Courriel: Mot de passe:
connexion
Actualité


D'hier à aujourd'hui

   

Après quarante-trrois ans de service à la barre de l'hebdomadaire Le Radar, le temps est venu, pour Lucille et moi, de passer la main à la relève.

En effet, c'est avec plaisir que nous vous présentons le nouveau directeur et propriétaire, Hugo Miousse, déjà à l'emploi du Radar depuis plus de 18 ans.

Fort de son expérience et de ses connaissances de l'entreprise, il saura assumer la poursuite des opérations avec compétence.

De plus, l'équipe actuelle demeure en place et épaulera la nouvelle direction. Merci à toutes les personnes qui ont contribué, de près ou de loin, à la réalisation du Radar au cours de ces quarante-trois ans.

Enfin, un merci particulier à vous, la population madelinienne, d'avoir soutenu votre hebdomadaire pendant toutes ces années.

Longue vie à la relève.

Achille et Lucille

...

Portrait de l'homme Achille Hubert, fondateur de l'hebdomadaire LE RADAR

Il est à lui seul l'image condensée de ce qu'est le peuple dont il est issu. Madelinot d'origine, né d'une famille de 14 enfants, le cheminement de cet homme exceptionnel, la ténacité dont il a fait preuve toute sa vie et une croyance sincère aux capacités des Madelinots demeureront pour la postérité des exemples inspirants pour celles et ceux qui porteront le flambeau de l'avenir de cet archipel. Ce peuple, autrefois isolé, ne serait pas devenu ce qu'il est aujourd'hui sans la contribution d'hommes comme M. Achille Hubert. Grâce au calibre de meneurs comme ce personnage, la société madelinienne est devenue de plus en plus cultivée, fière de ses particularités, confiante, bien éduquée et désormais tournée vers un avenir plus que prometteur.

Le rôle majeur qu'a joué M. Hubert dans le cheminement de toute la communauté madelinienne ne fait aucun doute. Le journal hebdomadaire qu'il a fondé, il y a quarante-trois années, est devenu, sous sa gouverne, la plus grande référence écrite de l'histoire et de la culture du peuple dont il demeure encore le témoin le plus apprécié.

Portant à juste titre le nom de Le Radar, le journal que dirige toujours M. Achille Hubert est devenu, avec les années, celui qu'on lit avec passion en famille, celui qu'on aime, celui qu'on critique, celui que l'on considère comme le grand frère de la famille, celui qui guide, qui informe, qui suggère et qui renseigne sur la voie à suivre pour se rendre à bon port.

Personnalité et force
d'écriture
M. Hubert est de bonne souche, comme l'on dit aux Îles. Son oncle, Paul Hubert, a écrit au cours des années trente : « Les Îles de la Madeleine et les Madelinots », seul livre majeur de référence historique sur ce peuple insulaire bien particulier. Une école secondaire de Rimouski porte d'ailleurs son nom. Quant à son oncle, Ovide Hubert, ce dernier fut longtemps inspecteur d'école pendant de longues années, et ce, jusqu'à la fameuse « Révolution tranquille » qu'a connu tout le Québec au début des années soixante. Vous comprendrez donc que, comme Obélix tombé dans la potion magique, Achille Hubert connaissait déjà l'importance des mots et la force culturelle, historique et politique qu'ils peuvent avoir au sein de toute une communauté.

Démarrer une entreprise journalistique dans un milieu géographiquement isolé, composé d'environ 12 000 habitants souvent méfiants de toutes lettres, parce que généralement annonciatrices de mauvaises nouvelles, tenait de la témérité, sinon de l'inconscience. Et c'est justement là que la force de M. Hubert s'est révélée dans sa pleine valeur. Il fallait parler le langage du peuple, il fallait inscrire sur papier sa réalité, ses bons coups comme ses misères, ses espoirs comme ses défaites, ses rêves et ses belles réalisations. Il fallait porter vers l'avant tous les « gréements » de pêche qui allaient permettre à toutes les générations futures de conquérir « la grande terre », les cégeps et les universités. Il fallait noircir des pages blanches d'ambitions, d'espoir, d'opportunités de crier ses insatisfactions, ses révoltes, et surtout d'apprendre à tous ceux qui faisaient le métier de pêcheurs, qu'ils n'étaient pas des sous-hommes comme on le leur avait fait sentir, mais bien au contraire, des valeureux, des courageux, des gens en droit d'attendre un traitement équitable de leur labeur, des professionnels en leur domaine. Il fallait dire aux jeunes que l'avenir était ici, aux Îles, et pas ailleurs. Il fallait leur dire que l'ailleurs était bénéfique pour aller l'étudier, pour l'analyser, pour le conquérir même, mais qu'il fallait aussi revenir et continuer de bâtir cet archipel que tous portaient en leur cœur, mais que la plupart croyaient en train de couler à pic.

