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Nathalie Deraspe

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    Je suis avare de découvrir l’Autre, comme le continent qui l’abrite. Ma soif d’exotisme me fait oublier que ceux que je côtoie jour après jour en ont autant à m’apprendre sur moi-même que les étrangers avec qui je m’empresse de discuter.

    Si je suis tant fascinée par les humains, c’est pour recoller les morceaux éclatés de moi-même et me forger une identité conforme aux valeurs que je véhicule. Il n’y a rien comme la différence pour constater à quel point nous sommes pareils.

    Sur le bateau, je demeure en période de découverte. J’analyse le capitaine, emmuré de mystères. Un petit béguin s’est développé entre nous, mais je pressens que c’est pour « faciliter la vie à bord », si vous voyez ce que je veux dire. J’en conviens, cet Indiana Jones sait se montrer attirant. Il m’a appâtée un jour où l’on s’est fait lessiver par l’orage. Tendant son épaule musclée, il a lancé d’un ton protecteur : « Penche-toi ici! » La féministe en moi a aussitôt remis en doute le danger de la situation. N’eût été de cette vague scélérate venue menacer le pneumatique qui nous ramenait au voilier, je n’aurais pas succombé à son désir.

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    30 avril 2021 Aucun commentaire
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  • Il y a autant de voyages possibles qu’il y a d’individus sur Terre. En réalité, jour après jour, dès qu’on ouvre l’œil, un nouvelle aventure commence. On ne devrait jamais aller au lit sans avoir au moins appris une chose durant la journée. Ou avoir fait une rencontre enrichissante.

    Incontestablement, mon passage à Foundiougne va demeurer ancré dans ma mémoire. Après avoir connu Abdoulaye, je suis tombée sur Pierre, un sympathique utopiste – au sens noble du terme – qui multiplie les actions pour mettre de la gaieté dans le quotidien des enfants sénégalais. Troupes de théâtre, de danse, activités de lecture, le trentenaire fait tout en son possible pour égayer la prochaine génération. Il veut l’inciter à rêver d’un futur à l’abri de la misère, ce qui est tout en son honneur.

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  • Au cours de notre périple dans un embranchement du Sine Saloum, une anecdote mérite l’attention. Comme vous le savez, Éléis est lourdaud. On dirait un éléphant dans un magasin de porcelaine.

    Comme le secteur est mal cartographié, on ne peut pas se fier aux données de repérage habituelles. D’autant que les hauts fonds se déplacent au gré des tempêtes. Il faut donc garder l’œil sur le profondimètre et jouer d’audace, tout en espérant le passage d’une pirogue pour suivre son sillon. Compte tenu de la profondeur de l’eau, les chances d’échouer sont relativement fortes. C’est pourquoi si peu de voiliers osent s’aventurer dans le coin.

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  • L’Afrique de l’Ouest est une destination boudée. Imaginez pour les navigateurs! De tous les bateaux postés à Dakar, Éléis fut le seul à braquer vers le sud du pays.

    Une petite recherche sur Internet m’a permis de comprendre les allers-retours de Stan entre Dakar et Mindelo. Le capitaine de ce joli sloop aperçu dans la baie de Hann opère pour Globe Sailor, une entreprise française (Eh oui!) qui propose des croisières entre le Sénégal et le Cap-Vert. Sortez votre fric si ça vous intéresse. On parle d’un petit trois mille dollars pour une semaine…

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  • On quitte la région de Dakar en plein coup de vent, comme des voleurs surpris sur les lieux du crime. Une fois sortis de la zone de bourrasques, le calme renaît à bord.

    Je n’ai pas encore avalé une bouchée, mais avant toute chose, un ménage s’impose. « La cale a bu trois litres de rosé d’un coup. Pas étonnant que le bateau tangue », dis-je en riant.

    Alors que tout est rangé et qu’on savoure tranquillement un café dans le cockpit, on réévalue le trajet à faire et on trace le bilan de notre séjour dans la capitale du Sénégal. « Tu te rappelles quand j’ai cru qu’une pirogue était en feu? »

    Ce soir-là, la nuit était calme et la baie comme une huile. Tout à coup, j’aperçois des flammes sur une embarcation ancrée au loin. Je sursaute et j’interpelle le capitaine. On cherche à savoir ce qui arrive, ce qu’on doit faire. Le feu poursuit ses ravages, mais à notre grand étonnement, la pirogue reste à flots. Le brasier a brûlé un moment, puis s’est évanoui. Dans la pénombre, difficile de distinguer si tout avait été consumé ou non, mais autour, pas un seul navigateur n’a sonné l’alarme. Le lendemain, la pirogue semblait intacte. À moins qu’il ne s’agisse d’une autre? Ce n’est qu’en Gambie que la réponse à cette énigme s’imposera…

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  • Pendant que le Petit Poucet sème des cailloux pour éviter de se perdre, la vie s’amuse à m’adresser des clins d’œil le long de mon parcours. Hasards et coïncidences sont des phares dans la nuit de mes pensées.

