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Chronique d’île en île…

Si vous êtes de ma génération, vous vous rappelez sûrement de la série télévisée diffusée dans les années 60 et faisant référence au célèbre roman de Daniel Defoe intitulé Robinson Crusoé. Ce n’est pas tant l’émission mais son thème musical qui à l’époque, m’a happée devant l’écran. Je me souviens, je n’étais pas plus haute que le meuble qui l’abritait.

J’accourais dès les premières notes. J’étais littéralement envoutée par cet air mélancolique et doucereux bercé en fond de trame par le bruit des vagues. Il en fallut de peu pour que les images de mer qui défilaient devant moi en fassent tout autant.

Semaine après semaine, je suivais religieusement les péripéties de l’homme barbu qui un beau jour, était sorti de sa grotte pour venir me rejoindre dans le salon chez nous. Pendant cette petite demi-heure en tête à tête, plus rien autour n’existait. Le four avait beau être rempli de galettes à la mélasse, j’avais l’impression que la maison au complet sentait l’eau salée.

Du haut de mes trois ans à peine, je comprenais peu de choses à son histoire sinon qu’il vivait seul sur une île et qu’il se débrouillait plutôt bien malgré les rudesses de la vie en pleine nature. Qui sait si mon inconscient ne me ramenait pas directement à la Belle Anse, que j’ai connue avant d’avoir un an.

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Dehors le vent souffle. Depuis quelques jours, le temps est maussade et les températures oscillent entre dix-huit et vingt petits degrés. Le bateau tangue sous la force du vent mais le couinement des pare-battages nous rappellent que depuis près d’un mois, nous sommes coincés à quai ; un pépin de moteur nous immobilise dans les îles. On a beau voyager à voile, il nous faut un engin quand on décide de rentrer au port.

Une brise aussi fraîche qu’indomptable s’amuse à fouetter mes cheveux. Depuis la côte, j’observe la mer et compte les jours avant de pouvoir la chevaucher à nouveau. Les vagues forment des arabesques puis s’élancent en direction de la terre, insouciantes. Elles claquent une à une sur les rochers, modifiant l’onde à leur guise, tandis qu’un amas de nuages rosis par le soleil couchant assiste à la scène, impuissant.

Cela n’a pas empêché l’horizon d’embrasser le ciel dans un ultime élan, comme si cette courte étreinte allait permettre d’étirer le jour autant que ce baiser renouvelé de fois en fois depuis que le monde est monde. On s’en doute, la nuit n’en a fait qu’à sa tête. Pire encore. Puisqu’incapable ce soir-là de retrouver la lune, sa maîtresse, elle a décidé de me priver de son manteau d’étoiles. Cela m’a valu quelques frissons.

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