Le langage fut parfois cru, brutal, pas toujours élégant et politiquement correct, mais combien rempli d'espoir! Ce langage de l'écriture, par manque de moyens, par manque de temps, par manque de personnel, fut parfois « boiteux » dans ses règles de grammaire, mais combien efficace dans la puissance de la tribune qu'il a donnée à tous les citoyens des Îles. L'usage des mots du peuple, l'usage de l'expression capable de transmettre le cri de l'âme locale, capable de brasser le fonctionnaire ou le politicien, aura fini par avoir raison des plus récalcitrants.

Comme le sont devenus les Michel Tremblay et Antonine Maillet pour leurs peuples respectifs, le journal Le Radar est devenu, sous la plume de M. Hubert, sous la plume des opinions du lecteur, sous la plume des Madelinots exilés qui partageaient le même espoir d'être entendus, le phare, le guide, Le Radar de tous ces gens qui cherchaient depuis si longtemps, le droit à la parole, le droit à l'expression libre de l'écrit.

Continuité et carrière
Si le journal inventé de M. Hubert n'avait été qu'une réaction à un silence imposé par une opposition politique, la vie du journal Le Radar et la carrière de son éditeur auraient été de courte durée. Bien au contraire, quarante-trois années plus tard, ce journal demeure fidèle aux premières raisons de son existence, soit l'information juste et la parole au lecteur.

Malmené au tout début par ses détracteurs, l'hebdomadaire Le Radar aura évolué de concert avec l'ensemble de la population qu'il a si bien servie depuis sa fondation. De la vieille Gestetner à manivelle avec stencils et correcteur au vernis à ongles, la mise en page du journal aura suivi l'évolution technologique pour être aujourd'hui à la fine pointe de la technologie moderne en matière journalistique. Pour qu'il en soit ainsi, il aura fallu l'appui inconditionnel de la population madelinienne et aussi une grande capacité d'adaptation et de connaissances de la part du concepteur. Un instrument, si utile soit-il, ne sera jamais plus que l'imagination de celui qui aura su l'utiliser. C'est ce qui est advenu du seul hebdomadaire des Îles de la Madeleine. Aujourd'hui, la rédaction de ce journal local exige l'emploi de deux journalistes à temps plein, de plusieurs chroniqueurs, d'une secrétaire administrative, d'une direction des ressources humaines, de plusieurs représentants publicitaires, d'un graphiste, d'une correctrice et d'un éditorialiste. Directeur du journal qu'il a lui-même créé, M. Achille Hubert, accompagné de sa conjointe Lucille Tremblay, était encore à ce jour le commandant de bord de son navire médiatique.

Fils d'un pêcheur modeste, mais convaincu de la richesse d'une solide éducation, M. Hubert aura eu le privilège, par la voie d'une formation générale et universitaire solide, d'entreprendre une carrière en lien direct avec les mots, les phrases et la bonne formule pour être compris de ses concitoyens. Détenteur d'un baccalauréat ès arts du collège Saint-Louis d'Edmundston au Nouveau-Brunswick, d'un baccalauréat en philosophie du collège des Dominicains et d'un baccalauréat en théologie du même collège, M. Hubert ne s'est pas arrêté en si bon chemin. Possédant des crédits en maîtrise sur l'histoire des religions de l'Université d'Ottawa et diverses formations ponctuelles acquises au cours de sa longue carrière, le fondateur du journal Le Radar a reçu en 1986 le prix des communications du gouvernement du Québec pour son rôle de « missionnaire » de l'information écrite aux Îles de la Madeleine et en 2012, l'Ordre national du Québec.

