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Chronique d’île en île…

Ce matin aux petites heures, il pleuvait à tout rompre. Un orage tropical nourri de vents du sud annonce un second cyclone en autant de semaines aux portes de Santa Catarina. Cette façon de saluer mon départ illustre bien la passion qui me lie au Brésil.

Le 27 juin dernier, Éléis a quitté son coin de paradis pour se tailler une place du côté de Porto Belo. Pendant quelques mois, le voilier dormira chez João, le Roi du port (Rei do porto). Si tout va bien, le Petit prince devrait reprendre la route en novembre. Reste à savoir si la situation sanitaire mondiale le permettra.

Durant près de deux mois, le capitaine a travaillé d’arrache-pied pour mettre à niveau son bateau. Un voilier en acier constitue le meilleur des bolides pour prendre la mer à bras le corps, mais ce type de navire exige un entretien minutieux. Pas question de laisser la rouille prendre le dessus. La moindre tache rougeâtre doit aussitôt être chassée, car l’ennemi est malicieux.

Pour parler franchement, le capitaine a passé son temps à faire le tour du bateau : changement de batteries, ajustements du moteur, rééquilibrage de l’éolienne, ponçage et vernissage du cockpit et tutti quanti. Il a même fallu fabriquer une nouvelle échelle de pont, l’ancienne ayant été emportée durant une traversée. Pendant ce temps, quelqu’un s’est chargé de refaire le plancher de l’annexe.

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Plus la date de mon départ du Brésil approche et plus je crains de débarquer dans un film d’horreur mettant en vedette des zombies masqués. D’ailleurs, en regardant les nouvelles de la planète, je me sens comme une cinéphile qui se serait trompée de salle au cinéma. Alors j’étire mon film d’aventures entre sable et mer, dans lequel les personnages ne sont ni méchants, ni paranos.

On l’a toujours dit : dans la vie, il y en a pour tous les goûts! Mais en ce moment, on dirait qu’une partie de l’humanité veut imposer sa vision à l’autre. Contrôler le message. Pourtant, en y regardant de plus près, ils ne sont pas si nombreux à vouloir nous convaincre que le futur sera fait de nourriture en capsules, d’individus bioniques et de voyages intersidéraux. Un avenir glacial à l’abri de toute chaleur humaine ou de poésie, loin de la verdure et du chant des vagues comme celui des oiseaux. Un trou noir à l’esthétique chirurgicale. Avec distanciation sociale, s’il vous plaît!

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Comme le disait si bien le cinéaste Pierre Falardeau, la liberté n’est pas une marque de yogourt. Cela dit, pareil au produit laitier qu’on aurait abandonné au fond d’un frigo en tenant pour acquis qu’il resterait intact, nos libertés individuelles sont si malmenées par les temps qui courent que leur concept même semble périmé.

Quand on est une chenille, peu nous importe l’interdiction de voler. C’est sans penser qu’inéluctablement, on deviendra papillon. Il y a quarante ans, le Québec a failli se doter d’un pays. Mais comment voulez-vous qu’un État devienne souverain alors que la moitié de la population qui le compose se contente de ramper ?

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Le soleil brille à nouveau à Santo António de Lisboa et mon humeur s’accroche fougueusement à ses rayons comme à la mer qui m’apaise en me tendant les bras chaque soir où je retrouve ma couchette. En ce moment même, elle me berce délicieusement, en me promettant d’être toujours là demain. Pour chaque sourire déversé sur cette Terre, un oiseau prend son envol et trace dans le ciel quelque signe d’espoir face à l’avenir. Mais il faudra y mettre du nôtre. Et pas qu’un peu.

Autour de la pleine lune, le vent s’est affairé à souffler très fort. On aurait dit que la planète voulait se débarrasser de toutes les saletés qui l’encombrent. Faire table rase. Pendant ce temps-là sur le Net, quelques cerveaux s’enflamment et s’insurgent contre le discours officiel, tentant d’apporter un éclairage différent à cette crise fabriquée de toutes pièces pour mousser la peur au sein de la population. En effet, la poignée de fous qui gouvernent le monde s’est mis en tête de nous contrôler plus que jamais. Quoi de mieux que la crainte de la mort pour ce faire ?

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Aujourd’hui, c’est la première fois depuis deux mois que j’entrevois de la pluie. Comme quoi l’automne au Brésil est synonyme de tout sauf de mauvais temps. Habituée au soleil, les nuages noirs qui dominent le ciel m’inspirent une histoire sombre.

Au même titre que tous ceux et celles qui sont « confinés » aux Îles, je me sens extrêmement choyée de vivre la crise planétaire qui nous secoue dans un endroit aussi clément et agréable et où le gros bon sens continue à régner, malgré le gouvernement qui se situe à la tête du royaume de la bossa-nova.

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Un mois aujourd’hui que le Québec a cessé de tourner. La plupart du temps, en rond. Quand l’infiniment petit rencontre l’infiniment grand, les choses les plus improbables peuvent soudainement se produire. À droite un virus, à gauche une planète, et entre les deux, presque huit milliards d’humains secoués dans leurs habitudes et convictions.

