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Chronique d’île en île…

L’acclimatation à mon nouveau port d’attache se fait petit à petit. Mais pour nous, Occidentaux, il faut d’abord intégrer la notion qu’en Afrique, le temps n’a pas d’emprise. Même les visages que je croise sont exemptés de rides. Enfin, ceux qui n’ont pas été contaminés par la télé.

Parce que s’il y a un endroit où l’on peut constater combien la manipulation de masse fonctionne, c’est bien en Afrique. La télé, les journaux, l’ensemble des médias, les politiciens, tous ont tellement bien vendu l’idée d’une Afrique pauvre, à genoux, que le concept est venu enclaver les cerveaux qui avaient soif de découvertes et d’expansion. C’est un gaspillage de ressources éhonté, car là-bas comme ailleurs, la jeunesse déborde de créativité. Comme le Québec, le Sénégal est victime de la colonisation. Il n’y a rien comme élever un enfant en lui faisant croire qu’il est né pour un petit pain.

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Chaque fois que je me jette dans le vide, l’adrénaline occulte tout le reste. Comme un enfant gourmand de plaisir qui s’élance vers la mer en début d’été. Le courage constitue cet élan qui nous permet d’anticiper la saveur d’un fruit, un combustible indispensable à la fureur de vivre.

Je me réveille après une courte nuit. L’air est sec et chaud. J’ouvre les yeux, encore sonnée du voyage. J’ai du mal à le croire, mais je suis bel et bien en Afrique. Longtemps avant de pouvoir déchiffrer Tintin au Congo, je rêvais de parcourir ce continent rempli de promesses à mes yeux. En effet, j’ai souvent fait le tour de la terre grâce au petit globe terrestre qui traînait ici et là dans notre petite maison de Tétreaultville, dans l’est de Montréal. À l’époque, à défaut d’être aux Îles, c’était ce que mes parents avaient trouvé de mieux pour nous offrir mer et monde.

Depuis Marseille, le vol a duré un bon cinq heures. À notre arrivée au Sénégal, il faisait nuit noire. Quelqu’un nous attendait à l’aéroport pour nous conduire au Centre de voile de Dakar, communément appelé le CVD. Il a fallu compter près de deux heures de route cahoteuse pour y parvenir.

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Tu repars? » me lance mon fils estomaqué. « Et comment! » que je lui dis. Mais que de déboires avant ce nouvel envol!

J’avais beau avoir habité dans un château juste avant de partir en mer, ça faisait près d’un an que je n’avais pas mis les pieds dans une maison. J’ai constaté que ma cuisine faisait trois fois le carré du Provence. Le salon était presque aussi long que lui et comptait plusieurs fois sa largeur. J’habitais un paquebot et je l’ignorais!

Au bout de quelques verres d’un rhum ramené des Antilles, j’ai commencé à me sentir plus à l’aise. Mais comment expliquer à nos proches que la personne qu’ils accueillent est étrangère à celle qu’ils ont vu partir? Plus on s’éloigne de la côte, plus on entre en soi-même.

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Parfois, c’est en prenant du recul qu’on mesure les richesses qui nous entourent. Si l’herbe vous apparaît plus verte chez le voisin, changez votre regard.

Les gens heureux ont ceci en commun : peu importe où ils se trouvent, ils se sentent bien, car le bonheur jaillit toujours de l’intérieur et la beauté est partout. Toutefois, qui de nous n’a pas endossé les paroles d’Aznavour en chantant que la misère serait moins pénible au soleil?

Qu’on soit nés sur le béton ou à deux pas de la mer, chaque humain de la planète ressent du bien-être à se trouver près de l’eau, soleil ou pas. De mon côté, si j’ai pu survivre la majeure partie de ma vie éloignée des Îles, c’est bien parce que j’avais toujours un petit clapotis à portée de main.

Durant mes années les plus sombres à Montréal, je chassais le spleen en m’endormant avec le chant des vagues. À l’époque, un ami m’avait fait cadeau d’une cassette hors de l’ordinaire. Ça ne me rajeunit pas! Pour toute musique, le bruissement de l’eau. Cent vingt minutes de pure extase. Je précise à l’attention des plus jeunes qu’il fallait se lever et tourner la cassette pour écouter l’enregistrement au complet.

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Vous vous souvenez, au printemps dernier, alors qu’on annonçait l’apparition d’une « pandémie mondiale », j’ai momentanément abandonné le navire qui me conduisait à Montréal, ou plutôt les anecdotes vécues au cours de cette traversée mémorable, pour vous parler de ma situation dans les eaux claires du Brésil. Il serait peut-être temps de clore ce voyage, non?