Évidemment, une fois revenu dans l'archipel, un tel potentiel ne pouvait demeurer « lettre morte ». C'est ainsi qu'aujourd'hui, quarante-trois ans plus tard, le monde peut se documenter sur l'histoire et le vécu au quotidien du peuple madelinot à travers 45 volumes et plus de 2178 numéros d'un hebdomadaire unique, rempli d'informations, de chroniques et de photos, fidèles témoins de l'histoire délaissée de ce peuple insulaire.

Quarante-trois ans
de labeur
Pendant les années soixante-dix, particulièrement dans les débuts, le peuple madelinot était politiquement infantilisé, tenu dans une ignorance calculée, nourri à petites doses d'informations et d'espoir, mais jamais rassasié. Le journal Le Radar allait devenir le fer de lance qui allait véhiculer les idées d'une nouvelle génération, avide de découvrir le monde, hésitante, mais combien motivée et surtout en quête d'identité et de fierté collective.

En quarante-trois ans de travail, M. Hubert aura été initiateur de tant de projets éducatifs, médiatiques et culturels que seule une longue liste énumérative de ses réalisations pourrait tracer un portrait juste de l'apport de cet homme au sein d'une communauté qu'il a toujours aimée, une communauté en laquelle il a toujours cru, une communauté à laquelle il s'est toujours dit fier d'appartenir. Affligé d'un mal de mer tenace alors qu'il voulait devenir pêcheur comme son père, M. Hubert ne s'est pas arrêté à fixer l'horizon, il est allé voir au-delà de celle-ci pour en rapporter toute la richesse et la donner à ses frères, c'est-à-dire à tous les Madelinots et Madeliniennes, ceci sans aucune distinction quelconque.

Caractère novateur et
envergure de l'œuvre
L'entreprise vit le jour bien modestement. Il fallait commencer par un équipement des plus rustiques. Vieilles machines, chambre noire artisanale, local minimaliste, tout se faisait à la main, de la rédaction à la mise en page au montage et jusqu'à l'impression. Même le brochage de chaque journal faisait l'objet d'une opération manuelle bien fastidieuse. Dès les débuts, les pêcheurs et leur mode de vie, leurs problèmes et leurs petites réussites, leurs victoires comme leurs défaites, leurs bonnes pêches comme les plus désastreuses, furent constamment à la une du journal Le Radar. Avec le temps, d'autres thèmes s'ajoutèrent à ce groupe majoritaire. Le développement touristique, l'éducation, la culture, la politique et la libre opinion des lecteurs devinrent des parties importantes de la mosaïque du journal.

Et le rayonnement ne s'est pas arrêté là. Doté d'une culture et d'une personnalité peu commune, M. Hubert est devenu correspondant pour le journal Le Soleil de même que pour la Société Radio-Canada de Matane. Le journal qu'il a dirigé fut le premier à sonner l'alarme quant au désastre provoqué par la barge Irving Whale, propriété de la pétrolière IRVING. Encore une fois, David s'était attaqué à Goliath et il avait fini par gagner. Les écrits de M. Hubert et de son équipe furent à l'avant-scène de tous les débats majeurs de la société madelinienne. Enquêtes sur Pêcheurs-Unis, développement domiciliaire, modernisation de la flotte de pêche, création d'un centre d'archives locales, construction d'un campus collégial sur l'archipel, débat sur les sources d'énergie nécessaire au fonctionnement de l'économie, problématique du transport des marchandises, catastrophes et aussi réussites de nos meilleurs éléments, furent à la une de ce portrait toujours fidèle à l'image des Madelinots depuis près de quarante ans.

Apport à la vie culturelle
Vivre en un milieu insulaire impose certaines contraintes bien particulières dont la non moindre est l'isolement du reste des centres névralgiques de diffusion culturelle. Ce genre de difficulté impose donc une façon différente de faire et c'est ce que M. Hubert a fait.

