trop, c’est plutôt que plusieurs émissions sérieuses utilisent l’humour pour passer leur message. Personnellement, Pierre Bruneau qui essaie d’être drôle quand vient le moment de parler de la météo, ça ne fait que me mettre mal à l’aise. À chacun son métier et Colette Provencher sera bien gardée.

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Moi, vous le savez, je suis un nostalgique. Je passe mon temps, ici, à vous remâcher mes souvenirs, mon passé ; « quand j’étais petit… », « quand j’étais au primaire… », « quand j’allais à la polyvalente… » Et si je suis nostalgique, c’est parce que je n’aime pas être un adulte. Tellement que si je le pouvais, j’aimerais revenir en arrière…

Revenir en arrière pour revivre mon adolescence. Moment très instructif où j’ai découvert les passions qui ont fait de moi ce que je suis aujourd’hui. Période où j’ai rencontré les gens qui ont influencé mon parcours. Même si c’est aussi le bout de ma vie où ma face essayait de ressembler à un peuplier au printemps… mais on ne s’embarquera pas là-dedans.

Revenir en arrière pour retrouver ma chambre, chez mes parents. M’y embarrer pour écouter Alice Cooper en jasant avec des amis sur ICQ. Je laisserais mon ordinateur ouvert toute la nuit pour finir de télécharger un démo de jeu vidéo et j’attendrais encore avec impatience une commande de DVD au Amazon.

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Cette nuit, je me suis réveillé avec une toune dans la tête. C’était « Mets d’la danse à tes semelles » de Suroît. Sans raison. Comme ça. Heureusement, j’aime la chanson; mais on s’entend pour dire qu’à quatre heures du matin, on préfère le bruit du silence. Le lit n’est clairement pas la place pour taper du pied, n’en déplaise à Suroît.

C’est quand même impressionnant de réaliser ce qu’une chanson peut nous faire vivre et surtout revivre. Parce qu’une des forces de la musique c’est de nous ramener dans le temps. Dès les premières notes, on se retrouve dans un souvenir, une époque, un moment précis de nos vies; ça nous ramène une odeur, une émotion, une histoire.

Moi, dès que j’entends le premier album d’Okoumé, je me revois au bar Chez Gaspard. Évidemment, une odeur intense de cigarette me remonte au nez parce qu’à l’époque on avait encore le droit de fumer à l’intérieur. Le lendemain, je sentais encore la vieille smoke… même si je n’ai jamais touché à ça de ma vie. Je revois aussi dans ma tête la fameuse goutte d’eau qui coulait du plafond directement devant Jonathan Painchaud qui nous présentait les nouvelles chansons du groupe en primeur.

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Mes billets sont achetés! On y va encore cette année. Juste y penser me fait frissonner. Quelque chose me dit que je ne suis pas le seul à anticiper ce retour sur la p’tite terre.

J’ai hâte. J’ai hâte à tout, même à la route. Comme au bout où l’on commence à poigner la radio de Shédiac; du conne-te-ré à son meilleur avec des présentations dignes de la Sagouine qui aurait oublié de mettre son dentier le lendemain d’une soirée bien arrosée.

J’ai même hâte de revoir Souris; c’est quand même quelque chose d’avouer ça en public. Et pas juste pour me payer du gaz moins cher qu’ailleurs; j’ai hâte parce que sur le quai, ça sent déjà un p’tit brin les Îles. Des relents d’accents dilués d’exilés qui retournent faire le plein de sel et de marées pour endurer une autre année loin de leur Madeleine préférée.

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Bonjour, je m’appelle Hugo Bourque et je suis… un papa poule.

Heureusement, je ne suis pas le seul. J’irais même jusqu’à dire que nous vivons dans une société poule. Je ne sais pas ce qui s’est passé, mais entre la génération de nos parents et la nôtre, il y a tout un monde. On surprotège nos mousses et je ne suis pas tout à fait certain que ce soit pour leur bien. Parfois, j’ai l’impression que c’est un peu comme si l’on assurait un igloo contre le feu.

Par exemple, quand j’étais petit, mes lendemains de tempêtes de neige se passaient principalement sur la butte de la COOP L’Unité. À l’époque où la COOP était faite sur le long, quand le gros loader à Langis venait pelleter, il poussait toujours la neige en tas en arrière du magasin. À force, ça finissait par former une énorme butte sur laquelle je pouvais m’inventer une base militaire, une maison, un parcours d’hébertisme, une navette spatiale, une planète spéciale…

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Quand j’étais petit, je n’aimais pas vraiment faire du ski de fond. Je trouvais ça plate; je ne comprenais pas ce qu’il pouvait y avoir de plaisant dans le fait d’effectuer une randonnée la morve au nez dans un bois sans animaux et sans vraie butte à descendre. Pourtant, chaque fois qu’on me proposait d’en faire, je courais chez nous pour préparer mes affaires.