Ce matin, j’ai enfin l’occasion de vous faire rêver une fois de plus. Je regarde avec un brin de nostalgie les photos de mes aventures et savoure avec bonheur les souvenirs qui refont surface à chacune d’elles. Depuis longtemps, mon cerveau a décidé de conserver le meilleur de la vie et d’abandonner tout ce qui est destiné à l’empoisonner. Pourquoi s’accrocher aux douleurs de l’accouchement quand le cadeau qui en résulte dépasse tout ce qu’on peut espérer? Il en va de même pour l’expérience acquise au fil des jours.

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Vous savez combien je multiplie les superlatifs quand j’écris sur le Brésil. Mon attachement à l’égard de ce pays au territoire aussi grand que le cœur de ses habitants s’explique aisément. Concentrés sur la côte, les Brésiliens sont viscéralement connectés à la mer. Comme les Madelinots.

N’eût été de cette histoire de COVID, qui nous a gardés captifs deux mois dans cette région spectaculaire, il m’aurait été impossible de m’imprégner de l’esprit qui règne sur le littoral. Grâce à l’ami Everton, alias Camarão (ou crevette en portugais), j’ai pu découvrir petit à petit ce qui anime les gens de sa communauté.

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La veille de mon départ de Florianópolis, au Brésil, nous étions quatre personnes attachées les unes aux autres, réunies pour trinquer à l’amitié. Rien de plus normal (en temps normal). Avant de se quitter, on s’est fait tour à tour un immense câlin. J’en conserve encore le précieux souvenir. Si j’avais su dans quoi j’allais atterrir, j’en aurais réclamé plus d’un.

À deux heures du matin, tandis que mon hôtesse dormait sur le canapé, je finalisais mon bagage dans le silence de la nuit. Une douche rapide me permit de récupérer quelques énergies ensevelies parmi la horde de souvenirs que je m’apprêtais à ramener au Québec. Un conducteur prévenu la veille allait m’amener bientôt à l’aéroport.

Sans faire de bruit, j’ai déposé sur la table de la cuisine une paire de boucles d’oreille achetées précédemment à La Méduse. En cherchant un ultime cadeau pour celle qui m’avait accueillie à bras ouverts dans sa maison, j’étais tombée sur ces petits bijoux dissimulés depuis un moment au fond de mon sac de toilette. J’évitais de les porter, car je craignais de les perdre en nageant dans la mer. Mon amie me pardonnerait le fait qu’elles n’étaient pas neuves, puisque cette jolie création était issue des Îles de la Madeleine, dont je lui ai tant vanté les paysages et les gens, le sable et le vent. Ainsi, quelque chose de concret nous lierait à jamais.

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Ce matin aux petites heures, il pleuvait à tout rompre. Un orage tropical nourri de vents du sud annonce un second cyclone en autant de semaines aux portes de Santa Catarina. Cette façon de saluer mon départ illustre bien la passion qui me lie au Brésil.

Le 27 juin dernier, Éléis a quitté son coin de paradis pour se tailler une place du côté de Porto Belo. Pendant quelques mois, le voilier dormira chez João, le Roi du port (Rei do porto). Si tout va bien, le Petit prince devrait reprendre la route en novembre. Reste à savoir si la situation sanitaire mondiale le permettra.

Durant près de deux mois, le capitaine a travaillé d’arrache-pied pour mettre à niveau son bateau. Un voilier en acier constitue le meilleur des bolides pour prendre la mer à bras le corps, mais ce type de navire exige un entretien minutieux. Pas question de laisser la rouille prendre le dessus. La moindre tache rougeâtre doit aussitôt être chassée, car l’ennemi est malicieux.

Pour parler franchement, le capitaine a passé son temps à faire le tour du bateau : changement de batteries, ajustements du moteur, rééquilibrage de l’éolienne, ponçage et vernissage du cockpit et tutti quanti. Il a même fallu fabriquer une nouvelle échelle de pont, l’ancienne ayant été emportée durant une traversée. Pendant ce temps, quelqu’un s’est chargé de refaire le plancher de l’annexe.

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Plus la date de mon départ du Brésil approche et plus je crains de débarquer dans un film d’horreur mettant en vedette des zombies masqués. D’ailleurs, en regardant les nouvelles de la planète, je me sens comme une cinéphile qui se serait trompée de salle au cinéma. Alors j’étire mon film d’aventures entre sable et mer, dans lequel les personnages ne sont ni méchants, ni paranos.