La mise à l'avant-scène de la moindre manifestation culturelle fut toujours l'une des préoccupations majeures et la ligne directrice de l'hebdomadaire local. D'ailleurs, la participation financière et journalistique de M. Hubert dans la promotion d'une panoplie de spectacles, tant classiques que populaires, est bien connue aux Îles. L'hebdomadaire Le Radar et sa direction se sont toujours faits les propagandistes de toute manifestation culturelle, qu'il s'agisse de spectacles proposés par la corporation du Vieux Treuil, de membres de la corporation culturelle Arrimage ou de citoyens dotés de talents à faire découvrir. Le théâtre, la danse, les arts du cirque, la musique classique, populaire ou traditionnelle, les arts visuels, le symposium de peinture, les expositions et toutes autres formes d'art multidisciplinaire ont fait l'objet constant de parutions détaillées dans le journal local, donnant ainsi une visibilité accrue aux artistes concernés. Qui plus est, cette démarche volontaire aura eu comme résultat de convaincre le public madelinot de l'importance d'une vie culturelle riche, imaginative, actuelle et dotée de grands talents dont il n'avait pas à rougir.

Évidemment, les résultats n'ont pas tardé. Ayant littéralement soif de diffusion des talents locaux, M. Hubert s'est engagé directement dans la mise sur pied de la radio communautaire CFIM et de son pendant TÉLÉVISION (CTCF). Certains auraient pu y voir une façon de se tirer dans le pied pour un directeur de journal local, mais pas M. Hubert. Au cours des années, le journal aura aussi formé des stagiaires en communication presque à chaque période estivale. Ils sont venus de partout, du Bas-Saint-Laurent et des Îles, bien sûr, mais surtout de la métropole et même à plusieurs reprises, de l'Europe, particulièrement de la France. Ces jeunes sont repartis avec un bagage impressionnant d'une extrême polyvalence, tant dans le domaine des communications que dans le domaine de la critique artistique, littéraire et culturelle. Non content d'une telle diffusion, M. Hubert fut à l'origine de la fondation du Centre d'archives régionales en 1993 et y laissera comme valeur patrimoniale plus de 50 000 photographies et négatifs des 40 dernières années.

Le domaine des communications étant l'un des piliers du développement de toute culture, l'influence de l'hebdomadaire Le Radar au sein de la communauté madelinienne ne peut se mesurer que dans la durée et le résultat de ce qu'est devenue cette société.

Sans lui en attribuer tout le mérite, il ne fait aucun doute que sans le véhicule médiatique créé et tenu à bout de bras par M. Hubert, la société madelinienne ne serait jamais devenue ce qu'elle est aujourd'hui. Pour qu'une communauté se développe, il faut qu'elle se parle et qu'elle se fasse entendre. C'est précisément ce que l'initiative visionnaire de M. Hubert au tout début des années 70 a fait pour le peuple madelinot. En quarante années de progrès, l'hebdomadaire de M. Achille Hubert n'a pas fait que suivre la caravane, il l'a inventée, il a invité ses concitoyens à monter à bord et il l'a conduite avec une adresse remarquable vers un destin envié de bien d'autres.

Porte-voix d'une population d'environ 12 000 habitants permanents, peu de collectivités peuvent se vanter d'avoir le plus haut niveau de vie de tout le secteur Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine et ceci avec un retour positif de l'immigration des jeunes vers leur milieu natal.

Pour toutes ces raisons et celles énumérées au cours des pages précédentes, il ne fait aucun doute que le journal Le Radar et son fondateur, M. Achille Hubert, de même que tous les employés qui y ont travaillé et ceux qui y travaillent aujourd'hui, méritent nos félicitations.

Le temps est aussi venu de dire un merci très sincère à tous les Madelinots. Ce journal est le vôtre et s'il a vécu jusqu'ici, c'est grâce à vous, lectrices et lecteurs. Grâce à votre fidélité indéfectible, ce journal peut aujourd'hui fêter ses quarante-trois ans d'existence.

Sincèrement, MERCI à tous les Madelinots. La fierté des travailleurs de ce journal est aussi votre fierté.

Georges Gaudet,
Chroniqueur indépendant
et ex-journaliste pour Le Radar



Lire la suite..

Météo



Windguru

Facebook