– Mamââ-â-ân? Yousse qu’il est mon chandail de laine?

Oui, parce que les quelques fois que j’ai skié dans ma vie, je portais ce chandail de laine. Ça me le prenait et je ne sais pas pourquoi. Il était gris et rouge vin; mon frère en avait un pareil. Je l’avais à peine sur le dos, qu’il me piquait les bras comme si j’étais tombé dans un nic de mouches à yêpe. Et dès que je mettais le nez dehors, l’air qui passait à travers les mailles du chandail me faisait frissonner.

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Gaston est un personnage inventé; il n’existe pas vraiment. Mais son histoire n’en est pas moins véridique…

Gaston habite aux Îles depuis toujours. Il est connu comme Barabbas dans la passion. Mais juste là-bas, car les vieux disent qu’il n’est jamais sorti du golfe. On l’aperçoit régulièrement sur le chemin principal, à marcher sans but et à quêter un lift à quiconque se dirige quelque part. Il ne sait pas vraiment où il va; le désagrément de ça, c’est que comme il n’a aucune idée où il va, il ne se rend pas toujours compte qu’il est rendu. Tantôt il s’arrête au centre d’achats, tantôt à la COOP, tantôt chez lui… Comme si c’était le vent qui guidait ses pas.

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HEILLE! Le mot qui en a élevé plus d’un. Combien de parents ont fait régner leur autorité par ce simple mot? C’est fou de voir comment six petites lettres peuvent nous figer. Mais moi, il faut dire que j’ai toujours eu beaucoup de respect pour l’autorité.

En fait, j’ai tellement de respect pour l’autorité que je ne l’ai jamais défié… sauf peut-être une fois. J’étais en première année. Comme il mouillait dehors, nous avions été contraints de rester à l’intérieur pour la période de récréation; on pouvait jouer ou dessiner. Un moment donné, je remarque que notre professeur, Jeannette à Wilfrid, est sortie de la classe, probablement pour jaser avec l’autre professeur de première année, madame Germaine. Le problème, c’est que je n’étais pas le seul à l’avoir remarqué; deux ou trois petits gars pleins d’énergie en ont donc profité pour partir au galop entre les bureaux.

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Je suis le premier à me lever. Mes petits pieds descendent du lit et entrent en contact avec le prélart un peu froid de ma chambre à coucher. Je glisse mon singe « Curious Georges » sous mon bras et je sors sans faire de bruit pour ne pas réveiller mon frère qui dormira, lui, probablement jusqu’à dix heures.

Je me rends au frigidaire pour me prendre une clémentine. J’adore les clémentines. En plus d’être bon, c’est le fun à manger; on peut jouer à l’ouvrir en espèce de fleur ou encore essayer de l’éplucher en un seul ruban. En voulant percer sa peau avec mon ongle, elle m’envoie un spray de jus directement dans l’œil. Ça ne me dérange pas trop; elle va finir dans ma bedaine, anyway.

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Le départ du dernier traversier de l’année, à l’époque, provoquait en nous un étrange mélange d’émotions : la fierté d’avoir « survécu » à un autre été touristiquement éprouvant, mais aussi l’excitation de reprendre enfin notre vie paisible. À travers tout ça, une vague de tristesse nous assaillait : celle de se retrouver à nouveau seuls. Ces îles que plusieurs qualifient de paradisiaques peuvent s’avérer presque angoissantes quand on réalise qu’on ne pourra ni y entrer ni en sortir durant les prochains mois…

Bien sûr, on pouvait toujours voyager par avion. Pour l’équivalent de trois ou quatre termes de maison, on était en mesure de se payer un aller-retour vers Montréal sans problème. Évidemment, on préférait souvent donner cet argent-là à Michel Nadeau pour rembourser notre prêt à la caisse populaire; personne ne veut se mettre son gérant de caisse à dos. Alors, on se rendait à l’évidence : pour sortir des Îles, on allait devoir attendre le printemps prochain.

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Parfois, des personnes marquent nos vies sans trop qu’on sache pourquoi. Un professeur passionné, un chauffeur d’autobus sympathique, le parent d’un ami rassurant… Malheureusement, souvent, on ne réalise leur importance qu’à leur départ. Le vrai départ. L’ultime départ.

Comme probablement vous tous, j’ai appris, cette semaine, le décès de Johanne Leblanc. Je n’étais pas un ami, je n’étais pas de la famille, mais j’ai quand même été sonné. Signe de la marque indélébile qu’elle a laissée dans mes souvenirs.

Faut que je vous raconte.

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