On l’a toujours dit : dans la vie, il y en a pour tous les goûts! Mais en ce moment, on dirait qu’une partie de l’humanité veut imposer sa vision à l’autre. Contrôler le message. Pourtant, en y regardant de plus près, ils ne sont pas si nombreux à vouloir nous convaincre que le futur sera fait de nourriture en capsules, d’individus bioniques et de voyages intersidéraux. Un avenir glacial à l’abri de toute chaleur humaine ou de poésie, loin de la verdure et du chant des vagues comme celui des oiseaux. Un trou noir à l’esthétique chirurgicale. Avec distanciation sociale, s’il vous plaît!

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Comme le disait si bien le cinéaste Pierre Falardeau, la liberté n’est pas une marque de yogourt. Cela dit, pareil au produit laitier qu’on aurait abandonné au fond d’un frigo en tenant pour acquis qu’il resterait intact, nos libertés individuelles sont si malmenées par les temps qui courent que leur concept même semble périmé.

Quand on est une chenille, peu nous importe l’interdiction de voler. C’est sans penser qu’inéluctablement, on deviendra papillon. Il y a quarante ans, le Québec a failli se doter d’un pays. Mais comment voulez-vous qu’un État devienne souverain alors que la moitié de la population qui le compose se contente de ramper ?

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Le soleil brille à nouveau à Santo António de Lisboa et mon humeur s’accroche fougueusement à ses rayons comme à la mer qui m’apaise en me tendant les bras chaque soir où je retrouve ma couchette. En ce moment même, elle me berce délicieusement, en me promettant d’être toujours là demain. Pour chaque sourire déversé sur cette Terre, un oiseau prend son envol et trace dans le ciel quelque signe d’espoir face à l’avenir. Mais il faudra y mettre du nôtre. Et pas qu’un peu.

Autour de la pleine lune, le vent s’est affairé à souffler très fort. On aurait dit que la planète voulait se débarrasser de toutes les saletés qui l’encombrent. Faire table rase. Pendant ce temps-là sur le Net, quelques cerveaux s’enflamment et s’insurgent contre le discours officiel, tentant d’apporter un éclairage différent à cette crise fabriquée de toutes pièces pour mousser la peur au sein de la population. En effet, la poignée de fous qui gouvernent le monde s’est mis en tête de nous contrôler plus que jamais. Quoi de mieux que la crainte de la mort pour ce faire ?

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Aujourd’hui, c’est la première fois depuis deux mois que j’entrevois de la pluie. Comme quoi l’automne au Brésil est synonyme de tout sauf de mauvais temps. Habituée au soleil, les nuages noirs qui dominent le ciel m’inspirent une histoire sombre.

Au même titre que tous ceux et celles qui sont « confinés » aux Îles, je me sens extrêmement choyée de vivre la crise planétaire qui nous secoue dans un endroit aussi clément et agréable et où le gros bon sens continue à régner, malgré le gouvernement qui se situe à la tête du royaume de la bossa-nova.

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Un mois aujourd’hui que le Québec a cessé de tourner. La plupart du temps, en rond. Quand l’infiniment petit rencontre l’infiniment grand, les choses les plus improbables peuvent soudainement se produire. À droite un virus, à gauche une planète, et entre les deux, presque huit milliards d’humains secoués dans leurs habitudes et convictions.

Et dire que le personnel soignant était déjà sur les rotules ! Aujourd’hui, ils sont des milliers à s’activer autour des malades tandis que d’autres sont seuls à sécher leurs larmes après la perte d’un être cher. Cela démontre bien l’échec de notre système. Et tous ces vieillards abandonnés dans des CHSLD ! Comment peut-on en être arrivés là ? Certains auront beau avoir la couleur des blocs Lego, ils n’en sont pas moins inhumains à mes yeux. À l’époque où je travaillais comme journaliste, une employée d’un de ces centres infects m’a confié, sous le couvert de l’anonymat, que les cuisiniers obtenaient des bonis chaque fois qu’ils pouvaient réduire le coût des menus de l’établissement. J’ai vu ces édentés recevoir un épi de maïs en guise de repas. Quelle trouvaille fabuleuse !

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Avouez que je vous ai bien eus avec ce titre catastrophe. Mais je vous rassure, tout va à merveille sur Éléis. On ne peut pas en dire autant de notre chère planète. Quelle galère !

Il y en a qui viennent à peine de comprendre qu’on est tous à bord d’un seul et même navire et que c’est en ramant dans le même sens qu’on va arriver à bon port. Qui aurait cru qu’un « vulgaire » virus — naturel ou fabriqué en laboratoire, selon les versions — aurait été capable de cela ? Même les Îles sont désormais coupées du reste du monde, se retrouvant comme un paquebot au beau milieu de l’Atlantique. Remarquez, l’archipel n’a jamais été si bien équipé pour vivre de façon entièrement autonome. Il y a des confinements pires que d’autres…

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