    Depuis toute petite, ma route a été parsemée de rencontres étonnantes qui, de fois en fois, me conduisent à plus de lumière dans mon quotidien. Ainsi, mon aventure au Sénégal m’apparaît comme un élément d’une charade à compléter. Voyez par vous-mêmes.

    Impossible de fouler le continent africain sans songer à l’époque esclavagiste. Soudain, les propos de Joseph-Éloi me reviennent en mémoire. Rencontré sur le pouce en Martinique, le bon Samaritain aux yeux clairs m’avait lancé : « Mon grand-père est tombé amoureux de son esclave. Comment en vouloir aux Blancs alors que je descends de cette union? »

    Pour vivre à l’écart de la rage, la résilience s’imposait. Pactiser avec le bourreau, lui trouver cette parcelle d’humanité qui nous unit tous autant que nous sommes, comprendre que l’amour est plus fort que tout. Ou s’éteindre à jamais.

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  • La vie me réserve encore quelques belles surprises avant de quitter Dakar. Je serais bien allée visiter Saint-Louis, qui a conservé son charme historique exceptionnel, selon les dires, mais l’afflux de touristes y demeure important. Cela me rebute autant que le capitaine d’Éléis. Alors j’en fais mon deuil. Après tout, nous sommes là pour la mer, non?

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  • L’acclimatation à mon nouveau port d’attache se fait petit à petit. Mais pour nous, Occidentaux, il faut d’abord intégrer la notion qu’en Afrique, le temps n’a pas d’emprise. Même les visages que je croise sont exemptés de rides. Enfin, ceux qui n’ont pas été contaminés par la télé.

    Parce que s’il y a un endroit où l’on peut constater combien la manipulation de masse fonctionne, c’est bien en Afrique. La télé, les journaux, l’ensemble des médias, les politiciens, tous ont tellement bien vendu l’idée d’une Afrique pauvre, à genoux, que le concept est venu enclaver les cerveaux qui avaient soif de découvertes et d’expansion. C’est un gaspillage de ressources éhonté, car là-bas comme ailleurs, la jeunesse déborde de créativité. Comme le Québec, le Sénégal est victime de la colonisation. Il n’y a rien comme élever un enfant en lui faisant croire qu’il est né pour un petit pain.

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  • Chaque fois que je me jette dans le vide, l’adrénaline occulte tout le reste. Comme un enfant gourmand de plaisir qui s’élance vers la mer en début d’été. Le courage constitue cet élan qui nous permet d’anticiper la saveur d’un fruit, un combustible indispensable à la fureur de vivre.

    Je me réveille après une courte nuit. L’air est sec et chaud. J’ouvre les yeux, encore sonnée du voyage. J’ai du mal à le croire, mais je suis bel et bien en Afrique. Longtemps avant de pouvoir déchiffrer Tintin au Congo, je rêvais de parcourir ce continent rempli de promesses à mes yeux. En effet, j’ai souvent fait le tour de la terre grâce au petit globe terrestre qui traînait ici et là dans notre petite maison de Tétreaultville, dans l’est de Montréal. À l’époque, à défaut d’être aux Îles, c’était ce que mes parents avaient trouvé de mieux pour nous offrir mer et monde.

    Depuis Marseille, le vol a duré un bon cinq heures. À notre arrivée au Sénégal, il faisait nuit noire. Quelqu’un nous attendait à l’aéroport pour nous conduire au Centre de voile de Dakar, communément appelé le CVD. Il a fallu compter près de deux heures de route cahoteuse pour y parvenir.

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  • Tu repars? » me lance mon fils estomaqué. « Et comment! » que je lui dis. Mais que de déboires avant ce nouvel envol!

    J’avais beau avoir habité dans un château juste avant de partir en mer, ça faisait près d’un an que je n’avais pas mis les pieds dans une maison. J’ai constaté que ma cuisine faisait trois fois le carré du Provence. Le salon était presque aussi long que lui et comptait plusieurs fois sa largeur. J’habitais un paquebot et je l’ignorais!

    Au bout de quelques verres d’un rhum ramené des Antilles, j’ai commencé à me sentir plus à l’aise. Mais comment expliquer à nos proches que la personne qu’ils accueillent est étrangère à celle qu’ils ont vu partir? Plus on s’éloigne de la côte, plus on entre en soi-même.

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  • Parfois, c’est en prenant du recul qu’on mesure les richesses qui nous entourent. Si l’herbe vous apparaît plus verte chez le voisin, changez votre regard.

    Les gens heureux ont ceci en commun : peu importe où ils se trouvent, ils se sentent bien, car le bonheur jaillit toujours de l’intérieur et la beauté est partout. Toutefois, qui de nous n’a pas endossé les paroles d’Aznavour en chantant que la misère serait moins pénible au soleil?

