Éditorial
LA MI-CARÊME : À Fatima et à L’Isle-aux-Grues
Par Achille Hubert
Du 8 au 14 mars, on célèbre ce qu’on appelle encore « la Mi-Carême ». Qu’est-ce à dire? Le carême était autrefois dans l’Église catholique une période au cours de laquelle les chrétiens faisaient pénitence de diverses manières pour commémorer les quarante jours que Jésus avait passés dans le désert.Quarante jours, c’est long! Alors, quelqu’un a décidé d’organiser des festivités au milieu de cette longue période afin d’oublier un peu les effets du jeûne alors qu’on se privait de nourriture. C’est ce qu’on a appelé la Mi-Carême. On s’adonnait donc à des rencontres joyeuses, on mangeait à sa faim, on se déguisait en toutes sortes de personnages farfelus, on visitait les maisons du canton et l’on cherchait à reconnaître les vraies personnes sous ces déguisements.
Cette coutume a beaucoup perdu de sa pertinence étant donné que la période du carême telle qu’on la connaissait autrefois n’existe plus. Par conséquent, en 2010, les festivités de la Mi-Carême au Québec ne se retrouvent que dans deux lieux différents, soit à Fatima aux Îles de la Madeleine et dans l’archipel de L’Isle-aux-Grues.
À Fatima, cet événement est célébré chaque année par des centaines de personnes qui se déguisent en toutes sortes de personnages irréels et farfelus et qui se promènent de maison en maison dans une atmosphère très joyeuse.
Voici comment on décrit les festivités de l’Ile-aux-Grues. « C’est par ce cri “EN PRENEZ-VOUS” que de joyeux lurons vêtus de toutes sortes d’oripeaux se présentaient à la porte des maisons de L’Isle-aux-Grues pendant la deuxième semaine du carême. On se donnait ainsi un petit répit pour s’amuser un peu en ces jours de jeûne et d’abstinence. Le but de cette mascarade était de se vêtir de vieux manteaux, sacs de patates, peaux de fourrures et même grosses boîtes de carton, le tout le plus ample possible, qu’on remplissait de paille ou de vieux journaux afin de tromper la vigilance des gens de la maison qui faisaient tout leur possible pour deviner qui se cachait sous ces déguisements. La chose n’était pas facile; les gens d’ici se connaissaient tous et on avait beau se déhancher de tous les bords et marcher tout croche, le moindre petit geste nous trahissait et on nous nommait dans un grand éclat de rire. Le fait de passer sans être reconnu dans certaines maisons devenait presque un exploit tellement certains avaient l’oeil vif et reconnaissaient notre mine comme on disait à l’époque. Seuls les hommes participaient à cette mascarade, car il aurait été mal vu à cette époque de voir des femmes se promener ainsi la nuit venue. Mais il y avait bien d’autres compensations. On réservait un soir pour parader dans de plus beaux atours. Les beaux habits qui ne servaient plus étaient ornés de rubans, dentelles, verroterie, papier de plomb, etc. Sur la tête, une mitre comme celle d’Évêque que l’on paraît aussi des mêmes ornements avec un miroir en plus. On appelait ainsi ces Mi-Carêmes : les galonnés. Certains apportaient leur violon ou leur accordéon et on profitait de l’occasion pour inviter les filles de l’endroit à un petit set carré. Inutile de dire que les maisons où résidaient les plus belles filles étaient fort courues lors de la soirée des galonnés. Aujourd’hui, on a gardé l’esprit de la fête, mais les costumes ont beaucoup changé. Auparavant, chacun s’habillait individuellement et les habits étaient disparates. On se regroupe maintenant sous un même thème et les couturières de l’île travaillent ensemble pendant de longues semaines durant l’hiver pour confectionner de merveilleux costumes pour elles et leurs époux. Le secret est de mise et les maisons gardées comme des forteresses. N’entre pas qui veut quand les couturières travaillent. Il leur suffit de voir les oh... et les ah... le soir de leur prestation pour être remerciées de tous leurs efforts. Car maintenant, les femmes et les enfants se déguisent eux aussi. Les gîtes touristiques et les hôtels sont remplis à pleine capacité durant cette semaine. Les nombreux reportages de journaux et de télévision ont contribué à attirer beaucoup de gens qui veulent vivre cette belle fête avec la population de l’île. »





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