Et dire que le personnel soignant était déjà sur les rotules ! Aujourd’hui, ils sont des milliers à s’activer autour des malades tandis que d’autres sont seuls à sécher leurs larmes après la perte d’un être cher. Cela démontre bien l’échec de notre système. Et tous ces vieillards abandonnés dans des CHSLD ! Comment peut-on en être arrivés là ? Certains auront beau avoir la couleur des blocs Lego, ils n’en sont pas moins inhumains à mes yeux. À l’époque où je travaillais comme journaliste, une employée d’un de ces centres infects m’a confié, sous le couvert de l’anonymat, que les cuisiniers obtenaient des bonis chaque fois qu’ils pouvaient réduire le coût des menus de l’établissement. J’ai vu ces édentés recevoir un épi de maïs en guise de repas. Quelle trouvaille fabuleuse !

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Avouez que je vous ai bien eus avec ce titre catastrophe. Mais je vous rassure, tout va à merveille sur Éléis. On ne peut pas en dire autant de notre chère planète. Quelle galère !

Il y en a qui viennent à peine de comprendre qu’on est tous à bord d’un seul et même navire et que c’est en ramant dans le même sens qu’on va arriver à bon port. Qui aurait cru qu’un « vulgaire » virus — naturel ou fabriqué en laboratoire, selon les versions — aurait été capable de cela ? Même les Îles sont désormais coupées du reste du monde, se retrouvant comme un paquebot au beau milieu de l’Atlantique. Remarquez, l’archipel n’a jamais été si bien équipé pour vivre de façon entièrement autonome. Il y a des confinements pires que d’autres…

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Désormais engourdis par le ronflement du moteur, nous remontons la côte américaine en observant de longues périodes de silence durant lesquelles chacun de nous plonge dans les méandres de sa pensée. Voyager, c’est aussi partir loin au dedans de nous-mêmes.

Le capitaine se ronge les sangs, obsédé par l’idée de rentrer au bercail le plus tôt possible. Il s’inquiète également des frais engendrés par son voilier, craint l’ultime avarie qui l’obligerait à abandonner le Provence et à prendre un vol pour le Québec. Y aurait-il plus grande insulte à son égard ? En grand anxieux, il refuse de céder la barre. Tout pour garder son esprit captif et à l’abri des vagabondages. Va savoir comment seront ses futures relations avec son épouse ! C’est la première fois que le couple est séparé si longtemps. Et Dieu sait qu’une traversée de l’Atlantique laisse toujours sa marque…

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Si vous m’aviez dit qu’un jour j’irais sur la côte américaine, j’aurais cru à une mauvaise blague. Avec le sable qu’on a aux Îles? Pfutt! C’est digne des cartes postales kitsch qu’un ami de mon père envoyait des États chaque été. J’en avais assez de mon souvenir de Plattsburgh, de sa plage rocailleuse, de la malbouffe et du coup de soleil monstre que j’avais rapporté de là-bas. Vous vous en doutez, je ne me reconnais pas dans les snowbirds.

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Voilà que j’ai atteint l’ultime portion de mon voyage. La tempête nous a complètement lessivés. Et dire que nous devions aboutir à Miami ! Nous avons dérivé tant et tant que c’est à West Palm Beach, dans l’état de la Floride, que nous touchons terre. L’adrénaline aidant, au lieu de sombrer dans nos couchettes, à dormir comme des bûches, le capitaine s’empresse d’évaluer les dégâts au mât pendant que le reste de l’équipage prend ses repères à la marina.

Fidèle à son habitude, Jean-Pierre ne rêve que d’une chose : quelques bonnes bières fraîches. Après la douche, c’est tout heureux qu’il s’est dirigé au resto-bar situé à cinq minutes à peine du bateau. Quand nous l’avons retrouvé, il était d’humeur joviale. Peut-être aurions-nous dû le faire boire durant la traversée ?

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À l’époque, j’ai détesté les Bahamas. Le luxe éhonté de ses hôtels et innombrables yachts versus l’exploitation et la pauvreté imminente de la population locale me choquait trop. La situation n’a pas changé, mais cette fois, j’ai pu davantage entrer en contact avec les Bahamiens. Comme par enchantement, leur chaleur humaine m’a fait oublier tout le reste. Sans compter la énième leçon de résilience…

Les passagers du Provence n’étaient guère impressionnés par cet étalage grotesque de toc américain. Pour nous, le paradis était ailleurs qu’à Paradise Island. C’est pourquoi, après ma dernière baignade, nous avons filé vers « l’autre » Nassau, refusant d’aller écornifler les bien nantis des alentours. Je voulais faire découvrir à mes collègues de navigation une facette inédite des Bahamas : celle que d’autres préfèrent ignorer.

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Notre ultime parcours dans la mer des Caraïbes a été idyllique. J’ai l’impression qu’elle veut laisser une trace positive dans nos mémoires.

C’est tellement bon de sentir un peu de quiétude après des mois de galère ! Je parviens à régénérer mes batteries très rapidement, mais n’empêche que c’est bon de pouvoir pleinement apprécier le temps qui passe à l’abri des intempéries.

Malgré tout, je crois que la fatigue du voyage commence à se faire sentir. Particulièrement sur les vieux os du capitaine, qui a perdu beaucoup de poids à force de stress. Le pauvre a du mal à profiter de la situation. Il ne tient pas en place. De jour en jour, son propre navire souffre. Ma cabine n’est pas étanche et je bois la tasse à la moindre vague. Ça couine de partout. Je pense que si on se tapait une bonne déferlante, il casserait en deux. Je crois même avoir remarqué une craquelure sur le pont. Je n’ai pas osé investiguer davantage. J’ai préféré me dire que mes yeux et mon imagination me jouent des tours. C’est plus rassurant.

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