    Qu’on soit nés sur le béton ou à deux pas de la mer, chaque humain de la planète ressent du bien-être à se trouver près de l’eau, soleil ou pas. De mon côté, si j’ai pu survivre la majeure partie de ma vie éloignée des Îles, c’est bien parce que j’avais toujours un petit clapotis à portée de main.

    Durant mes années les plus sombres à Montréal, je chassais le spleen en m’endormant avec le chant des vagues. À l’époque, un ami m’avait fait cadeau d’une cassette hors de l’ordinaire. Ça ne me rajeunit pas! Pour toute musique, le bruissement de l’eau. Cent vingt minutes de pure extase. Je précise à l’attention des plus jeunes qu’il fallait se lever et tourner la cassette pour écouter l’enregistrement au complet.

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  • Vous vous souvenez, au printemps dernier, alors qu’on annonçait l’apparition d’une « pandémie mondiale », j’ai momentanément abandonné le navire qui me conduisait à Montréal, ou plutôt les anecdotes vécues au cours de cette traversée mémorable, pour vous parler de ma situation dans les eaux claires du Brésil. Il serait peut-être temps de clore ce voyage, non?

    Ce matin, j’ai enfin l’occasion de vous faire rêver une fois de plus. Je regarde avec un brin de nostalgie les photos de mes aventures et savoure avec bonheur les souvenirs qui refont surface à chacune d’elles. Depuis longtemps, mon cerveau a décidé de conserver le meilleur de la vie et d’abandonner tout ce qui est destiné à l’empoisonner. Pourquoi s’accrocher aux douleurs de l’accouchement quand le cadeau qui en résulte dépasse tout ce qu’on peut espérer? Il en va de même pour l’expérience acquise au fil des jours.

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  • Vous savez combien je multiplie les superlatifs quand j’écris sur le Brésil. Mon attachement à l’égard de ce pays au territoire aussi grand que le cœur de ses habitants s’explique aisément. Concentrés sur la côte, les Brésiliens sont viscéralement connectés à la mer. Comme les Madelinots.

    N’eût été de cette histoire de COVID, qui nous a gardés captifs deux mois dans cette région spectaculaire, il m’aurait été impossible de m’imprégner de l’esprit qui règne sur le littoral. Grâce à l’ami Everton, alias Camarão (ou crevette en portugais), j’ai pu découvrir petit à petit ce qui anime les gens de sa communauté.

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  • La veille de mon départ de Florianópolis, au Brésil, nous étions quatre personnes attachées les unes aux autres, réunies pour trinquer à l’amitié. Rien de plus normal (en temps normal). Avant de se quitter, on s’est fait tour à tour un immense câlin. J’en conserve encore le précieux souvenir. Si j’avais su dans quoi j’allais atterrir, j’en aurais réclamé plus d’un.

    À deux heures du matin, tandis que mon hôtesse dormait sur le canapé, je finalisais mon bagage dans le silence de la nuit. Une douche rapide me permit de récupérer quelques énergies ensevelies parmi la horde de souvenirs que je m’apprêtais à ramener au Québec. Un conducteur prévenu la veille allait m’amener bientôt à l’aéroport.

    Sans faire de bruit, j’ai déposé sur la table de la cuisine une paire de boucles d’oreille achetées précédemment à La Méduse. En cherchant un ultime cadeau pour celle qui m’avait accueillie à bras ouverts dans sa maison, j’étais tombée sur ces petits bijoux dissimulés depuis un moment au fond de mon sac de toilette. J’évitais de les porter, car je craignais de les perdre en nageant dans la mer. Mon amie me pardonnerait le fait qu’elles n’étaient pas neuves, puisque cette jolie création était issue des Îles de la Madeleine, dont je lui ai tant vanté les paysages et les gens, le sable et le vent. Ainsi, quelque chose de concret nous lierait à jamais.

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  • Plus la date de mon départ du Brésil approche et plus je crains de débarquer dans un film d’horreur mettant en vedette des zombies masqués. D’ailleurs, en regardant les nouvelles de la planète, je me sens comme une cinéphile qui se serait trompée de salle au cinéma. Alors j’étire mon film d’aventures entre sable et mer, dans lequel les personnages ne sont ni méchants, ni paranos.

    On l’a toujours dit : dans la vie, il y en a pour tous les goûts! Mais en ce moment, on dirait qu’une partie de l’humanité veut imposer sa vision à l’autre. Contrôler le message. Pourtant, en y regardant de plus près, ils ne sont pas si nombreux à vouloir nous convaincre que le futur sera fait de nourriture en capsules, d’individus bioniques et de voyages intersidéraux. Un avenir glacial à l’abri de toute chaleur humaine ou de poésie, loin de la verdure et du chant des vagues comme celui des oiseaux. Un trou noir à l’esthétique chirurgicale. Avec distanciation sociale, s’il vous plaît!

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